‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 43 sur 73 · INFLUENCE DE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA RUSSIE

tf misère où la nature du climat les rédtdt : autant de

• raisons qui doivent nécessairement déterminer un f jour la cour de Pélcrsbourg à tirer tout le parti

< possible deS vues de Pierre-ie-Grand Et qu*ini-

c porterait, d^ailleurs, à un czar russe, de renoncer

< entièrement à l'obéissance de quelques malheureux « habitants de Sibérie et autres lieux éloignés, pour t approcher contrées les plus hewreuses de fu^ » nwers?... La Russie ne craignant guère d*invasion » de la part d'aucune puissance de l'Europe (quelle « est celle, en effet, qui aurait la folio ambitioii de con- « quérir des déserts?), C esprit de conquête ne doit-il t pas nécessairement entrer dans sa constitution?,,.

• D'oii je conclus, disait en terminant Robert WaU « pôle, que toutes les démarches delà Russie sont « d'un grand intérêt pour nous, et que mus devons e voler anseconrs de la Pologne^ si jamais les Russes c font de nouvelles -entreprises contre elle (1). » On peut penser d'après cela que, s il avait été au pouvoir en Angleterre au moment de la triste journée de Puitawa» il aurait joint ses efibrts à ceux de la France pour soutenir le héros suédois et Stanislas Lecsinski qui tombait avec lui. Mais il ne fui ministre (pie sous George 1" de Hanovre, en 1717; encore quitta-t-il promptement le ministère» qu'il ne trouvait pas assez national dans sa politique et qu'il flétrit de ministère hanovrien, de ministère allemand, 11 ne rentra aux aCTaires, pour les diriger avec les whigs pendant

(1) Teitamenl de Robcrl Waipok, p. 23C, 239, 2i0 cl 2iJ. C'est un vrriiable Manuel de politique extérieure pour rAnglelerre.

2ÔA LiVni^ QUATBIÈUË.

TiDgt ans, qvCen 1719, c*esl-4-dire à une époque où

il n'élait plus possible d nier un pouce de terrain aux Russes, et où il lailait subir ce qu'on ne pouvait plus empMier (1).

L«s RuMi daat totu les petite BMit d'AUeaegne, soue Pferre^e-Gnuid.

La maison de Hanovre, d'ailleurs, avait un intérêt personnel à ce qu'il eu fût ainsi, G*est George I"^ Angleterre qui» en 1715, comme électeur de Hanovre, appela les Basses en Allemagne, pour enlever au\ Suédois Brème et Verden (2). Le duc de Mecklembourg, Gharles-Léopold, en Gt autant de son c6té pour avoir Wismar, et le roi de Prusse rinrîta pour avoir Stettin. Charles-Frédéric, duc de Holstein-Gottorp, lit i)lns que tous les princes dont nous venons de parler. Le roi de Danemarclc l'avait dépouillé du Sleswick et de la ville de Tonningae ; Ulriqoe-Ëléonore, en se démettant do trône de Suède en l'avciir de son époux, Favait li uslré d une couronne à laquelle il avait des droits du cliei de sa mère* Que fit-il? 11 courut, en 1723, à Saint-Pétersbourg, se jeter entre les bras de Pierre-le-Grand. Pierre l'accueillit fort bien ; il le prit sous sa protection ; il lui fit obtenir du sénat de Stockbolm le Utre

(1) Ètudti aiiyiaisef, de li. PhiUrète ChMies, t. I, Robert Walpole.

(2) Lévesque, u IV, p. 457 cl 459.

INFLUENCE D£ LA BQSSIE. 265

d'Altesse royale, qui était une reconnaissance de ses droits à la couronne suédoise; il le lit iiRine asseoir à côté de lui, daas un grand banquet de la cour ; enfin, de concert 8Yec Gaiherioe F% il rentonni d^mie telle afreedon, qu*on disait qo*iI loi destinait» après lui, la couronne de toutes les Russies (1).

11 faut avouer aussi que les Suédois ne s'étaient pas fait aimer en Allemagne, pas plus, comme nous Tavons vu, qu*en ]J?onie ; ou plutôt, iiâtoos-noos de dire que le protestantisme allemand n'ayant plus besoin d'appui étranger pour se défendre, désirait (\v se débarrasser de ses anciens tuteurs. Les efforts qu'avait faits un moment Charles Xli en Saxe pour se poser comme le soutien de TAUemagne protestante, n'étaient plus de circonstance, et ils furent inutiles parce qu'ils ne répondaient plus à un besoin. Les Russes* voilà le peuple qu'il fallait à présent aux États protégés autrefois parla Suède, Aussi Pierre 1*% lors de son second voyai^e en Europe, en 1710, lut il reçu par les habitants de iirèuie, entre autres, conmie un libérateur, et partout ailleurs les fêtes ne lui manquèrent pas (2). Les affections diangeaient avec les intérêts.

