FIB1IBE-LB-GRAND ET LA BALTIQUE. 2A
récorce seule était changée ; le fond restait niSBe, c'est-à-dire InrlMure.
V(qragetet4ditefttioo à Teuropéenne.
n faUait des réformes qui agissent davantage sur
les mœurs, qui ainenasscnt peu n pt ii chez les Russes d'autres idées, une mauière de voir et de peoser différeate, qui ciiangeassent, eo un mot, Tliomme toat entier. Or, le csar Pierre ne pouvait arrivet* à ce but que par deux moyens: par les voyages et par Téducatioo. 11 u'cQ négligea aucuu, el il les employa pour ses sujets avec autant de persévérance et de soin que pour lui-même. On sait que dans son premier voyage il avail uuc suite de trois cents personnes, et qu'avaul de partir il engagea TchéréniéticiT à visiter F Italie avec plusieurs jeunes gens des meiileures familles* Fidèle à ce principe» il faisait constamment voyager en Europe sa jeune noblesse, et lorsque les voyageurs revenaient en Russie pins éclairés, plus dépouillés de préjugés nationaux, plus Européens, tels que Golowin, Dolgoronky, il allait lui->mème à leur rencontret les faisait monter à côté de lui dans sa voiture et les introduisait en triomphe dans la capitale de la Russie. Avant lui, il. était défendu aux Russes de quitter la Russie, sous peine de mort. Il abrogea cette loi, contraire à ses vues, et jamais on ne rencontra plus de Russes voyageurs, par tous les États de F Europe, que sous sou règne, n ne s'occupa pas avec moins de sollicitude de
948 r.ivRi: ouATnifeME
réducatiOD. Outre Técole des Cadets de marine dont noos avons parlé, il augmenta le nombre des écoles
de langue latine et créa bon nombre d'écoles de langue allemande ou fi aneaise (1). Pour forcer les classes aisées à les fréquenter, il déclara que tout héritier de 500 roubles de bien serait tenu d*étudîer sa langue et en môme temps quelque langue ancienne ou étrangère, sous peine de i)crdre son héritage. Parmi les langues étrangères, Tallemand clait la plus recommandée^ parce que la Russie, sons Pierre-le- Grand, dirigeait surtout son attention et ses pensées vers Tempire d'Allemagne. A ces écoles éléun utaires, il faut ajouter un collège pour les sciences exactes, espèce d'école préparatoire, et une école d*anatomie, de médecine et de pharmacie. Les professeurs, dans ces diverses écoles, étaient Allemands, Anglais ou Français ! c'était un moyen de plus d'introduire en Russie les idées européennes. Dans les grandes fomilles, on recherchait aussi, sur son invitation, les instituteurs étrangers; on le faisait également d après son exemple, car son fds Alexis, qui était né de son mariage avec £udoxie qu'il répudia dans la suite pour épouser une pauvre prisonnière de guerre, une pauvre esclave d'Esthonie, celle qui fut Catherine I", n'était entouré que de maîtres étrangers, dont le principal était TAuglais Romain Rnice. Les livres élémentaires, que Ton suivait dans ces écoles avaient été composés aussi par des étrangers à qui le czar Piètre eu avait donné
(1) Journal de Pierrê^le-Grand, p.
PIEBRE-LE^GBAND CT LA BALTIQUE. 2A9
conunission. Le savant 1^1 io Kopiewilz, Lilliuaiiien, né grec schismatique oi devenu lutbérieD, avait été chargé, malgré les idées luthériennes qu*U avait embrassées, d*en composer une première collection ; la seconde avail ctti laile par un autre luthérien, Ernest Gluck, de Livonie, que le czar Pierre appela même à Moscou, et oii, sans s^inquiéter du mécontentement du clergé moscovite, il le mit à la tète d'une école communale dans cetic importante cité (1).
