‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 47 sur 73 · P1ERRE-L£-GRAND ET CONSTANTINOP LE · texte numérisé non relu

P1ERRE-L£-GRAND ET CONSTANTINOP LE

les Russes pour leurs défenseurs, et quUls étaieut assez portés, sous les fers dont ils étaient chargés,

à tendre vers eux leurs mains. Il n'ignoraii pas non plus qu'ils se souvenaient d*avoir obtenu, en 1686, la reconstruction d'un temple, grâce à Tinterventioh de Tambassadeur russe à Gonstantinople, et (fu'enfin ils n'avaient pas vu avec peine ce même ambassadeur délivrer de Tesclavage ottoman trois cent quarante prisonniers russes, qui étaient, pour les Grecs, autant de frères en religion (1). Toutefois, c'est comme allié de Tempereur d'Allemagne Léopold I" et des Vénitiens, qu'il attaqua d'abord les Turcs devant Âzoff» en 1695. 1! s'en empara pendant que le doge Morosinl gagnait le surnom de Péloponésien en conquérant la Morée, et que le prince Eugène battait les Turcs siu' les bords de la Théiss.

Le traité de Carlowitz, conclu entre la Porte d'un côté, les Vénitiens, Fempereur Léopold, la Pologne et la Russie de Tautré, en 1698, assura aux Busses la possession de ce port, eu même temj)s qu*il arracha des mains des Turcs, pour les rendre à F Autriche, la Transylvanie et la Hongrie tout entière, ainsi que la Môrée èt la Dalmatie qui furent cédées aux Véuilieus (:2).

Le czar Pierre n'aurait pas voulu que Fon lit encore la paix avec la Porte ottomane , parce qu*il voyait que les Russes, dans le cas probable d'une

i éactiou de la part des Turcs, n'étaient jyas encore en

(1) Hammer, t. III, p. m.

(3) Hammer, 1. 111. p. 1S2.

mesure de soutenir seuls la lutte avec des chances de succès* C'est pour cela qu'en passant à Vienne, en

1698 , à son retour de son premier voyage, il demanda à remperciir do se liguer avec lui trois aus de plus si les Turcs ne voulaient pas ajouter au port d*Azoff la ville de Kertcfa. Cest pour cela aussi que, dans la même capitale, il eut, au sujet de la paix, des explications très-vives avec le comte Kinski, principal ministre de Léopold. « El qui donc « insiste pour la paix? lui dit-il. — L*euipire romain, t répondit le ministre, TEspagne, FAngleterre, la € Holiuiide, toute la chrétienté. — Mais, reprit le « czar, qui connaissait parfaitement le caractère de t toutes ces puissances, il ne faut, en aucune façon, t s'en remettre à l'Angleterre et à la Hollande, car • ces puissances ne sont occupées que des intérêts de « leur commerce et ne songeut uidlement à leurs « alliés (1). » La paix ne s'en fit pas moins, parce que, dit avec raison M. de Hammer, ce n'était que l'année précédente que l'on avait terminé par le traité de Rys\vi( k la guerre pour la succession d'Angleterre, qui avait mis toute l'Europe sur pied, et que les principaux États européens n'en pouvaient plus (â) ; Kertch fut refusé aux Russes. A ce prix les Turcs voulurent bien conclure, en 1700, avec le czar, une paix de trente ans dont il avait besoin pour soutenir la guerre de Suède. Mais ils n*eD préparèrent pas moins une énergique réaction contre la Russie.

(1) Hammer, l. III, p, RSO.

{t) iHd, p. 281.

P1EBRE-«LB-GBAN0 £T GONSTANTINOPLE. 281

lY.

Lft qnestkm des Ueax Saints sous Pierre-le-Grand.

Que fit Pierre-le-Grand en attendant qu*elle éclatât? Il entretint des Intelligences secrètes avec les

chrclions, soit slaves, soîL grecs, qui gémissaient sous le sabre des Turcs; aux uns, il fit valoir la conuuunauté de race; aux antres, les liens de parenté qui, depuis Wladimîi^le-Grand, les unissaient aux Russes; à tous, les affinités rcli^ioiiscs les confondaient avec eux dans une même commumou, c'est-à-dire dans le schisme grec, dont les Russes avaient toujours été les zélés défenseurs : et pour leur donner de ses sympalliits religienses nne preuve significative, il chargea Tolstoï , son ambassadeur auprès de la Porte, de demander que les prêtres grecs ohtins^nt en tout la préférence sur les prêtres latins.

La France, depuis Charleniagne, exerçait sur les Lieux Saints un protectorat que les Croisades avaient consolidé davantage et que, sous Louis XIY, à une époque où elle remplaçait TËspagne à la téte du monde catholique romain, elle n'était pas disposée à céder. Les Turcs d'ailleurs, qui n'avaient tju à se louer, depuis François 1", des l>ons offices des rois de France, ne mettaient aucun obstacle à Texercice de ce droit Chose singulière, il semblait qu*il fût de leur intérêt de favoriser le culte schismatique plutôt que ia religion romaine, pour se couciUer les

2S2 L1YB£ QUATUiÈUE.

sympathies des Grecs; et pourtaot, afin de ii*avoir

pas l'Europe tout oiUièro contre eux et d'y compler quelque allié, ils étaient obligés de faire tout le coutraire». L'ambassadeur russe essaya d'amener un changement de poUiique« 11 demanda, à la grande joie de tous les prêtres grecs qui se trouvaient à Constantiiioplc, que les clefs du Saint Sépulcre fussent ôtées aux LaU^s et renaises aux Grecs (^), Par là, on le Yoit, le 'protectorat des Lieux Sain^ aurait été àé^ placé ; il serait passé, non pas aux sultans, mais à ceux dont les efforts auraient arraçlié à la l'ortc ce précieux, ûrman. Pour apj^uyer sa demandje, Tolstoï fit au gnindfVizir Gouprouli-Ogli-Nououman, un présent de la valeur de 25,000 écus. On ne put pas s*entendre. Les Turcs, à cause de l'intérêt que ce nouveau grandvizir portait à Charles XI 1, exigeaient que le roi de Suède pût regagner ses États par la route qu'il youdrait. La France, d*un autre côté, avait alorsà Cous^ tantinople une influence trop |j;rciiide pour que la demande de rolsloï pi\t être accordée. Ofli. lui répondit donc par un refus formel : bien pbis. on lui déclara que les Turcs allaient armer en faveur de Charles XlL Le sultan Achmet III, en effet, poussé par deux personnages que les habiles agents du roi de Suèdjs avaient su gagner, son médecin, le Juif Ponséca, et la sultane Validé (2), s*était décidé à profiter de cette occasion pour tâcher de reprendre

(1.) Hammer, 1. 111, p 31 1.

(2) Voilaire, liv. v, |». 333, 1 vol. in-S", édition de Beaudoiii:

PI£RBE-LE'GBAIID ET GOlfSTANTINOPLE. ^83

aia Russes la viUe d' Axoff. Pour que Tolstoï »*eii doaler, on se saisit de lui, selon Tusage, el od renferma aux SepuTours (1).

CroiudB rane contra les Tum avec l'appui des Grecs el ds beanomp dâ

SlsYCS fti^ets des Turcs.

