‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 51 sur 73 · DE POUCE DE LA GARDIE · texte numérisé non relu

DE POUCE DE LA GARDIE

voir avec nno peine e\lr(;nio tout ce qu'Éric entre preodrail contre un frère dont il était jnlonx, contre JeaOt duc de Finlande, qui, gendre de Sigismond- Augnste, roi de Pologne, par son mariage avec Catherine Jaghellon, rtait ro2:anh'' par plusieurs connue rinstrument (l*uu utile rapprocliemeiit avec les Polonais, le plus fort appui de la coalition. Mais Éric était plus Tlolent que politique. Jean avait accepté en gage de sou l)eau-j)èro, poiii- de l'argeiU prêté, les villes de iivonie, qui, mal protégées contre les Riiss( s mêmes par la Pologne, de qui elles relevaient, s'étaient don* nées au rd de Suède. Il était Théritier présomptif de la couronne. Une telle acceptation, quoique ayant rair d'uae irauduleuse soustraction, ne semblait donc pas constituer pour son auteur un bien grand crime et devenir matière à de très-inquiétants soupçons. Éric y vit rindîee d'un complot contre sa couronne ; et son caractère méliaiit, joint aux alarmantes prédictions de certains astrologues, lui en exagérèrent la certitude et le prochain danger. Avec le même empoilement de mesures sévères doiil il avait usé à Tégard de son précepteur Denys Beurré et dont ii s'était tout de suite condamné et repenti, il fit arrêter son frère Jean, le tint enfermé longtemps dans le château de Gripsholiu, i iiveloppa dans ses accusations les sei*viteurs et les ministres de ce prince, une foule d*honmies illustres aussi, et, comme complices d'un crime vrai de haute trahison, il les fit punir de mort ou aveugler avec des coins. Mais il eut le torl d'étaler un tel spectacle aux yeui du peuple, que les sévérités les plus justes ne manquent jamais de révolter quand

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332 NÉGOGTATIOirS

elles sont barbares. De tous côtés on cria a la tyrannie, et la mise eu liberté du duc Jean, au lieu de calmer les esprits, ne fit que les enhardir contre un pouvoir qui ne savait pas se soutenir et trahissait une secrète peur. Le duc Jean lui-même, qui naguère peut-être n*avait été qu'un préteur prudent et non malintentionné, devint par ressentiment un conspirateur réel, et Ponce de La Gardie, qu*Ëric lui donna comuK' c^afrc appaicnt d'une fausse réconciliation, partageant le mécouleutemeot général, rentretint dans ces idées et lui promit son appui (1). Le parti luthérien ou aristocratique, qui était en majorité dans la Suède et que le roi a\;ut souvent froisse parles opinions calvinistes que son précepteur, le huguenot Denys Beurré, lui avait fait épouser, se joignit au duc irrité (2) . Ceux enfin qni tenident encore, parmi les basses classes surtout, à Tancienne religion romaine, espérant au moins protection sous Jean, dont la Temme était catholique, ne manquèrent pas d^exprimer à celle-ci leurs vœux mystérieux el Tencoura-

gèrent lui-même [)ar cos iii(Iii (Mies excitations.

11 failail bien que le caruclère et le gouvernemeul d*Ëric n'inspirassent pas de confiance et ne méritas^ sent aucune sympathie, pour que, bien différent de son Irère Jean, qui n'avait pourtant queTexpeclativc du trône taudis <pi'ii eu avait la possession, il ne trouvât, dans tonte l'Europe, aucune princesse qui voulût de lui pour époux. Â Tinstigation de Denys Beurré,

(1) Vie de Ponce de La Gardie« p* li d IS.

(9) Altog, Biêt, 4$ r£pM«e, 1. 1, p. M.

. B£ POMCS 0& LA ZZl

il aA'ait recherché la Diain d'Elisabeth d' Angleterre, qui s était écartée du calvinisme comme orgaui&atioa extérieure du culte* loais le professait oomme dogme (i) ; il avait aussi deouindéeo mariage Christine de liesse : il n'avait obtenu que des refus, et ses démarches auprès de Renée de Lorraine et de Marie Stuart relativement au même objet, ne devaient pas être, on le conçoit, couronnées d^un meilleur succès (2). C'étaitlàun affront qui retombait un peu sur les Suédois, que daus tous les cas ils ressentaient vivement eux-mêmes et qui aigrissait davantage encore le mécontentement national. Ce Tut bien pis, lorsque Éric, voulant à tout prix un héritier et ne consultant qu'un inutile dépit, s'arrêta à une union déshonorante pour un roi etdont laSuèdenedevaitpasaccepter les fruits. En déclarant qu'il était résolu d*épouser Catherine Mansdotter, fdle d'un de ses ofliciers, et dont il avait eu déjà plusieurs curants dans les loisirs licencieux de la vie des camps (â) , il acheva de se perdre ; car ce n'était pas un affh>nt indirect fait à la nation suédoise par des souverains étrangers, mais un outrage personnel qu elle recevait de son propre roi, et elle ne pouvait que s'indigner à Tidée d'être obligée de saluer du nom de reine et d'entourer d'un convenable respect la plus obscure maîtresse» On ne sait comment la princesse Sophie, sœur d'Éric et mu-

{i) Paffendorff, Hist. univ., t. V. liv. r, p. 387.