Tout lui était bou pour instruire les jeunes Russes, pourvu qu'on fût Européen ou qu'on eût les idées européennes. Sur fa demande de Temperenr Joseph I*', i! accorda aux catholiques romains , dans toute rëu iidue de son r!ii])irc, le libre exercice de leur culte et la permission de bâtir à Moscou une église en pierre à la place de Téglise en bois qu'ils y possédaient. Il fit plus ; il admit les Jésuites dans SCS États, et ils purent fonder, en MWH), une école à Moscou même, où les jeunes enlauts de familles nobles furent élevés. Le patriarche de Moscou» alors appelé Adrien, s*en étant plaint : t Vous êtes ja- « loux de ces bons Pères, lui dil sévercnicul le czar « Pierre, ainsi qu'à une foule d'évôques russes as- « semblés à Moscou ; vous en êtes jaloux, parce que, « dans votre ignorance profonde, vous autres, tant t que vous êtes, vous ne savez pas enseigner ma jeu- « nesse. » Et il alla même jusqu'à ajouter, pour répondre à leur plus grande objection : « Ëh bien] si
(1) Vicisiiludei des deux Églises en Russie, par un Oraiorieu, avec Préface de M. de Montalembert. t. I. [Noie du Trad.)
260 LIVBE QUATBI6ME.
• nia jeune noblesse veut embrasser la religion cac tbolique rooiaiue, tani mieux pour elle, je m'en rc- « jouirai (i). » Les Jésuites restèrent donc à Moscou, et plus lard, quand Saint-Pétersbourg fut fondé, en 1702, ils eurent rautorisatiou de s'établir et d'oitvrir de nouvelles écoles, à Finstar de leurs écoles d'Europe, dans cette nouvelle capitale*
Un autre moyen dont se servit Pierre i** pour déraciner en Russie tous les vieux préjugés nationaux et y répandre les lumières eurufx ennes, c'est Timprimerie. Jusqu'à lui, dit Thistorieu Lévesque (2), avec un peu d'exagération toutefois provenant de ses opinions philosophiques et anticlMcalcs, jusqu'à lui on n'avait imprimé à Moscou que le calendrier pour les fêtes mobiles et pour l'indication des saints fêtés dans rÉglise grecque. L'imprimerie même, autinefois établie par Ivan lY , était tout à fait tombée. Le savant luthérien dont nous avons parlé, Élie Kopiewilz, appelé à Moscou, y organisa des presses nouvelles et meilleures que celles qui s'y trouvaient. Dès lors, au lieu d*lmprimer seulement des calendriers, Timprimeric de Moscou produisit des livres de toutes sortes (3), mais tous d'une utilité pratique, le czar Pierre I*' n'en aimant pas d|autres (&) : c'étaient des ouvrages sur le génie, sur rartillerie, sur la roécauique, sur l'histoire, etc. Parmi les ouvrages d'his*
(1) Viei9tihiin des deiur Ègliin^ 1. 1.
(2) Lévesque, t. V,
(3) Schfrll, \. XXXV, p. iô3.
(4) Joui-nal de Fierrt-lt^iàranâ^ p. \ù, anncc
PIBRBE-LE-GRAKD ET LA UAI.IIQUE. 2Ôl
toire on ranairqttait VInirodueiion à fSiêtùirê wit^ venelle^ de PwiTeiidoiHf, qui alors fefsait htanconp de
bruit en Europe. 11 1 avail lait traduire par un moine iustruit de ses États, et ayant su que le traducteiu: avait retranché Tendroit où Puffendorff peint Tignorance et la growièreté des Bosses, il voulut qu'on rétablit le passage omis, afin que ses sujets rougissent des ténèbres où ils étaient plongés en voyant le jugement que les Européens portaient sur eux, et qu'ils se disposassent à changer Topinion de TEorope. Luimôme il traduisit, mais seulement pour son usage et sans les faire imprimer, le Traité iC architecture, de l4ederc, ÏArt de comtruire ées échues et des mm^ iins^ de Stiurm, et VArt du Tûumeur^ son occupation favorite, de Plumiers (1). Pour donner à la jeunesse studieuse des matériaux h consulter, il fonda la Bibliothèque impériale, un Cabinet de médailles, un Cabinet d*anatomiet un Jardin-des-Plantes, un Observatmre et une Galerie de tableaux, sur le modèle des établissements de ce genre qu'il avait admirés à Paris dans son second voyage.