Pierre-Ie-Grand ne s*effiraya pas de Tinsiiccès de sa demande eu faveur de l'Église grecque, ni de la nouYelle d'une guerre à laquelle il 8*attendait, La démarche de Tolstoï avait produit on effet moral con- . sidérable. Ce fut bien pis lorsque les Grecs apprirent ce qui s'était passé à Moscou, la dcclai ation de guerre faite aux Turcs par le czar dans la cathédrale de cette antique cité, an milieu du clergé et d'un peuple immense ; le drapeau ronge arboré an lieu du firapeau blanc de la Moscovie, et sur ce drapeau, les inscriptions traditionnelles des guerres saintes : Au nom de Dieu et pour ie Christ^ surtout ces mots : In hoc signa vinees^ par ce signe, tu vaincras. C'était nne croisade qui allait sortir de l'auguste basili(]u( de Moscou; c'était le labanim sacré de Coastantin-le-Grand qui allait précéder les pieux guerriers de la Russie. Le czar Pierre était un nouveau Constantin (2) venant écraser rislamisnie ottoman avec les mêmes armes dont le premier s'était servi pour abattre le paganisme rouMÛu. Toute la

(1) LévMque, t. IV, p. 960.

t7) Hammer, p. 341, t, III.

2Sk LlVAb giiATIlli;ME.

race grecque s^ébranla sourdement et se tint prête à passer an besoin dans les rangs de ses futurs libérateurs. Les Montt'négrins offrirenl au czar de faire une diversion en sa faveur, c'est-à-dire de se soulever de leur côté pendant qu*il se mesurerait lui-même avec les Turcs, et ils lui dépêchèrent leur vUtdica ou chef, pour lui faire pari de leurs dispositions. Le viadica, comme ou le peuse bien, ue fut pas mal reçu et ne revint pas les mains vides. 11 rapporta 35,000 ducats qui furent distribués aux Monténégrins, et une lettre de remercîments où le czar faisait habilement étalage d'uu grand dévoueiiKînt à la cause des chrétiens grecs (!)• Le vaivodo de Moldavie, Gantémir, Grec de naissance et de religion, quoique descendant, dit-on, de Genghiskan, alla plus loin : il (|uiUa iniiiiédiatement les Turcs pour ollVir ses services aux Russes (2). Brancovau, hospodar de Yaiacbie, de la grande famille grecque des Gantacuzénes, en aurait fait autant s*i] n*avait pas craint d'être éclipsé auprès du czar {P>) par le prince Gantémir^ dont il était le rival. Les patriarches grecs ne se remuèrent pas moins que ces deus princes et que les Monténégrins. •« Ce sont eux, dit Voltaire (&), u qui encouragèrent Cantémir à sa défection. » Car à leurs veux surtout, les Russes étaient des croisés chrétiens venant au secours de leurs frères opprimés.

(f } Lévatqiie» u iV, p. 885, et Hammer, 1. 111, p. 381. {% Voltaire, Vkie Charlet Xlt, p. 987.

(3) Hammer, t. Ilf « p. 885.

(4) Vollairc, ibvi^ p. 267.

riEKRE-L£-GBANO ËT COIiSTikMTlNOPLE. 285

Les Slaves, comme les (Irecs, étaient dans ce sentiment, t Au premier bruit de guerre, dit Lcves- « que (1), les nations grecque et sUtvmne, soumises c aux Turcs, virent dans Pierre I*' leur libérateur. « Une fraude pieuse, ajoute-t-il, les confirma dans t cette opinion et augmenta leur confiance. On fil « courir ic bruit qu*il avait été trouvé, sur le tomt beau de Constantin, une prophétie qui annonçait • que les Ottomans seraient chassés de Gonstantino- « pie par une nation rousse^ et l'on enlendail par là « les Russes. » Nul doute, d'après cela, qu'un graud soulèvement parmi les chrétiens schismatiqiies^grecs, n*eût éclaté dans Tempire des Turcs, si les Russes avaient réussi tant soit peu dans leur première rencontre avec les Turcs. Mais s'étant laissés enfermer derrière le Pruth, en 1710, ils furent écrasés. C'est Gantémir, c'est un Grec, qui entraîna les Russes an delà du Prutli et qiii fut la cause involontaire de leur décisive défaite,

Traité 4n Pratli, 17tf.

Ils furejit obliges de signer, piu* le traité du Prutii, rabaudon d'Azofl, la démolition du port de Taganrok et de tontes les forteresses qu*ils y avaient construites (2). Terriflées par cette triste nouvelle^ les nations grecque et slave ue bougèrent pas; elles

il) Léve&que, p. 58;i, t ÎV.

[2) Voltaire, CharUi XII, p. 269.

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2iiG LIVRE yCAlUlLMt.

aflèetèrent même on gravd attacbemeDt poqr les Turcs, que Voltaire (1) veut bien regarder conrae

sincère. Mais elles virent bien, malgré l'affreuse position de Ta nuée russe derrière le Pruth, que le czar leur refifleraU fidèle quan^ n^ème. De tous les artkies que les vainqueur, lui demandèreoit^ il n'en refiua qu*un, ce fut de livrer le prince Canléniir ; et tous les Grecs se di^eu^ de l'un à TauLi^, les belles paroles qull proD^ça k cette pçcasioii : c Qu'il aimait mieiix 1 8*€xpo8er à toiUes les extrémités, que de Miir un « infortuné qui s'était remis à sa foi (2). » Aussi ne cessèrent-Us de conserver avec lui les relations les plus amicales et les plus suivies^

Hais, quelques précautions qu'on prit pour les cacher, ces rapports n'échappèrent pas toujours à la connaissance de la i>olice otlouiane. Le prince Braiicovan Caotacuzène, en tr' autres, fut découvert en ilik» On se contenta d'aliord de le mettre à la torture avec ses fils; mais, deux ans après, 1716, tous ces C.aiitaciizriKS fureiU étranp^lés à Constmitinople (â). Les Turcs savaient si bien que les Grecs, malgré tout, pencliaient totgours pour les Russes à cause de la similitude de religion, que, dans le traité du Pruth de 1711, ils firent insérer une clause d api ès laquelle, à rexceptiou des marchands, aucun représentant de la Russie ne pourrait séjourner à Constantinopie . Mais les Russes saisirent les moindres

(1) l'yge 268 de U Vtede Charles XU.

(i) I < vesque, t. I V p 307.

t3 ïlammcr, p. 3^,) i . III.

{■*] ilaniiiier, p. 347, t. Itl.

PlLRUE-LErGRA.ND ET CONS 1 AiM iiNO PL£. 287

prétextes pour retourner dans cette ville, non pas à

titre d*ambassadeurs i csideuls, mais à litre de chargés d'uue mission.

Unan après cettegloriensepaii de Passarowitz, que le prince Eugène, en 1718, avait imposée aux Turcs, (il par laquelle rAutriclic acquérait Gcrigo, Scinendria, Belgrad^^ une partie de la Servie et de la Valachie, Yoniza, Prevesa, Butrinio et les ci^âteaui^ dalmates, tandis que les Vénitiens ne recouvraient que la Morée (1) ; un an donc après cette paix, Pierrc-le- Grand envoya à Gonstautiuople Dascoiï, pour se plaindre de nottvçau des trop grandes laveurs, accordées toujours, dans les Lieux Saints, aux Francs ou Latins de préférence aux Grecs et de certains brigandages qu ('xt rçail le gouvernement turc sur les terres des Russes. Cet amliassadeur devait aussi, disait-on, se concerter avec le suUai^ an sujet de Bakotzi, que le czar proposait pour le trône de Pologne. Feinte que tout cela : au fond, c*était pour intriguer encore auprès des Grecs. Aussi, malgré tout le déplaisir qu'en éprouvait la Porte ot;toniane, prolongeait-il sans cesse et indéfiniment son séjour a (^oiislanliuoplc. Le fait est certain. Le résident anglais Stanyan, qui n'avait pas, sur les diverses questions agitées par Dasçoff, la même manière de voir, le combattit; tmais, dit Hammer (2), il ne t toucha que légèrement aux intcUigcnces de la « iiimie avec les Grecs ^ pouc.ii^ pui>. exposer ceux.-*-

(I) Haminer, p. 370, t. III.