(2) Vie de Ponce de La Gardie, p. 16.

(S) Vie de Ponce do La Gardie, p. 17. Quam non md proie

NÉGOGIATIOMS

riée au duc de Basse-Saxe, pot se décider à venir

relever cl aussi approuver par son assistance les pompes d'un tel hymen. La noblesse, ne trouvant pas assez de bons motifs pour justifier cette étrange démarche, chercha à se Texpliquer par le caractère dangereux d'Éric. On supposa que ce prince méditait quelque grand coup, et que la princesse Sophie n'avait été invitée à la féte nuptiale que pour y attirer plus facilement les grands, adroitement abusés, et renouveler contre eux la sanglante et néfaste journée des Saintes-Reliques (1).

C'est ainsi qu'à la même époque, 1568, l'opposition luthérienne et aristocratique en Suède faisait, à l'occasion d'un mariage, courir les mêmes bruits qu'en France les Huguenots à l'approche du mariage d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Ils se trompaient, je crois, les uns et les autres : Éric était un fou parfois furieux , ce n*était pas un profond et astucieux N(^ron; et, quant à Cathei iue de Médicis, elle tenait trop à pouvoir faire contre-poids, par les seigneurs et les princes protestants, à la maison de Lorraine dont maint libelle déjà dénonçait la haute ambition, pour se pi ivcj , par un massacre insensé, d'un nécessaire appui. Jamais personne ne fut plus propre que cette subtile et dissimulée Italienne à cette politique de balancement et de bascule; mais jamais aussi conduile gonv( riimientalc, sous un roi comme Charles IX, ne lut commandée par de plus fortes raisons d'État. La Saint- Barthélémy fut la

(1) Certumque dthêrt opprimi ni opprimant.. Vie de Ponce de La Gardie, p. 17.

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DE PORCB D£ LA G A RDI B.

conception Sj)()iUanëe du sombre et calculateur Henri de Guise, et les guerres interminables qu'elle engendra n'auraient profité qa*à ce précoce Gromwell catholique, sans le coup hardi et décisif du digne fils d'une loiuhe. mais pénétrante régente (1).

Quoi qu'il en soit, si piège il y eut, les protestants français s*y laissèrent prendre. 11 n*en fut pas de même des Suédois. Ponce de La Gardie, sur lequel ils avaient jeté les yoiiK comme étant homme de tête et d'action, croyant, lai aussi, que le repas de noces serait, comme au temps de Christian H, le guet-apens choisi pour un nouveau massacre de Stockholm, conseilla aux «grands de ne pas s'y rendre, mais plutôt de se disperser dans les provinces pour souder les esprits et en revenir ensuite de tous côtés avec forée gens armés. Ce conseil fut aussitôt suivi, car on n*a* vail pas un instanl a perdre si l'on voulait attaqncr £ric à rimproviste. li était à craindre aussi que, durant les retards ou les délais, n'arrivât subitement d'Écosse, oii Éric l'avait envoyé, un guerrier redouté, un calviniste. îirdciii ami du roi. nn Français, naguère protecteur du Français La Gardie, mais ne sidvant pas la même ligne et devenu son en-

( I) « On disait que les Guises Toulaient twr Itroi Charlts IJ H «turper VÈUU».* La reine-mère TOolait tenir eomme un conlrepeids des priaces protestants et du sang à la maison de Gnbe.*. En quoi elle fil paraître on trait de politique de reine H dêmère biên oojféf , ne voulant pas laisser tomber le roi son flls ci le royaume en aotro gouTernemest que le sien, »iMémoirr^ relaiîfs à VHiit. de France, par Micbaud et Poojoulat, t. XXXlil \ Mim. de Gasielnau, p. 38 el 188.}