Toutes ces créations furent couronnées par une fondation non moins importante et qui devait instituer, eu Russie comme en France, un sénat de la science» celle de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbottig, qu'il établit en 1724, après son voyage de Paris. Tout ce qui se rapportait aux sciences intéressait plus particulièrement le czar; les études purement littéraires lui paraissaient futiles; ce n'est pas
(<) Lévesque, u V; SchoeH, t. XXXV, el Ségttr.
la beauté idéale qu'il cherchait, c'est la beauté, c'est, nous rayons déjà dit, la vérité pratique.
loslrticttoii répandal» paimi les kmmvk
Notons enûu qu'il iic négligeait pas de répaudrc l'instruction parmi les femmes de la société, et que, pour cela comme pour tout le reste, il prêchait d'exemple. Ses filles Élisabelh v.i Aune, qu'il avait eues de Catherine, avaient étudié sous des maiU*es européens avec le plus grand soin (1). c Que vous t êtes heureuses, leur disait souvent le czar Pierre « en visitant louis traMiux, el que j'envie votre édu- « cation! Oui, je donnerais l'un de mes doigts pour € en avoir reçu une pareille l > 11 parait qu'Anne stu^ tout, qui était Talnée et qui avait été formée la première par une mère intelligente, d*un esprit ferme, élevé et tout à fait dans les idées larges el avam éos de Pierre T', n'aurait pas été déplacée, par son esprit, sa grâce, sa distinction, ses connaissances variées, autant que par sa beauté et par sa taille aussi majestueuse que celle de son père, dans les salons les plus brillants de la société parisienne. La princesse Natalie, leur jeiltie tante, leur donnait aussi Teiemple de Tétude, du goiU, de Fémulation. C'est elle qui composa lu première pièce du ihéâtj'e russe (2).
(1) M. de Ségur, p. 513.
(2) Lëvetque^ t. Y.
Pl£Ra£-Lfi-GBAMU fiï LA BALTlQUli. 253
Lu eonrents deflonneat dea bôpitaui milStafreB et civils.
Dans un autre ordre de faits et d'idées, le czar Pierre calquait aussi la Russie sur TËurope, et imitait les institutions européennes, tout en les modifiant
selon sou génie propre cl ses réQexions personnelles. Il avait admiré, à Paris, rilolel des Invalides, cette royale retraite oiTerte aux soldats iniirmes par le grand roi de Tocddent, son contemporain et anssi son modèle. Il voulut doter la Russie d'une fondation seml)lal)le. Mais il nMnstitna pas d' Hôtel îjénéral des Invalides. C'est dans les couvents U'iiouimes qu'il chercha un asile pour eux; chaque couvent, à cet égard, devint un hôtel des invalides (Ij. G^était son principe, et les entretiens qu'il avait eus à Paris avec la société du Régent, avec les esprits forts, avec les philosophes du temps dont le Régent était le chef» ry avaient confirmé ; c'était, dis-je, son principe, qu'il fallait que les religieux et les religieuses se rcudissent utiles à la société autrement que par une oisive contemplation et par le secours très-indirect de la prière. Aussi, après son retour de Paris, ordonna-t-il que les moines, sous la coiuliiilc de leur arcliimandritc ou supericui", se consacreraient au service des vieillards infimes et des enfants ; que les religieuses en feraient autant pour les femmes, et que, afin de laisser dans
(I) M. deStigur, p. ùil.
2ÔÀ L1YB£ QUATBIÈMB.
les couvents assez de place pour les infirmes des deux
sexes, les arcliiniaiK! rites no recevraient qu'un cer- 1a in nombre de uoviccâ, déieruiioé par la loi. Il voulut en outre que les moines qui seraient sans occupation, cultivassent eux-mêmes les terres des couvents, et que les religieuses égalenioiil inoccupées, niassent pour les manufactures ou se Uvrasseni à d'autres ouvrages utiles. Ces mesures, qu'il est permis d*approuver, étaient fort du goAt du parti avancé et phi* losophique qui se formait alors à Paris, et étaient un habile et précoce honiuiage rendu par le souverain d'une nation à peine sortie de la barbarie, à Tesprit réfi»rmateur du dix^-hnitième siècle, et spécialement à Tesprit français qui en était le foyer.
YI.
Adœiratiou du czar pour toutes loi illastrations européeonâB.
Comment, après cela, T Europe aurait*^lle refusé d*admettre dans sa société un État qui mettait tant
d' empressement et de bonne volonté à la copier en tout et pour tout? Au milieu de ces établissements et de ces réformes puisées à une source européenne, le glorieux représentant de cet État ne témoignait-il pas son adniiralion pour toutes les illustrations passées et présentes de l'Europe? £n 1712, oblige d'aller aux eaux de Carlsbade pour sa santé, il avait voulu voir, à Wittemberg, le tombeau de Luther et la chambre qu'il avuil habitée (1) ; et l'Allemagne proleslaute
(1) Léve&quc, (. IV, p. 409.