(2} Hammer, p. 386, t. IIL

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2bS L1VR£ QUAIUIEMË.

« ci à des enquêtes et à^des poursuites qui auraient • fait bien des victimes. *

Ou ne put se débarrasser de Dascoffque lorsqu'on eut modifié la paix du Pruth. On supprima le tribut que les Russes payaient encore au Ûian de Grimée, protégé des Turcs, et Ton rendit à la Russie la facnllé d'avoir un résident a Constantiuople, c'est-à-dire le moyen de favoriser, d'encourager, de solder, sur les lieux mêmes, Topposition ^ecque.

Non content de cela, le czar Pierre se d('dommagea encore du côté du ('.aucase et de la mer Caspienne, des pertes qu'il avait faites sur la mer Noire et qu'il D*a?ait pu que très-imparfaitement réparer. Là, intervenant en faveur du shah de Perse que menaçait un usurpateur iioinnié MaliiHotid, il a( (jiiil d'iuiportants élablisseuieuls. Le sultan Achmct 111 eut beau arriver pour s*oppo6^ à ses progrès, il ne put empêcher le czar, par un traité de partage entre la Russie, la Perse et la Porto ottomane en 1720, d'acquérir le Daghestan et une partie du Schirwan, plus le port de Derbent. Les Russes pouvaient de là donner la main aux chrétiens de la Géorgie et de la Turquie d'Asie (1).

Ne croyons pas que les Grecs fusseut méconlcuis de voir les Russes prendre tous les moyens pour arriver jusqu'à eux. Ils ne le furent pas non plus quand ils apprirent (jue i^ierre I a son retour de Paris, avait, pour faire la cour aux philot>ophes

(I) Lévesque, I. IV, eiSrhiPlI, t. XXXV.

riEUnE-r,E-GR AM) KT CONSTAMI NOr'LL. 289

français qu'il venait de quitter, chassé les Jésuites de ses États. S'il avait par là complété ses tilres au

droit de bourgeoisie française, et surtout parisienne, il avait aussi, d'une manière éclatante, fait acte de bon catholique grec (1).

Un grand résultat était donc obtenu dans la question de Constanlinople : il n'était plus douteux pour personne que les Russes ne fussent regardés et acceptés comme les chefs du monde grec schismatique et des nations slaves soumises aux Turcs. La révo» lutlon religieuse que le czaropéra à Moscou, en 1 72 1 , ne changea rien au\ disposiùous des (irccs. La dignité de patriarche de Moscou fut abolie, et toute la souveraineté spirituelle sur TÉglise russe passa au czar et à un saint-synode dont lui seul nomma les membres (2). Ainsi le lui avaii conseillé, dit le duc d'Antin dans ses Mémoiies , le roi d'Angleterre Guillaume 111, qui jouissait de cet avantage dans Fempire britannique et qui trouvait cela on ne peut

plus cojuuiode.

Qu'avait à faire maintenant Pierre-le-Grand pour que ses successeurs ne perdissent pas le fruit de sa politique et de ses efforts? 11 n'avait qu'à leur recommander de suivre, à l'égard des Grecs, la même marche que lui. C'est ce qu'il (il dans son testament, qu'un ambassadeur français apporta, dit-on, de Saint-^tersbourg à la cour de Versailles : c Sert vex*vous, leur dit-il, de l'ascendant de la religion

(I) Lévesquc, U V, annoe 17iS.

i%) Schœll, HiH. dei ÊUUs wropéent, t. XXXV, sect. ra.

290 LIVRE QUATRltMF..

t sur les Grecs schismatiqoes répandus en Turquie^

fl en Asie , on Hongrie et dans les parties méridio- • uales de la Pologne : c'est le moyen de ruiner t Tempire turc. »

Une réfleiion se présente à notre esprit. Dans la guerre contre les Turcs, en 1710, Pierre avait fait tout ce qu'il avait pu pour appantilre aux (irocs comme un autre Constantin. Uannée précédente, après sa grande victoire de Pultawa, il avait triomphé à Moscou à la manière des anâiens Ramaim, trat* nant derrière son cliar irioiiiplial les p;éncrau\ faits prisonniers. Cet appel fait par lui aux souvenirs grecs et aux coutumes romaines, montrait bien qu'il était occupé de renii)ire roiliaiD d'Occident comme de celui d'Orient, qu'il pensait à Tun et à Taulre, qu'il était le digue héritier du czar Ivan IV, son précurseur du reste; sà r^e et son modèle (1) l

(1) Ségur, Ut. xi, ch. ti, p. ISS.

GHAPITBE TII.

Praifrèm de la Rusule du r«Vté de lu Btiltlque et de l'£uro|ie f»prèf* Pierre-le-Gmiid, Ju«qv*ji

Politique géiitiralé dot» successeur^ de Pierie-lo^raad.

Les soeoessears de Pieire-to-Grand oe dévièrent

pas (lu chemiu qu'il leur avait tracé par ses iiistnictioos et par ses exemples.^ Placés désormais, par rèeureitt résultat de ses travaux, en contact immédiat aVec FEurope centrale et occidentale , ils ne né* gligèrent aucune occasion cFinterveuii dans les af- (aires générales de ce continent. Dans deux guerres enropéenries^ la guerre de la Succession d*Autriclie et la guerre de Sept-Ans, ils tiàtèrent par leur interventiou armée, par Icui" arrivée sur le iUiin, qui n'avait vu encore aucun soldat russe sur ses bords, la fin des hostilités. Ils se mêlèrent aussi des affaires parlicolières des États européens, surtout de ceni qui, par leur situation géographique, étaient plus rapprochés de leur sphère d'action, et où, par cette raison, il leur était plus utile d'avoir de Tinlluence

292 r.IVItK QUATRIf^UB.

et du crédit. En Suède, ils appuyèrent la factioodes Bonnets qui défendait les intérêts aristocratiques contre celle des Chapeaux qui représentait les intérêts du pouvoir royal. En Polotine, ils prêtèrent mainforte aux partisans des iostitulions républicaines et de ranarcfaiet qui se recrutaient également parmi les grands ; et, dans Tempire ottoman, ils ne manquèreut pas, suivant la recommandation de Pierreie-Grand, de patroucr leurs co-réligionnaires, soit slaves, soit grecs.

A Textrème occident de TEurope se trouvaient deux royaumes puissants. l'Auj^lelerre et la I rance. Le premier, dès le seizième siècle, s élail lié avec la Russie par des rapports commerciaux ; les czars cultivèrent son amitié en vue de leurs entreprises soit sur la Baltique , soit sur la mer Moire et sur la mer de l'Archipel. Le second, si Ton excepte Tépoque du Régent, tout à fait à part dans Tbistoire de la maison de Bourbon, n*oflfrait pas les mêmes précédents. Déplus, après cette régence, le seul moment où la France leur eut été favorable, Louis XV, reprenant le système préventif de son aïeul, songea à épouser la propre fille de Stanislas Leczinski, ce qui était une menace pour la Russie et une marque nouvelle d'intérêt pour la rolouiio. L'année même, en effet, on mourut Pierre-le- Grand, et quelques mois seulement après sa mort, le d septembre 1725, ce mariage, qui avait une grande portée politique et qui était un événement, s'accomplit à i'ai is : en sorte que Tancienne lutte de Charles XIl en faveur de la Poiogue semblait devoirrecommenceravecde nouveaux champions, au

LA RUSSIE ET L*£UBOP£ APnÈSPlERKE

moment oh la Russie perdait le priiioe qui pouvait le mieuK la soutenir. Telle était, eu face de œt État,

ratlUiidc rcspeclivc dos deux grandes nations de TOccident. L'Angleterre n'avait paru se préoccuper que de ses intérêts commerciaux ; la France, pénétrant de lionne heure la pensée des czars et se posant, dès lors, comme le bouclier de TEurope, avait écouté plutôt un intérêt polili(|ue, uu inttrèt européen.