Tous ces petits fttals allemands semblaient en vérité ne pouvoir se passer un seul instant des Russes. Le duc de Mecklembourg, que nous avons nommé plus baut, eut quelques difficultés avec sa noblesse

(1) Schœn, l. XXXV. p. ils. et Lévcsque, t. V, p. 117, tIS et lt9.

(2) Lcvesque, t, IV, p.

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2(^6 LiVafi QUATfilÈME.

après Pultawa : aussitôt il appela les Russes à son secours; el les Russes accoururent, comme on lésa vus accourir de nos jours, avec un empressemeut calculé, daos la plupart de ces mêmes États, pour défendre anssi Fautorité, non plus contre la noblesse, mais contre la démocratie. Autre temps, autre principe. C est ainsi que le czar pratiquait lui-même ce que, dans ses instructions, il recommanda plus tard à ses successeurs, c qu*fl fallait, à tout prix, soit parla force, « soit par la ruse, se mêler des querelles de FEurope € et surtout de celles de Tempirc germaiu (i). »

Influence de Ja Ruteie en Allemegne, fondée sur des mariegee,

MMiB Pierre I*'.

Tout conspirait donc à la dangereuse grandeur de

la Hussic; et la position qu'elle avait conquise en Europe, pour être récente, n'en avait pas moins d'importance et de solidité. Nous venons de voir que cette position reposait sur des victoires remportées et sur des services rendusà divers États allemands. Pierre I" voulut rasseoir sur une troisième base, sur des al* liances matriiiioniaies. il avait deux nièces, filles de son frère Ivan Y, Catherine et Anne. Il maria la première au duc de Mecklembourg, et la seconde au duc de Courlande (2). Sa fille aînée, sa fille de prédilec-

1) K^ueaux, Uà$t, phU, de la Hiuste, t. iV, fin du règne de

l'ierre I ".

12J Journal de Pim e U-Orandt p. 357.

INFLU£«G£ 1>£ LA EUSSIE. 267

tîon, ÂonePétrowna, Il In! donna pour épottx le duc

de Holstein, doiiL nous avons parlé.

Ne croyons pas que ces mariages eussent uniquement pour but le maintien de Tinfluence nuae en Allemagne ; ils avaient aussi pour objet de préparer Taj^i aiidissement de la Russie par la réunion éventuelle, ou de la Gourlande, ou du Mecklembourg» ou du Uolstein, si un prince de ces diverses maisons venait à monter sur le trône des czars. Pierre 1** fondait des espérances pfus vastes sur le mariage d*Anue Pétrowna avec le duc de Holstein-Gottorp. Ce prince avait des droits sur la couronne de Suède : il pouvait donc arriverque lui ou Tun de ses desoen» dants héritât à la fois et du trône de Suède et du trône de Russie, ce qui procurerait sans efforts à la Russie cet empire du Nord qui s'était brisé deux fois d^à, la prendère entre les mains des Danois, la seconde entre les mains des Suédois. Car Pierre-le- Grand aspirait a po^edcr la Suède, et, dans ses instructions, il indiqua k politique à suivre pour arriver à la conquérir si l'on ne pouvait pas s'y établir par des mariages. Il fallait, suivant lui, entretenir la jalousie de TAngleterre, du Danemarck et du Brandebourg ou de la Prusse, contre la Suède, et par là ou devait finir par la subjuguer (i). Voilà pour le mariage du duc de Holstein.

Celui de sa nièce Catherine avec le duc de Mecklembourg, cachait aussi d*autres intentions. On pensait que son dessein était d'engager son gendre à lui

(1) Esncaux, t. IV.

2d8 LlVftB QUAT&liUE.

Tendre son duché avec la ville de Wismar qtii avait

apparlenii au\ Sawlois. Par ce moyen, il aurait obtenu séance et vote dans les diètes germaniques^ et qui sait 81 ao jour on ne Taurait pas élu empereur? qui sait 8*il n*aurait pas réuni un jour, soitlui-mème, soit quelqu un de ses successeurs, h la couronne moscovite la triple couronne de 1 empii'e germaiu (1).