Pl£aa£-L£-GBA1ID El LA BALTIQUE. 2èÔ
n'atait pas été insensible à cette attention, à cette marque d'estime [nmv le génie terrible de son grand réformateur. Uu disciple de Lulber, mais l'iin de ceux qui, par suite de sesrelfttiona ayecBossnet, 8*é* tait rapproché le plus du cathoUcime, Leibnitz^ la plus forte tî^te pliilosoplii(|iio de rAlIcmague à cette époque, était lionoré des bieniails du czar. 11 en receYait une pension et des titres de noblesse, et Pierre entretenait une correspondance snivie avec lui. En Fiance, il avait témoigné son ailmiralion pour le génie politique de lUclielieu, et, à la vue de son mausolée, qu'on loi montra dans Féglise de la Sorboone : « Grand homme ! s'était-41 écrié en embrassant sa sta- « tue, si j'avais vécu de ton temps, je t'cnsse donné « la moitié de uics Ëtals pour apprendre de toi à , 4 gouverner Fautre. > Puis il avait visité tous les savants, soit individuellement, scrit réunis en corps. Il avait surtout visile FAcadémie des sciences. 11 y avait corrigé de ses propres mains une carte de la Russie et une autre de la mer Caspienne, et il lui envoya plus tard de Saint^^Pétersbourg une carte très-exacte de cette mer, exécutée sous sa direction (1). Enfin, il avait accepté de diaer chez le duc d'Antin, ministre des arts, alors si connu eu Europe par son goût exquis pour les bieaux-arts, et si magnifique envers ceux qui les cultivaient avec succès ou (fui annonçaient du talent. 11 n'y avait donc pas une célébrité en Europe que le czar Pierre n'eût vue, entendue, souvent en-^ tretenue lui-même, et parfois attachée à sa personne..
(i) Lévesqae, \. V.
Aussi, quand il fit son second voyage, tous les souverains dont il traversa les Étals, le traitèrent-ils de Trère* et le reconnurent pour un prince tout aussi eut oi)éeo qu'eux-mêmes,
C*est surtout à Paris que, par les soins du Régent et par suite d*une curiosité assez naturelle, on se piqua de le bien recevoir. A la fin du repas avec le duc d'Antin, Pierre reçut, des maius de ce seigneur, son portrait, qui venait d'être à Finstant exécuté, A la Monnaie des médailles, une pièce qu*on venait de Ihippor sous SOS yeux roula à ses pieds: c'é(;iit luimême, représenté sous la forme d'une Renommée posant son pied sur im globe, et avec cette exergue : Vires acquirit eundo. — Plus il va, plus il grandit. Pour uK ttre le sceau à cette adoption européenne, Paris, la ville la plus européenne dunioude, le reçut, en 1717, de l'Académie des sciences (1) !
On le voit, Pierre-le-Grand avait atteint son but, r i la courtoisie un peu vaniteuse d'uu peuple eutliousiaste, dont souveut il relevait lui-même la légèreté, l'avait admii^ablement servi : la Russie faisait définitivement pattie de la société européenne. Nous allons voir si sou iullueiice politique mareliail de pair avec cette sorte de naturalisation.
(1) LévMqiie, t. et I«cotonley, Hf>fotf# la Bégene$^ cb. IV, I. I.
GHÂPITBË V.
Inflamee fie la RuMile en Europe, ei spéel»le* meut en Allemnsiiey nanti Pierre-le-Grau«l.
Conditions do l'influence politique d'un ÉtaU
Ce o*est pas à son degré plus ou moius grand de calture iotelicctaelle et morale, ou bien à sa civilisation, ({u'est prédsémentattachéerinlloence politique d'un État. Ce sont les armes, la ricliesse, c'est une imposante étendue de pays jointe à sa situation geograpliiqiie et à ia iMmne organisation de son gouvernement, c'est la force matérielle, en un mot, qui, le plus souvent, eu décide. Le monde, sous ce i ajiport, est soumis à la loi non du plus noble, du plus distingué, mais du plus fort Toujours, dans Tantiquité grecque, la cité de Périclès l'emporta sur les autres Élats (lo la Grèce en lumières, en élégance, en civilisation ; et toujours, au contraire, la cité de Lycnrgoe, au milieu de Témulation générale des peuples grecs pour les arts de Tesprit, resta rebelle à tout mouvement intellectuel et fut une cité barbare parmi
ZbS LIVRE QUATRIÈME.
tant d'États civilisés. Pourtant c'est ordioairemeot la république de Sparte qui, dans la Grèce, exerça la prépondérance politique et qui pesa dans la balance presque toujouii» pins qu'Athènes.