Dans l'impossibilité de la détourner de cette ligne de conduite, la politique des czars envers la France, après Pierre-le-Grand, fut de la contrecarrer partout : elle était [xnir les (lhapeauxen Suède, ils fui cul pour les Bouuetâ» ïilïe soutenait en Poiogne le parti national et catholique, ils appuyèrent le parti des MmI^ contenu ou Ânarcldstes, et celui des Dissidents. En orient, elle protégeait les Tun s, dans l'intén l de r équilibre européen, ils ofirireat du secours aux Grecs. Dans l*empire germanique, elle en voulait toujours à la maison d'Autriche; eux, au contraire, ainsi Tavaient fait et conseillé Pierre-le-Grand et ses prédécesseurs, s alliurcul toujours avec cette maison. £nûn, daus le monde Scandinave, la France penchait pour la Suède, ils se prononcèrent pour la partie ad* verse, pour le Danemarck, qui, tenant les clefs de la Ijaltique et n'ayant jkis Joué le rôle de rival de la iiussie, était poui.cuii uu allié agréal}ie aulaul que nécessaire et plus sûr.

Dans un autre ordre de faits et de vues, ils continuèrent à se poser dans le monde, ainsi que 1 avaient fait autietois Ivan IV et tout récemment Pierre-le- Grand, comme les héritiers des Gésars, et en parti-

29A LIVBE QUATRlÈJklE.

culierdes Césars grecs; seulement ils u*afilchèreDt pas, avec la ridicule ostentation du premier de ces

princes, leurs étranges pR itu lions, i.e ponvaient-ils, quand il s'agissait d* empires qui jamais n'avaient été, de droit, liéréditaires ? Pour constater ces prétentions d*une manière plus sérieuse et plus politique, ils cherchèreiilasc laire reconnaître partout lo titre d'empereur, que Pierre-le-Grand avait pris le premier, que Pierre-le*Grand leur avait légué, cette reconnaissance paraissant devoir légitimer davantage à leurs yeux les droits dont ce titre était Timage et le garant.

Il ne faudrait pas croire que dans les cours de TËurope, et particulièrement, comme de raison, à Gonstantinople et à Vienne, on ne prit pas la chose au sérieux. En 1767, les Turcs allaient être en gnerreavec les Russes, alors ^u)iivoî'n(:'S par Cjitherine II ; ils voulaient tâciicr de gagner les Autrichiens ou du moins de les engager à la neutralité. Quel moyen emploientils à cet effet? Nous trouvons dans VJiistùiredeCEmpire ottoman de M. de Hammer (1 ) , qtic le grandvizir Moliammcd-Amin, adressa au prince ivuunitz une lettre extrêmement amicale, dans laquelle, après avoir articulé tous les griefs qu*il avait contre la Russie, il declaiail que depuis le temps de iS uulnrtran, le souverain de l'Autriche, héritier de la couronne de Hongrie, était seui digne du titre impérial usurpé par la czarme de Russie. Il est si vrai, en outre, que, à cause de ram])iliou bien connue des czars, ou ue regardait pas ce titre eu Europe comme une cliose

(1} Ilumnier, 1. III, p. 50i.

t.A aussi E ET l'KUROPI: APRtS PILUUt 1'^ 293 •

indifférente, qu'il n'y eut d*abord que des puissances de second ordre, la Hollande, la Suède, le Dane-

marck, la Prusse, (jui voiihirenl Fagréor du vivant de Pierre-Ic-Graud , de 1721 à 1725; les grands États, la France, TËspagne, et même TAngleterre qui pourtant avait fait, dans le temps, aux souverains de Russie, des avances à cet égard, montrèrent une longue répugnance à le reeounaîtrc. Elles ne s'y déckléreni que de i7&2 à 1764 (1). Quant aux empereurs de la maison d'Autriche et aux empereurs turcs, ils se flrent attendre plus long-temps. Les seconds ne souscrivirent à ce litre impérial qu'eu 1 774, au temp& de Catherine 11, et après que les Russes leur eurent arraché cette reconnaissance le fer à la main. Les premiers, prétendant aussi à la possession de touL raiiricii empire romain et ne voyant dans los czars, couinie dans les sultans, que des rivaux, se refusèi'ent à suivre Teteniple des Turcs,

Les successeurs de Pierre-le*Grand ne tinrent pas moins à l aïUorilé ({iill s'était appK^jiriée sur r Église russe ; ils cherchèrent môme à en étendre la base et l'action. Les* catholiques-grecs, sujets des Tur^, furent peu à peu portés à accepter la suprénialie religieuse uiu\ersclle de ceux qui, avant seuls la force de les délivrer, en montraient si bien le dcsir, la ferme volonté* Cette conquête, en quelque sorte spirituelle, qni annonçait l'autre et la préparait, marcha môme si vile, que nous voyons dansTempire Ql^oman, vers Tan 17()7, des prélats grecs, entre

(1) ScbœU, l. XXXV.

autres Févéquc de Monténégro, qui s étaient fait sacrer, non pins à Cionstantinople oii ae tronvait encore, mais sans pouvoir, un successeur de Photius,

maïs à Saiiil-Pélei sboui g, là où étaient les véritables chefs, où était i' espérance de tous les schismatiques grecs (1)/

On le voit, les sncoessenrs de Pierre-Ie-Grand

n*oublièrent ni l'Europe Jiî Constanlinoplc. Avancer el influer de plus en plus sur l'une et hâter cbaque jour la conquête de Tautre, furent leur rè^e constante. Mous Favons démontré par ce tableau de leur politique générale ; voyons maintenant les résultats particuliers et matériels qu ils réussirent à obteuir, et d'abord leurs progrès en face de TËurope jusqu'en 1762.

Pngrts.dM ctais iar U Balllqtn. Ernest do Biren et la Couriande. •

C'est sur la Couriande qu'ils jetèrent leurs premiers regards. Là, un mariage qui avait eu lieu par les soins prévoyants de Pierre-le-Grand, celui d'Ânne, sa nièce, avec le souverain du pays, devait préparer la réuniou de ce duché à reiupire moscovite et compléter l'acquisition de tout le littoral russe de la Baltique. Biais il ne restait pas d'enfants de ce mariage ; à la mort du duc da Couriande, son frère Ferdinand Kettler dut donc lui succéder et Aune ne lut que du-

(I) Villemain, Euai tur Vital du Grtcs apré$ lISS, p. SfïO.

tA RUSSIE ET L*£1IR0PB âPlÊS PIERRE i«^ 207

chesse douairière de co ])ays. Rllo avait ( e titre quand, après le règne très-court de Catherine I", veuve de Pierre-le-Grandt après oeltd de Pierre II, fils de riiifortniié czaréwitcb Alexis, elle devint, en 1730, iuipératiice de Russie. Elk- lit aussitôt tous ses elTorts pour morceler la Courlande; elle chercha aussi, voyant Ferdinand Kettler déjà vient el non marié, à (aire tomber ce duché an moins entre les mains de quelqu unç de ses créatures.