Il fit encore us autre mariage. Il avait un fils, nommé Alexis. Plus tard il le sacrifia à la prédilection de Catherine pour ses propres c'ii(ants et au maiiiticD de ses réformes civilisatrices, dont ce czarewitz n'était point partisan. Mais alors il lui destinait la couronne de toutes les Russies. Avec qui le maria-t-il? Avec une Allemande, avec Ciiarlottc-Christine-Sophic, fille de Louis* Rodolphe, duc de Brunswick-Blaukenbourg (2). Le mariage fut célébré en 17ii. Par cette union, les czars devinrent parents des princes de Hanovre, qui étaient de la maison de Brunswit k et qui furent bientôt après rois d'Angleterre, et de qui encore? de rarcliiduc Charles d'Autriche, dont réponse était sœur de la princesse Sophie. Le sang des czars se mêlait donc, pour la première fois, au sang des maisons souveraines de TRurope. On ne pouvait pas mieux prendre racine en Europe et y mieux Hdre accepter^on influence..

(1) Lévcsque, llisl. de Itussic, t. ÎV, p. 453. {%] Schœll. seciioD iv, p. 166, t. XXXV.

INFLUENCE pE LA RUSSIE.

Pierre40^ran<I mt le UtrBd'empeMttr. Importance de oe fait, lof tiative 4m Aaglaia à cet éiard.

Le czar n'nlla-t-il pas plus loin? borna-l il la st\s efforts pour sa grandeur propre et pour celle de la Rnssieî Noiw nous rappetons toutes les instances d^Ivan IV, an seSaènie sièele, pour que, dans le lr;ù(é de Kiverova-Horka, on le dési^^nàt sous le nom de czar; et nous savons que dans sa pensée ce titre signifiait empereur, puisque le P. Po9senn fut obligé de In! dire que, dans le système de la cour romaine, 11 n'y a\ail ([u'uii stMil empereur en Europe, comme il n'y avait qu'un seul pape. Nous n'avons pas oublié non plus tout ce que nous a fait connaître le même P. Poasevin sur les généalogies par lesquelles Ivan IV se prétendait descendant eu droite lif^ne, et par • conséquent héritier des Comnènes dans l'empire d'Orient, et de Tempereur Auguste dans Tempire d*Ocddint : eh bien I ce titre d^empereur, anqnel les czars rattachai^t tant de prétentions plutôt que des droits réels, Pierre 1" voulut Tînoii' en face de r Europe, comme une menace pour le système politique de la cour romaine, et il nbircba à se faire reconnaître comme tel par les puissances européennes.

Ici, encore, il faut le dire, c'est rAngieterre, aujourd'hui si zélée gardienne des grands intérêts de l'Europe, mais alors acharnée à la désorganiser au

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profil dé son conuiierce, qui prit le devant, qui prévint même les désirs de Pierre 1'% et cela dès rannéelTlO. Â cette époque, les Anglais avaient fait arrêter pour dettes un ambassadeur russe à Loudres, nommé Matveoff. Le czar Pierre se plaignit ; et aussitôt les Anglais, ayant peur pour les privilèges commerciaux dont ils jouissaient à Arkangel et à Saint-Pétersbourg, mirent en liberté l'ambassadeur. Non contents de cela, ils envoyèrent lord Withworth en Russie, pour Iaire,au nom de la reine Anne, des excuses au czar. Ils allèrent plus loin : Withworth, conformément à ses instructions, donna te titre de très-liaut et très-puissant empereur à Pierre I". Le discours de Withworlii tulprououcé eu anglais ; il fut lu ensuite, à la même audience, pourdunner plus d*éclatàla chose, en allemand et en russe, et des copies en furent répandues par rhabile czar dans toute T Allemagne, c'est-à-dire dans Tempire de ceux dont Pierre aspirait, à devenir le rival (i).

Les Provinces-Unies, dans les mêmes vues, ne voulm eul pas rester en ai l itre de ces flatteries intéressées de PAngieterre. £lles reconnurent immédiatement le nouveau titre que les Anglais avaient donné A Theureux réalisateur des grandes vues d*ivan IV. Les choses en restèrent là jusqu'en 1720. La guerre avec la Suède étant à peu près finie alors, le czar produisit à la Porte ottomane la demande du titre impérial, le 16 novembre 1720; mais ce fut en vain, dit Uam-

(1) Journal de Pierrc^k-Grand, p. 2SI, et Lcvcsqui% t. IV, p. 372.

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