Gbez les peuples modernes, si on les prend au moyen âge, y eut-il rien de plus éclairé que les principautés et les républiques italiennes? Il y avait cer-talnemcnt plus de lumières, des mœurs plus policées, un plus grand mouvement dMdées, plus de civilisa-* tîon, enfin, dans la plus petite ville de Tltalie, que dans le plus grand État du continent européen. Mais oti élaic'iil riiii]iiciir('. lu su|)i"i'iiialio, la prépondérance politique eu Europe ? Elle était là où était la force : e*est Tempire d'Allemagne avec ses barbares Germains, qui Fexerçait habituellement, et cjuelquefois la France avec ses Francs, qui, par rapjiort aux Italiens, étaient aussi des barbares. Et combien d*autres exemples, dans les temps modwaes comme dans les temps anciens, ne pourrait-on pas dter à Fappui de cette incontestable vérilé? Si donc Pierrele-Graud se fût borné pour la Russie à un simple travail de civilisation, il n'aurait pu, surtout ayant à luttar contre l'inconvénient de sa situation à l'extrémité de TEnrope, exercer sur les fitats européens line grande influence polilique. Mais il vainquit la Suède, qui, au di\*septième siècle, eut tant d'importance en Europe ; il triompha de Gharles XIl, de celui qui avait Cait trembler tant d'États, et il hérita naturellcment de l'influence des Suédois en Europe et dans r Allemagne en particulier. La Ibrce le dominait, la foroe le grandit ; sans pai*ler que ses conquêtes sur
IKFLUENCE DE LA BUftSIE. 5!Ô9
la Baltique rapprociieront la Russie de l'Europe et firent disparaitre rinconvé&îent, 8lg:iialé ëéjà, de sa situation trop reculée.
Nontbreui £uui qui rerhcrchcnt !> - !Tmss6S c^nme alUés« tout
Pierre-i(i-Grand.
Tant d'États, d'ailleurs, désiraient abaisser la Suède, qui dans le nord avait un pied partout, que les Russes, par qui les Suédois étaient battus à Dorpat, àPernau, à PuUawa, les Russes, qui pouvaient indéfiiiimeul renouveler leurs aruiées et avaient de rargent en quantité, deyaient être recherchés conune alliés, afin d^écraserpar eux et de dépouiller rennemi commun. CVstcc que firent, surlout après Pultawa, en 1710, l'fédéric-Guillaume V\ roi de Prusse, Frédéric IV, roi de Danemarck, Georges, électeur de Hanovre, le même qui, en 171ft, devint roi d'Angleterre à la mort d*Anne Stuart, puis rcnipercur Joseph V et son frère Charles qui lui succéda ea avril i7ii, sans ompter Auguste 11, électeur de Saie et roi titulaire de Pologne. Hais, se servir des Russes pour donner le coup de grAce à laSuède,cV tai( leur accorder, c'était leur reconnaître, tout barbares qu'ils étaient encore, une indispensable influence. Aussi trouvon»*nous dans Phistorien Lévesque, que le czar Pierre I", se prévalant, dès Tannée 1710, de la nécessite do son concours ponr achever la ruine des Suédois, dicta la loi à l'Allemagne totit entière.
11 voulait, à tout prix, maintenir sur le trône de
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200 tlVRE QL'ATHIÈIIE.