En 1733, ayant fait élire roi de Pologne, à Texcluâon de Stanislas JiCczinski, Télectenr de Saxe Âugnste III, son protégé, elle s'assura dans la Gonrlande, par Tintermédiaire de co prince, qui, comme roi de Pologne, en était suzerain, certains districts qui formaimit son douahre (i). Quatre ans après, en 17S7, la mort de Ferdinand KetUer lui pennit d^accomplir en Courlande le second objet qu'elle se proposait. Les habitants de ce duché avaient déjà élu en 1726, comme successeur futur de Ferdinand, Mau- . riee, comte de Saxe, frère naturel d'Auguste III (â). Anne ne voulut pas de ce candidat Elle n'eut aucune peine à tourner contre lui Auguste III, sa créature comme roi de Pologne ; elle parvint ainsi à faire élire un Allemand qu'elle aimait, dont les parents étaient depuis longtemps attachés k son service, mais que les Couiiandais délestaient, non pas seulement parce qu'il n'était que le petil-hls d'un simple piqueur de Jacques III, un de leurs anciens ducs, mais à cause

(1) Schœll, t. XLIV, liv. viii, ch. xxiii.

(3) Lévesque^iTiK. dêAuuiCy I. V,llv. vu, p. 201.

298 LIVRE gUATni£ME.

de son ind i^anle ambiiioii (1). Il se iiouimait Eriicsl de IMrcû. Par Télévatioa de ce favori, la Courlande se trouva placée, comme le voulait Anne, soiis rinfluence toute^puissante de la Rnssie.

11 semblait que la morL de celte impératrice, arrivée en 17/iU, dût démolir iiumédialemcnt le frauduleux édifice de la fortune de ce favori. 11 n'en fut rien : à la surprise de tout le monde, Biren exhiba un testament de sa royale amante, qui, par une dernieie luaKjuc de son amour, mettait le comble à sa prospérité en le nommant, pendant la minorité d'Ivan Yl« fils adoptif de cette princesse, régent de toutes les Russîcs. Rien n'égalait la «grandeur de ce parvenu. 11 n'élait question que de lui en Russie et en Europe. Maurice de 6axe qui, mécontent, était allé demander du service en France, où il devint le célèbre maréchal de Saxe, était obligé de refouler en lui-même Fespoir, que lui avait un instant donné la mort d'Anne, de recouvrer sou duché de Gourlandê, et il frémissait de dépit. Biren • était triomphant. Mais la perte d'Anne se fit bientôt sentir. Les Courlaiidais, se soulevant, chassèrent le petit-fils du piqueur de Jacques 111. En Russie, la cabale de deux autres Allemands très-estimés de Pierre-le-Grand , Munnich et Ostermann , le renversa et le fit exiler en Sibérie en 1741. Dès lors la Courlaude lut soustraite à l'inlluence immédiate de la Russie; car Auguste III de Pologne, comme suzerain de ce duché, y fit élire duc son jeune frère

(t) J.évri>4)iic l. V, pngr 201.

LA ELS&lË ET L'£UaOP£ APIÊS PifiAftË 200

Charles de Saxe. Mais le système d'Anne était trop dans rintérèt de la Russie pour qu'on n'y revint pas. Sous Élisabeth, qui, seconde fille de Pierre-le- Graid, succéda à Ivan YI en 1750, Biren Ait rappelé de son long exil en Sibérie, an moment oh la guerre de Sept-Ans niellait toute T Allemagne en feu et occupait surtout Auguste 111 de Pologne aussi bien que Marie-Thérèse d* Autriche. On Topposa, en Conrlande, à Chartes de Saxe ; il ne put remporter, ni sous Elisabeth, ni sous Pierre 111, son successeur d'un jour eu 1702. Mais i*aanée suivanlç, 1763, année de la guerre de Sept-Ans, on fit à Auguste 111, de la reconnaissance de Biren comme duc de Couriande, une condition sine quâ non du secours qu'il deiuaiiduit contre le roi de Prusse irédéric-ie-Grand ; et la Couriande alors, sous Ernest de Biren, sous un duc qui avait gagné sa seconde fortune par la cruelle expiation de la pieaiière, retomba (hijs hi dépendance où la voulaient tenir les souverains de Russie (!)• £Ue resta dans cet état jusqu*en 1795, époque à laquelle la démission du fils de Biren la fit passer, avec la Scmigalle, en leur complet pouvoir.

Affaire de la succcsftioQ de Suède.

l ne seconde affaire, qui occupa les successeurs de Pierre-le-Grand, fut la question de la succession de

(I) lleereo, Uamul d% tyêtéme poUtiquê morferne, u* période, p. 2S3, t, I.

100 LIVUL QUÂlBi^UE.

Suède. Là aussi, ud mariage, accompli sous Plerre-

le-(irau(l , pumaiL procurer aux Russes la Suède qu'ils u'avaieiii pu avoir par les armes : c'était celui de sa fille alué. Amie Petrowna, avec le duc de Uolstein-Gottorp, héritier légitime d'Ulrique-Éléomre, sœur de Charles XII. Mais les Suédois, pour ne pas dépendre d'un gendre de leur ennemi, lui avaient préféré répoux même d'iiiléouore, l redéi le iaudgrave de Hease-Cassel, qui, en 1720, était devenu roi de Suède. Pienre-le-Grand, content d^obtenir, en 1721, de ce roi encore peu affermi et ayant besoin de la paix, le traité avantageux de Nystoeiil, s était borné à fidre nommer son gendre inrinee royal de Suède* Ce titre ne lui donnait pas le trône, mais consacrait son droit éventuel. Après lui, Cliarles-Pierre-Llrieli, qui était né du mariage d'Ânne Pétrowua, porta le même titre, et, en i7&i, la czarine Élisabeth Tayaut déclaré son héritier, on voit quelles immenses espérances re- }>osaient sur la tète de ce prince, sans parler qu'il avait aussi, également par sou père, des prétentions à la courooue du Danemarck. S'U réussissait, c*en était fait : Tempire du Nord était fondé et en fitveur d'un czar de Russie, d'un petit-fils de Pierre-lc- Grand î

Mais les Suédois comptaient l>ien éviter uue évcotualité dont la réalisation devait les soumettre aux Russes, leurs acharnés ennemis. Ils espérèrent même, à la faveur de certains désordres (jue la rivalité des anciens généraux de Pierre-le-Grand, les uns russes, les autres étrangers, faisait naitre à la cour d* Elisabeth , pouvoir chasser les Russes au moins de la

LA RUSSIE BT l'kOROPE APBÈS PIEBRE SOI

Finlande. Poussé par le parti des Chapeaux, par le parti de Gylleiubrog et par l'ambassadeur français Gastéja, Frédéric 1^ ne tarda pas à faire dans ce but la guerre aux Russes. La jeunesse belliqueuse répé* tait ces paroles de ruiiibassadeur de 1 l aiice : « Qu'un « ministère composé des Bonnets n'était pas iiou 4 pour la Suède, et qu'il fallait» comme du reste un € grand comité secret Tavait reconnu, tenir à ramitié « de la France, appuyer le roi Stanislas et abaisser

t la Russie » Un traité de subsides pour dix ans

fut conclu avec Louis XV, qui s'engagea par chacune des trois inremières annérâ, à fournir à la Suède 300,000 thalers. Ces arrang^ents dataient déjà de 1758. Le traité de Vienne, qui, cette aimce-là, vint régler Tallaire de la Pologne eu laveur du candidat russe, rélectenr de Saxe, n'empècba pas. pour cela la guerre. Elle se fit en ilki , au moment où la I rauce de sou côté allait combattre Marie-Thérèse, dont les Russes étaient les fidèles alliés. £ile ne fut pas heureuse; les généraux suédois Sevenfaaupt et Buddenbrog, attaqués près de Frédérlcshamn, se retirèrent devant l'armée ennemie sans se défendre, lâcheté qu'ils payèrent bientôt, Tun et l'autre, de leur vie; et au lieu de recouvrer la Finlande, ils la perdirent tout entière. Cependant les Suédois tinrent toujours bon ; ils firent même une chose qui dut irriter beaucoup la czarine Elisabeth : les paysans dalécariiens se soulevèrent, parlant bautement de donner la couronne de Suède au duc de Deux- Ponts, déjà héritier de Christian VI alors roi de Danemarck. Contre leur attente peut-être, ce qui semblait

302 LITnE QUATBIÈHE.

devoir cnvoniinfT los liosliiUés fut ce qui y mit (iii.