3âr> «ÉGOCIATIONS

neni. On Be pressa donc, et tout était ini, même depuis longtemps, (luaiid ( Parles de Mornay lentra en Suède : Holmia, où s'etail iransportc Éric, avait été pris par Ponce de La Gardie qui y avait pénétré par un faulwurg; Ërîc lui-même s'était rendu ; Jean a?alt été élu roi sous le nom de Jean II! ; Ponce do l.a Gardie avait été placé au-<iessiis de tous les miuistres par ce prince reconnaissant ; ia paix avec la Pologne s'était faite immédiatement par les soins in^ fluents de la nouvelle reine de Suède ; la guerre contre le Danemarck avait été reprise avec plus de confiance et de vigueur ; Ponce de La Gardie* blessé dans un combat, fait prisonnier et rendu libre bientôt par les Danois, avait reçu de Frédéric 11 roi de Danemarck, des lettres de délivrance des p^us honorables, et de Jean 111 la baronie d*Eckbolm avec le titre de baron et le droit de prendre, en Suède, les armes de sa famille ; il était entré, en un mot, dans la première noblesse en même temps que dans les premières dignités suédoises, et Gbarles de Mornay, arrivé en Suède avec trois mille Écossais pour tuer Jean III et délivrer Kric, n'altcigiiil d'autre but que celui de mourir sur Téchafaud avec son complice le calviniste Gilbert, et de laisser, au milieu d*une révolution triomphante, son ancien et plus prudent protégé jouir en paix du haut rang qu'il s'était acquis dans le pays etdaosrËtat (i).

(i) Vie de Ponce de La Gardie, p. IS et S8; Geyer, HUi, Smède^ cb* zi, p. lOS.

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DE PONCE I>Ë LA GARDlt.

Ambaasada de Ponce de La Gaidie, JSTl à 1519, à Lobeek, à Hinbomvt en France, dans les Peye-Bae et à Huneler,

Privés du oooconrs de la Pologne et exhortés à la paix par Ghmde Danoey, cette fois protecteur de la

Suède, les Danois et les Lubeckois avaient aussi renoncé à la guerre et conclu avec leurs enoemis, en 1570, le traité de Stettiu (i). Libre de ce côté, Jean III pouvait dès lors s*occuper de la Livonle, de ces villes livoniennes qui autrefois s'étaient données à 800 prédécesseur, et sur lesquelles tout récemment avaient été hypothéquées en quelque sorte les sommes qu'il avait prêtées au roi de Pologne, son l)t'a a-père. Mais il n'étiiit pas facile d'en expulser les Russes d'Ivan IV, tant qu'ils pourraient recevoir d'£urope, par le port de Narva, situé en Ësthonîe, presque au fond du §^fe de Finlande, les munitions de guerre que leur pays ne pouvait encore suffisamment leurlournir. Comme, pour aller à iNarva, les navigateurs étaient obligés, soit à la hauteur de Gothland ou de Bornbolm, soit vers les cAtes de la Livo* nie ou de la 1 inlaiide, de traverser les eaux de la Suède, Jean 11 i leur faisait la chasse avec les vaisseaux suédois ; mais beaucoup échappaient à ses vi-> gilantes poorsuites, et il était à craindre en outre que

(1) Voir C6 Traité, plus baut, liv. I, ch. in*

les États auxquels ils apparteoaieat, fatigués de ses attaques» de ses vexations ou de ses captures sur

leurs marchands, ne rinquiélassent à leur tour ou même ne se joignissent à ses ennemis. 11 est vrai qu'il était prot^é par uu seatimcDt de répulsion qu'aurait excité chez plusieurs, même dès cette époque, une alliance russe, surtout avec le czar que les étrangers n'appelaieiUque le Terrible. Mais il n'était pas moins certain qu'il y avait du péril dans cette situation, et qu'il fallait employer, auprès des États intéressés, des moyens amiables pour le conjurer ou T amoindrir. Ces États étaient Lubcck, iiainbourîç, les Pays-Cas, et spécialement les villes de la Frise, de la Hollande et des provinces flamandes, Tempire d*Allmagne et la France. Ponce de La Gardie eut mission d'aller plaider auprès de chacun d'eux, la cause de la Suède, qui dès lois, comme le prouvent quelques-unes des réponses qui lui furent faites aussi bien que ses propres paroles, semblait se confondre avec les craintes mêmes de l'Europe. L'ambassadeur suédois s'attacha en eUet ù montrer en présence et en lutte la civilisation et la barbarie, Tesprit de possession tranquille et Tesprit incessant d'invasion, la nécessité enfin d'élever au torrent moscovite um lurle barrière, si on ne voulait pas le voirtouteuvabir ; et les réponses, même négatives, des États auxquels il porta ses demandes, ne contredirent en rien cette curieuse et frappante manière d'envisager, au seizième siècle, la question pendante entre les Russes et les Suédois.