Pologne Aiigasie 11 de Saxe, qui y était remonté à la place de Stanislas Lecadnskî aussitôt après la journée de Piilt;i\\ a. Il lui importait, en eirel, que celle barrière delà Kussie, du côté de l*Europe contiDentaie, fût occupée par une de ses créatures. Sans cela elle devait être pour les Russes comme une porle de fer qui leur fermorait à tout jamais par toi re le chemin de l'Allemagne, le chemin de l'Europe. Mais si, à travers rAUemagoe, le général suédois Krassau, qui était en Poméranie, pouvait envahir à son gré la Saxe ou la Polojnie, le but que se proposait Pierre 1" pouvait être niaiujué. 11 dcmaiuln donc, cona*c r invasion éventuelle de Krassau, la garantie de Tempire, c*e8t*À-dire que Fempire lui répondit de la sécurité de son protégé en Pologne et de la conservation de sa propre inlluc^MRe dans celfitat. 11 déclara à la diète de Ratisbonne que si on ue lui accordait pas cette garantie, si Tempire ne s^opposait pas, en proclamant sa neutralité dans cette alTaire, à toute invasion de la pari de Rrassau, il enverrait aussitôt, en vertu du droit de la guerre, ses Russes et leurs alliés par toute T Allemagne, à la poursuite de leur en* nemi. L'empereur, qui était encore Joseph !*% avait loujouissiirlt's i)r[is la guerre pour la succession d'Espagne en faveur de sou Irèrerarcbiduc Charles; il n'osa . pas refuser la demande impérieuse que lui faisaient les Russes. On devine ce qui en résulta ; c^est que, pour la Poméranic suédoise qui faisait partie de l'empire, les Suédois furent soiiimés d'aci epler cette hculralité, et que, malgré les protestations de Charles Xll, Krassau ne put sortir àmain année de cette province.
INFLUEnCE DE LA BUSSIE.
sans s'eiposer à rcnoontm une année fédérale de quinie mUle hommes, levée tout exprès pour Tarrè-
icr (1). Bien plus, nous trouvons dans un ouvrage déjà cité de M. de Grimarest, cjne le czar fit proposer par son envoyé à Télecteur de Brandebourg, d*obU<ger les Suédois à n^avoir en Poméranîe que six mille hommes pour la garde des places, et à licencier ou rappeler le reste, qui leur était iiuilile, après ledécret de neutralité porté par les États d'Allemagne (2). hà cm pria l'empereur de faire la même chose.
Deux autres puissances, la Hollande et TAngle* terre, qui tenaient à T Allemagne par certaines possessions, mais qui voulaient acquérir des titres à la faTeiv de la Russie dans rinlérét de leur commerce, prirent ce décret sous leur garantie, et complétant par leur adhésion Fabstontion de Tempire germanique dans la question polonaise, permirent aux liusses de prédoBûner en Pologne et d'abaisser ainsi la barrière centrale de Ffinrope en attendant de la briser!
llh
Nouvel avertisBement de Robert \\ al pôle m Aiiglau, relativemeut
aux Indes.
Pourtant les Anglais pouvaient être un jour atta->
qués, dans leurs Indes mêmes, par une puissance qui possédait le nord de l'Asie et arrivait jusqu'aux mers
H) Lëvesque, l. IV, p. 372, cl Scliœll, t. XXX.V. i2} Campagnet <fe Charin XII^ t. IV, p. 847.
qui baigneutla Ghioe. Pierre-le-Grand, pour Taveiiir, visaitàraoquiflitioBde ce centre commercial damonde
ancien et du monde moderne. « Pénétrez-vous bien « do celte idée, écrivait-il dans soif testanieiil pour « ceux qui régneraient après lui, que celui qui tient c le» dés du commerce des Indes est le maître du •« monde. • Sans doute on n^avait pas à se préoccuper encore de celle éventualité ; mais si les Anglais n'avaient pas à redouter les Russes dans les Indes comme de prochains ennemis, ils pouvaient les craindre comme des rivaux. C'était là, d^ le commencement du dix-septième siècle, Topinion de Robert Walpole^ qu'il faut toujours consulter quand on vent savmr la politique que TAngleterre doit suivre à Tégard des diverses puissances de FEuropc.
« Si, se modelant sur le Danemarck, dit-il, la « Russie forme, encourage et soutient une compa- « gnie de commerce et parvient à s*établir des compc toirs, notre commerce, ainsi que celui de la Hol- « lande, sera-t-il en état de supporter cet échec? Et * si, éclairée par un calcul un peu suivi, cette puis- « sauce, qui ne sait où et comment employer ses « hommes, s'attachait à augmenter sa marine et à f multiplier ses vaisseaux, pour être, à Tinstar des « Hollandais^ des rouliersde mer, que deviendraient « les États-Généraux et quels dommages u éprou- « venons-nous pas nous-mêmes?..» Lbl faculté qu*a c la Russie de construire des vaisseaux, justlGe mes « inquiétudes. Beaucoup de bois, la nmin-d^œuvre à « bon marché, des hommes qui ne cherchent qu'à être « employés pour se signaler ou pour sortir de Tétatde