En ce moment, Kaunilz s'occupait aclivcmeDt de rétablir la paix du nord, afin que les Russes pussent descendre au secours de Marie-Thérèse contre la 1 rance. Pressée par les a^ïeiils de cet liabilc homme d'Etat, fllisabclh obtint d'abord de Charles-Pierre- Ulrich qu'il se démtt de ses droits à la couronne suédoise en faveur de son cousin Adolphe-Frédéric, chef de la branche cadette de ïTolsU in-Gottorp; cela fait, elle fit aussitôt dire au congrès réuni à Abd, qu'elle se tiendrait pour contente si les Suédois voulaient reconnaître pour leur futur roi ce dernier prince à la place dn duc de Deux-Ponts, et même qu'elle leur rendrait la majeure partie de ses conquêtes dans la Finlande. « Les Suédois, dit leur fl historien national Geyer, étaient profondément huit miliés de recevoir un roi de la Russie comme conn dition de paix. » H fallut pourtant se décider, et c'est sur cette base que fut conclu, le 17 août i7tô, le traité d* Abo, par lequel la Russie ne gardait en Finlande, pour les ajouter au district de ^borg acquis par Pierrc-le-('.rand, que la province de Kymenogord, la forteresse de Kyslot et les îles situées à Tembouchure du Kymené; ce fleuve devait servir de limite. Mais le candidat de la Russie au trône de Suède, Adolphe- Frédéric, de la branche cadette de IIolstein-Gottorp et déjà évèque de Lubeck, était déclaré solennellement Prince royal, c'est-à-dire héritier présomptif de Frédéric I** de Hesse-Cassel, alors roi de Suède (1) .

(t) Voir Gcyer, p. m à 509; ScbœlU t. XLIV, p. 222.

LA RUSSIE £T t'£(iROPE APRÉi» PiE&KË ZO'^

En 4754, en cfTct, Adolphe-Frédéric de HoU

slein-( .oUorp devint roi de Suède, où il fut le premier de cette maison. Eu 176!2, à Lu mort d'Ëlisabeth, Charles-Pierrc-Ulrich, de la branche aînée de la mâoie maison, fut proclamé empereur de Russie sous le nom de Pierre 111. Cette année-là donc, la Russie avait réalise dans le nord la même grande combinaison que Louis XIY, dont Pierre-le-Grand avait profondément étudié la politique et les plans, avait, dès le commencement du siècle, fait triompher pour la France dans le midi. Ici, de deux États depuis longtemps rivaux, la France et T Espagne, l'un avait écrasé Tautre au nom de Téquilibre de Toccident et se l'était ensuite, par les conséquences henreuses d'nn mariage important, incorporé en quelque sorte, eo lui donnant pour roi un cadet de sa dynastie ; là, pareillement, après des succès analogues suivis de semblables nœuds, la Russie s*était uni la Suède eu liii imposant pour roi b cadet aussi d'une maison dont elle-même possédait la branche ainéc.

Ainsi , le génie politique et les grandes vues de Pierre-le-Grand revivaient dans ces czarines qui savalent porter son sceptre, Calherine 1", Anne Ivauowna, surtout dans sa fille ÉUsabetb. £t poiurtant ce grand ministre anglais que nous avons souvent cité et qui, en 47ft3 (1), dans sa tranquille retraite, écrivait sur son passé, voyait et jngeail le présent et ne pouvait ignorer les progrès des Russes sous ces illustres impératrices, appelait cela de Tinaction : t Ne

(1} T. I, p. 1. du Tcêlameni de Walpoh,

30â LiVRË QUATUIËME.

€ devonMOus pas même, dit-il, regarder ao}ourd*hiii

c ï inaction des impératrices, non comme une insuf- « ûsance, mais plutôt comme une préparation à de « grands coups? » 11 semblait voir, dans un prodiain avenir, les hardies entreprises de Catherine II (1), auprès desquelles, en effet, les actions de ces impératrices pourrout être regardées presque comme un repos, sinon comme une inaction I

(i) reftomsiil, I. II, p. 238.

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GUAPITRB VIIL

Noiif elie gaene oootre let Turcs, mms Aooe.

Nous nous occuperous en soti temps de cette femme extraordioaire, de celle seconde Sémiramîs da Nord. Il faat voir auparavant quels progrès fit la

Russie du côté de Conslantinoplc, sous les premiers successeurs de Pierre-le-Grand.

Quand mourut ce czar fameux, c'était pour les Russes un devoir d*bonneur en même temps qu'une inspinitioR ambitieuse de religion, de reprendre la croisade contrôles Turcs, d'aller réparer la hoiile de la jouruée et du traité du Prutli. Us ne firent rien sous les règûes^ ou courts ou agités, de Catherine 1" et de Pierre II Àlexiowitz. Mais Anne, qui succéda à Pierre II, résolut d*anner contre les oj)])r( sseurs de ses co-réligiouuaires grecs, et, nièce de prédilection de Pierre P% elle apporta à ce renouvellement de la guerre sainte Vardenr reconnaissante qu'elle devait à une pieuse mémoire. Klle s'entendit, dans la Moldavie, avec un grand parti, celui du priuce Cautémir,

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500 Livnt QLAruiÈui>.

réfugié, comme on sait, en Russie (1) ; cHe gagna une bonne partie du clore:*' gi ec {H) ; elle eut aussi (les intelUgeuces parmi les Tai tares de ia Crimée, qui étaient êhiites^ et dont le l^han iui-méme> vassal des Turcs, fut, en 1737, dépouillé de sa dignité par son suzerain comme suspect (3). Avec ces appuis divers, elle commença seule la guerre eu 17t^5, et débuta par la prise d'Âzoifdont s'empara le maréchal Munnich. Mais des auxiliaires lui arrivèrent bientôt.

Dès Tannée 1783» l'empereur Charles VI avait signé avec la France, au sujet de Stanislas LeczinsUi c l des Deux-biciies, les préliminaires de la paix de Vienne; mais cette paix^ même en 1737, n'avait pas été encore changée- en un traité définitif {U). Cola faisait que le cardinal Fleury, aloi's principal ministre en France, était toujours, à son égard, dans une attitude hostile. Le marquis de Villeneuve, ambassadeur de France à Gonstantinople, eut donc mission de susciter aux Autrichiens le plus d'embarras possible (5). Rakoczi ou Ragotâ, chef émigré d'une dernière insurrection hongroise, une foule d'autres émigrés auxquels les Turcs, rivaux de rAntriche, avaient donné asile, et enfin le fameux comle de Bon ne val, renégat irauçais, très-influent auprès du sultan Achmet 111, se joignirent à Tambassadeur

(i) Hammcr, t. III, p. 484.

(S) vniemaln, Ètatân Orwi^ p. SS5.

(3) Hammer^ t. III, p. 470.

(4) Himmer, i, III, p. 46d, S» colonne.

(5) Hammer, l. III, p. 462, S* colonne.

