CHAPITRE VI
tM KiiMie et Conslaiitlnopto, mmmm
Les Turcs plas à redouter que Iw Suédois m dii-septième siècle.
Ce n'est pas sous Piene-le-drand que la Russie abandonna ses tendances à l'égard de Coustantinopie. Posséder rancienne capitale de Fempire grec avait été la première ambition des souverains de la Russie. Y établir les Russes sur les ruines des Tui cs ottomans et rendre par eux et pour eux à T Église schisoiatique grecque sa liberté d'autrefois, son étendue, sa graadenr* à la place deFislandsiDe renversé, fut aussi le désir de Pierre-Ie-Grand. Mais rcnipire turc était encore dans Fâge de sa force : le fanatisme, entretenu par de constantes guerres avec les États chrétiens, n*avait pas cessé d'alimenter et de vivifier la valeur native des Ottomans.
Non-seulement ils étaient lorts et non dégénérés comme peuple, mais, de plus, ils avaient une organisation redoutable comme Ëtat Tout obéissait à
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raulorilé religieuse et poliUque du sultan. Il avait à sa disposition uae importante marine, fondée autre* fois par Soliman4e--Magnifique, et la Tamense infan* terie des Janissaires , milice turbulente sans doute, mais qui pourtant, tout à fait fanatisée, marchait bien à Fennemi et avait battu les années de divers princes chrétiens dans maint combat* Remarquons d ailleurs que les forces des Turcs, soit sur terre, soit sur mer, valaient ce qu'il y avait de mieux eu Europe, et qu'elles entendaient Tart de la guerre et celui de la navigation aussi bien que les États européens. La Turquie, sous ce rapport, était vieille déjà, à la diliéreute de la liussie, chez laquelle * toutes ces choses, telles du moins que les pratiquaient les puissances européennes et les Turcs, étaient encore ou à naître ou à leur naissance. Les Turcs, en outre, dont Tempire s'étendait sur trois parties du monde, l'Europe orientale, rAfrique septentrionale et TAsie occidentale, tiraient des nombreux pays soumis à leur puissance, des arnices inépuisables, et elles étaient d'autant plus dévouées que, pour elles, le sultau était plus que le chef suprême du monde musulman contre les chrétiens, fl était aussi le défenseur de Torthodoxie musulmane; il était le p:ardien de la sunna, que Tou estimait être le vrai, le seul vrai mahométisme. Ia doctrine des schiites^ qui était celle des Perses, était traitée d^hérésie. Les armées turques étalmt donc attachées aux sulians par un double lien, celui du musulman et celui, pour ainsi dire, du sectaire, £nfin, les tributs des peuples vaincus et les exactions
PIEBRE-LE-GRAMO ET CONSTANTXNOPLt. 277
à Tégard des cfarétieiis faisaient au gouvernenieiit des finances très-prospères. Il s'en fallait lieaucoup que
les Suédois, quoique aussi habiles que les Turcs dans Fart (le la guerre, les égalassent eu lorce matérielle. Pierre-le-GraDd ne l'ignorait pas; il savait bien que» tôt ou tard, avec ses inépuisables armées et ses trésors toujours abondants, il en viendrait à bout. • Le a czar, dit M. de Gt iiuarost, ne songeait qu'à tuer c ou à prendre des Suédois, et il ne s'embarrassait « guère de perdre des Moscovites (i). i» Voilà pourquoi il avait attaqué d'abord la Suède. S'établir à Constantinoplc fut, pour lui, une affaire tout h fait secondaire et (fui se présenta à son esprit dans un avenir encore lointain : il s*en occupa pourtant, et fit mtoe prendre à cette question un aspect qu'elle n'avait pas eu jusqu'à lui. Voyons ce qu il fit et quel résultat obtinrent sou babilelc et seselForts.
C€nn«« de ruine dans l'empire tore
Ce qui devait miner l'empire turc et causer tôt ou tard sa chute en Europe, du moins quand Tà^c du fanatisme serait passé, c'étaient la haine et les ressentiments de la race grecque, et, en général, des races chrétiennes vaittcnes, opprimées, persécutées. C'est là ce qui facilitait les succès, soit des Vcnitiens, soil des Autrichiens contre les Ottomans. «Les Morlaques
(1) Campagnes é$ CkorlH XU, t. IV, p. ISS.
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« et les Albanais, dit Hammer, étaient pour les Vé- « ditiens ; les Clémentins et les Servfens pour 1d cour
« de Vienne (1 ) . » l.e grand-vizir Mustapha-Couprouli, qui était au pouvoir au moment oîi Pierre-le- Grand avait commencé à gouverner seul et par luimême, c*eBt-à-direvers Tan 1690, était convaincu de cette vérité. « 11 comprenait, dit le même historien, • que la tyrannie des Ottomans à Végard des chrétiens t devait inévitaiiiement amener la ruine de Tempire* t 11 voulut, en conséquence, que Ton confiât les gou- « vernenicnts de Moréc, de Moldavie et de Valachic, « à des princes chrétiens, il était partisan de ce sys~ « tème (2). • Gela sefitoommeiile désirait; et, néanmoins, telle était la haine des chrétiens contre leurs vainqueurs musulmans, qu'il n'en obtint pas, comme nous le verrous, de très-grands Iruils.
Pierre I*' entre dans une ligue contre les Turcs. Paix deCarlowiU,
en 109â.
Pierre I" vit bien tout le parti qu'il ponvait tirer
de ces dispositions des chrétiens grecs à l'égai d des Turcs, et les espérances qu'il pouvait fonder sur la conformité de croyances religieuses entre les Russes et cette malheureuse nation. 11 savait que les Grecs,
pour cette raison, n'ûlaieul pas éluigiiés d'accepter
(!) ht Hammer, ITiil. éêVEmpiremmum, I. IV, p. SIS. (S) IM.