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LA BUSSIEETCO^$TA^TlNOPl.l: APRÈS p:k R R u 307

français. Tous cuseinble ils réj[>étèreiit sans cesse aax membres du divao, que l'empereur Charles Ml était affaibli par les pertes qn*il avait éprouvées,

soit en Pologne, soit en Italie, et qif il ne pouvait gucrc plus couipler sur le prince Eugène, qni était trop avancé en âge ; qu'ainsi Toccasioa était i>onne pour les Turcs sMls voulaient revenir sur la désastreuse paix de Passarowitz. Ils ajoutèrent que les Autrichiens d'ailleurs s'allieraient tôt ou tard avec les Russes, dont l'entrée encampagne était one réelle invitation ; que ce qui leur faisait craindre cette alliance, c elait que la cour de Vienne avait vu de très-mauvais œil les ouvrages élevés i)ar les Turcs a \\ iddin, sur le Danube, tout près des possessions que cet avantageux traité lui avait procurées (1). Ils dirent qu'en outre la diplomatie russe, habile dans l'art de corrompre, cherchait par tous les moyens à entraîner l'Autriche à une rupture ouverte avec la Tnrquie, Dans ce cas, fallait-il attendre les Autricbiens? Ne valait-il pas mieux les prévenir? Ces raisons étaient spécieuses: elles ne purent cependant persuader le grand- vizii* Sidi-Mohamnied-l'acha, qui craignait de s*exposer gratuitement à avoir deux ennemis à combattre au lieu d*un. Une conrérence qu'il eut immédiatement avec riiiternonce ou ambassadeur autrichien, le comte de Talman (2), et où celui-ci sembla approuver que les Russes voulussent décbirer letraité du Pruth, conclu, disait-il, dans une circons-

(t) Ilammcr, t. III, p. 400, 2' coîoimc.

(2) Ifammer, t. Ili, p. 463, 2f colonne.

• 30$ LI7IIE QUATRlÈye.

tance ou Pierrc-lc-Grand avait le couteau à la gorge. De lui fit pas plus d^impressioD.

Ceux qui voulaieut, à tout prix, une raptnre de rAutriche avec la Turquie, furent plus heureux à Vienne. I^a cour de Yicniie pourlaiit devait tenir beaucoup plus à la paix, de peur de compromettre, dans , . .une guerre toujours incertaine, les avantages tant enviés du traité de Passarowitz. Mais on dit à Tenii^^Sfi pcreur qu il était question, à Conslanlinople, d'une expédition GOttU» Jielgrade ^.rambassade russe con^ fima de tMtMi|i0uvoir cette communicatioa; Fin^ temonoe dr^^mmm, interrogé, ne la démentit point: el aussi lot C.haiies VI envoya à la Porte ottomano le comte de ikœulgscg pour déclarer la guerre au^ Turcs, prétextant le refus, fait par eux, de déMire les ouvrages de Widdin; il signa en même temps, 1737, Talliance austro-russe, et ses troupes, se mettant en marche, allèrent s'emparer, pour protéger ^ Belgrade, de la forteresse de Nissa, située au onr de la Turquie, derrière les montagnes qui servent de rempart à la Roumélie, à la province qui possède Constantinople. 11 vil bien, plus tard, qu'il était allé trop vite, qu*il avait été abusé ; mais le gant était jeté et il avait été relevé. Il l'avait été à la grande joie du cardinal de Fieury, qui obtint aiors, en 1738, que les pi « liminaires de Vienne lussent convertis en un traite définitif; ilTavait été à la grande joie du parti de M. de Villeneuve, de Rakoczi et de Bonneval, qui prédisaient aux Turcs, sur rAutriche afTaiblie, des succès éclatants : il n'y avait donc pas moyen de reculer.

LA RUSSIE £T COMâXAi^iTIKOPLË APRÈS P1£RR£ 1*'. 309

Oltiiiiitiim de rtmbamdeor nino Sdiafllnifl: Gnene ef négoditlaiii

àceiqjot.

Le maréchal russe Munnich ne pouvait contenir ' soD insolente joie. La prise de Nissa par tes AuUichieDs était le pendant de celle d*Âzoff par ses soldats.

t Nous voulons, dit le plénipotentiaire russe Schaf- « firoff, au congrès de Niemirowa, qui s'assembla

< aussitôt, au mois d*août i7â7, pour couper court

< & la pierre par ane prompte paix, nous venions : € i"* Tabrogation de tous les traités antérieurs à • celui qui se eoucliira en ce moment; 2" la cession a du Kouban et de tous les Tartares à la Russie ; la « recamuistanee de la Valachie et de la Moldavie^ c comme principautés indépendantes, sous le protec^ € torat de la Russie; Tobligation, pour les suUans,

< de donner le titre impérial aux souverains moscoc vîtes; 5* la libre drcnlation des vaisseaux russes c sur Ut mer Noire, le Bosphore, tHellespontet la « Méditerranée (1). » Il voulait, en un mot, et surtout au sud, des frontières naturelles pour la Russie, et il les recalait jusqu'au Danube; puis fl exigeait on port sur la mer d'Âzoffet la fecnlté de passer avec des flottes devant Constantinople, pour attaquer au besoin la ville et s'en emparer soudain. La même liberté d'aller et de venir, dont les Russes jouissaient

(i) Hammer, t. 111. p. 468, 1" colonue.

310 LITRE QUATSIfeMB.

enfin sur la Baltique, Us la rédamaieni sur les mers que Torme la Méditerranée. Cet exorbitant ultunatum

ne fut pas bien reçu. Le marquis de YilleneuTe conseilla fortement de le rejeter,

EiptoU de Munnid», samoramô r£ng6iie da Noid.

Muiuiich chercha donc a arracher par les armes, le consentement des Turcs à ces cinq importaitfes demandes. Après une vaine tentative pour conquérir la Crimée, pour soumettre à la Russie ce débris vivace de Tancienne domination mongole, il j)arut snr les bords du Dniester, prit Oczacoff et Kilburn, battit les Turcs à Stavushane, franchit le Pruth en vainqueur et entra dans la Moldavie. < Nous venons à vous, fit* « il dire anssitAt anx montaiînards forces de la Thesa salie et de l'Epire, en leur envoyant par de seci^ts « émissaires de l'or et des proclamations, nous ve-* « nous à vous, tenez-vous prêts à nous recevoir et à « nous seconder (i). » La nomination d'un Grec, du prince Cantémir, eu qualité de vaïvode de Moldavie, à la place d'Alexandre Ghika« Félu des Turcs, leur donna une plus forte preuve de la politique et des Intentions de cet Eugène du Nord (2). Mats les Autrichiens, malgré les talents du prince Clmrles de Lorraine, beau-frère de Marie-Tbérèse, n'étaient pas

(1) YiUeniaiD, ÉtMdtê Ones, p. 29S.

(19 Ilamner, t. III, p. 484, i** ooUmim.

BOSSIB £T CONSTlNTiliOPLB APBÈS PIBA&S 1". 311

aussi faenmix. Les Tares leor enlevèrent Nissa et les

chassèrenl prosqifcnticnMiKMU do la Servie et de la Yalachie. Ils songeaient déjà à faire un traité séparé et pour leur propre compte avec leurs Yaiaquetirs. Les Busses aussi, par leur plénipotentiaire, le eomte Ostcrmanu, projiosakiil h\ pak aux Turcs, olTrant, s'ils y ronsciitaient, la restitution de Kilburn et d'Occakoff. La constance et la fermeté n^étaient pas alors ce qui manquait aux Turcs. Il fut répondu aux Russes et aux Autrichiens que le sultan Achmct II ï ne mettrait bas les armes qu'après avoir repris Azoff, Belgrade» et même, au delà de Belgrade, la forteresse de Temeswar, qui, possédée par les Turcs, eût assuré en lionpjrie et en Transylvanie le triomphe des émigrés hongrois. Il (allait conquérir tout cela. Le grand-vizir Jegense mit à rœuvre. Leâ2juilletl7â9, après un combat qui dura depuis cinq heures du matin jusqu'au ( ()u( lier du soleil, il remporla sur le général autrichien Wallis, triste successeur du prince Eugène, la sanglante victoire de Krozka, où les Autrichienseurent plusde dnqmillemortsetplusde quatre mille blessés (1). Cinq jours après, le 27 juillet, il parut sous les murs de Belgrade. Après un tel succès, on pense bien que les Turcs ne se relâchèrent pas de leursprétentionsconcemantles Autrichiens; et quant à 1 uUiinatum de Schafllroir, il6 persistèrent à le rejeter en entier.

Cependant Munnich, toiyours vainqueur de son cMé, acheva la conquête de la Moldavie par la prise de

(1) HanmMr, t. III, p. 4S3.

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3i2 LITRE QUATRIÈME.

Ghooim et par celle d'Iawy » capitale de cette principauté. Mais le graiid**vislr apprit des détails qnl lai

donnèrent bon espoir. Les Cosaques, lui dit-on, ravageaient tout dans la Moldavie. Munnich lui-même, avec une dureté iuipolitiquet avait exigé des t)oyards moldaves vingt mille hommes et 20,000 ducats. A son entrée dans lassy, quand le métropolitain de cette ville lui avait présente la croix et rÉvangile à baiser, Munnicb, qui était protestant, n'avait posé ses lèvres que sur le livre sacré et avait repoussé la crmx. Enfin

ce pivlat ayant coinmencé son discours par ces paroles de la Bible : « Que le Seigneur bénisse ton en- « tréeet ta sortie, » et les généraux russes s*étant pris à rire de cette sorte de prophétie^ Munnich, comme s'il attribuait le choix de ce texte à une intention maligne, avait laissé ses féroces soldats protancr les églises et pilier les couvents. Par conséquent, les Russes libérateurs ne traitaient guère mieux les Moldaves que les Turcs oppresseurs, et le pays était loin d'être content (1). Une résolution que prit Munnich coulirma tous ces bruits. Il voulut marcher sur Bender et sortir ainsi de la Moldavie, où il ne se croyait pas en sûreté. Mais une armée turque lui barra le chemin, et derrière lui se trouvait aussi une autre armée. Il avait toujours vaincu, et il se trouvait pourtant au milieu d'un dédale inextricable de troupes turques. Chaque séraskier, chaque pacha amenait les siennes; il était allé trop avant dans un pays bien gardé par les Turcs, et voilà pourquoi il voulait eu

(1) Htmmer,t TII,p.4S4.

LA BU88IB ET COElSTAlITIlfOPLE AP1Ê8 PI£EftE I*'. MS

sortir et se porter sur Bender, c'esl-à-dire se borner à Toccupatioo des frontières du Doiester, plus faciles à coDtenir que celles du Danube. On conçoit qu'après cela le grand-vizîr ne fut guère plus traiiable pour les Russes que pour les Autricbleos : il voulut bien se rel&cher sur quelques points secondaires, mais sur le point principal, qui était la restitution d^AzolT, il fut inflexible. Le marquis de Villeneuve d'ailleurs entretenait la confiance ferme du grand-vizir, en tâchant d'amener les Autrichiens à un accommodement sé» paré. L'Autriche aussi bien que la Turquie Tavait accepté pour médiateur : mais ce n'était pas un médiateur impartial ; il penchait ])()nv les Turcs, déclarait toujours qu'il ne pourrait pas leur persuader d abandonner Belgrade ; que cette place étant située sur la rive turque du Danube leur appartenait géo|praphiqueniciU; qu'il lui semblait que c'était assez, pour la déiènse de la Hongrie, que les Turcs renonçassent à leurs prétentions sur la province et la for^ teresse de Temeswar. Ce qu'il y eut de plus Acheux pour l'Autriche dans tout cela, c'est que ses négociateurs, le colonel Grosz, Wallis et le comte de Neipperg, enhardirent cooune à dessein les Turcs par un caractère trop facile (1). Le colonel Grosz prit sur lui de soumettre à l'empereur Charles YI l abandon de Belgrade, comme la première condition de la paix ; puis, quelques jours après, ayant reçu de Sinzendorf, ministre des affaires étrangères à Vienne, en réponse d ses missives, des dépêches qui l'autorisaient, en cas

U) Hammeri i, 111, p. m et4«e.

MA LITRE QLATEIÈME.

seulemeBt de nécessité, à céder aui Turcs Belgrade même, a?ec tous les ouvrages de défense qu'y avaient

élevés les Autrichiens, il n'eut rien de plus pressé, à rinsu de ses collègues, ({ue d'aller oiTrir cela au grandvizir (1). Mais le duc de -Lorraine tint bon encore et ne voulut pas rendre la place, tant que Wallis et Neip* perg, qui étaient les principaux plénipotentiaires, n'auraient pas reçu d'instructions formelles à cet égard. Ces deux plénipotentiaires furent alors chargés de faire un rapport sur Tétat de Belgrade, de bien examiner une brèche dont le commandaut de la place, Sukoif, avait parlé comme rendant désormais toute résistance inutile. Il parait, d'après l'exposé critique que M. de Hanimer a foit des négociations de la paix de Belgrade, qu'on ne se donna pas la peine de visiter cette brèche, « négligence d'autant plus grave, dit 1 M. de Hammer, que le général Schmettau, venu t deux jours auparavant pour inspecter les fortifica- I tions, ii'avail trouvé aucune ouverture à l'enceinte « extérieure et n'avait pas aperçu d'ennemi. Ce fut « pourtant sur la déclaration du lAche Sulu^, que « Wallis, dans ses rapports particuliers, et Neipperg, " < dans l'expose confidentiel que lui avait demandé « l'empereur, se prononcèrent sur rimposslbilité de < maintenir Belgrade. » L'empereur céda. Neipperg ne songea donc qu'à obtenir, en restituant Belgrade, la déuiolition des fortifications. Ilinsislasur ce point; mais le grand-vizir savait pai* le colonel Grosz que Fempereur céderait aussi sur cet article. 11 rendit

(1) Laugier, Histoire de la Paiso 4e Belgrade, iiv. Il et suiv.

LA AUSSI£ £X COa&TAHXlMOPLE ATB&S PIEBBB 1**. 316

doDcquUl n'avait qu'un Dieu, qu'une parole, et qu'il n'écouterait de propositious de paix qu'après la remise des clefs mêmes de Belgrade (i). Ët aussitôt il fit pousser le siège avec plus de vigueur. Enfin, le !*■ septembre 1759, dans la tente de M. de Villeneuve, devant Belgrade, tout fut accordé; on s'entendit aussi sur tous les autres points, et les préUminaires de la paix furent signés. Neipperg déclara bien, après cela, au plénipotentiaire nisse Gafçnoni, qu'il ne signerait pas de paix dëGnitive sans lui; mais c'était une mauvaise plaisanterie, car dans la situation critique où nous avons laissé Munnich, situation qui.s^était ag* gravée par la défection des Autrichiens* les Russes ne pouvaient plus rien laire. Le marquis de Villeneuve le fit entendre à Cagnoni, qui était venu le trouver; il lui dit que les Turcs, qui avaieitPobtenu Belgrade des Autrichiens, n'iraient pas se relâcher, pour AzofT, en faveur des lUisses, surtoutdes Russesrcstés seuls. Sur le rapport de Caguoni, Anne Petrowua ordonna donc de rendre Axoff,

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