Il commença par Lubeck, et il y arriva le 15 novembre de Tannée 1571, avec un jeime seigneur de

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DE PONCE DE LA GAHDiE. 339

la cour, plebi de sagesse et de sens, Claude Bielke, qui lui avait été donné indus comme collègue sans

douU' (oimue un diplomate qui voulait se |)< lïectiouner à sou école (1). bon secrétaire était lleriuautt Bruser. Le 20 du même mois il eut son audience du sénat de Lubeck. Il rappela aux sénateurs et aux consuls le sincère rapprochement qu^avait opéré cuire la buède et les Lubcckois In l éceote paix, de Stettin, et se plaignit qu'au mépri» de ce traité les citoyens de Lubeck fournissent continuellement à la Russie, par la villi (ie iSai va. (oiile espèce d'approvisionDemeiUs, comme si le Moscovite était pour eux un ami et le roi de Suède un ennemi. 11 ajouta qu'une telle conduite de leur part avait d'autant plus étonné Jean III, que, en dehors môme de la pacification de Sletlin, ils n'igDoraieiU pas qu ivaii IV avait, pour attaquer T Es* thonie, la Livonie* la Finlande , que des prétextes dignes d'un roi barbare. 11 aurait voulu en effet que, conformémenl à la promesse (juc n avait i)as craint de lui faire Éhc XiY, Jean 111 lui cédât poui* épouse sa propre femme, Catherine Jaghellon, qui serait ainsi devenue la mère de leurs communs enfants (2). Telle était la rause impie des ravaj^es dont il couvrait toutes ces malheureuses contrées, de Tarrestation des ambassadeurs suédois, contrairemeut au droit des

(Ij Juvenem magnœ virlulis ac prosai>iœ.,. Vie de Ponce de La Gardie, p. 23.

(2) Beîlo impiè fie- pntirmtem régis conju<iem, ab Erico olim promissam, commumum Uberorum matrem. Vie de Ponce de La Gardie, p. 24.

3â0 NLGOCiATlONS

gens, et des mauvais traîtements que les Russes leur infl^eaient, selon une vieUle coutume de cette barbare nari(Mi 1 1 ). Ponce de La Gardie demanda donc à la régence de Lubeck de suspendre provisoirement ce trafic de leur ville avec les Russes par Narva, ou bien, si cette interruption leur devait porter trop de préjudice, de se diriger plutôt, jusqu à la fin desbostililéSf par la mer Ëlaoclie vers le port d'Ârkangel, dont Ivan lY avait commencé la construction, ou vm celui de Saint-Nicolas. 11 insista beaucoup sur ce moyen terme qui conciliait toutes choses, puisque si les Russes continuaient de commercer avec les habitants de Lubeck, ce ne pourrait être que pour bien moins de temps, la mer Blanche étant beaucoup plus lot glacée que la liakiqiie, outre que les frais de transport seraient plus cousidérables et les prix de vente trop ruineux pour les finances encore mal réglées de la Russie.

Mais, chargés de veiller aux intérêts d'tme ville marchande, les sénateurs et les consuls lubeckois prétendirent que Ton pourrait nuire aux Suédois par la première de ces mers autant que par la seconde ; que (1 ailleurs les l'»usses ne profitaient pas seuls de ce commerce marîlinie avec Narva ; qu'il était aussi trèsavantageux aux États voisins de la Russie, et qu*en privant ceux-ci des ressources qu'ils en tiraient, c'élait aller coiiUe le but de la guerre actuelle, c'està-dire leur 6ter le moyen d'aiTèter ces féroces enva-

(1) Ex nteri moris bari/ari ferocia. Vie de Pooce de La Gardie, p. 24»

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DB POIIGB DE LA 6ABDIB. 5H

hisseurs et de les faire i eu li er daus leurs anciennes limites (1).

Le séoat de Liibeck rendait justice ao caractère émiiieffiment moral de la guerre contre le grand-duc

de Moscovîc : il convenait luèiiie que les mis et les princes clirctiens avaient eu raison de s'entendre avec Tempereur Maximiiien II, dans le congrès de Stettin, pour régler cette navigation de Narva de manière à ce qiiMh' 110 préjudiciôt en rien n iiiifcrrt de la chrétienté, engagé dans la question qui divisait les Suédois et les Russes (2). Mais il répondit que, faisant partie de rempîre germanique, Lubeck attendait la saïK lioii d'une diète pour se confornKu aux stipiilalious commerciales du traité de Stetlin, el que, jusque-là, elle ne renoncerait jamaisau bénéfice d'une décision de Ferdinand V\ pacifique prédécesseur de Maxiuiilien, qui avait en sou temps formellement déclaré cette navigation entièrement libre pour tous les peuples allemands, imitant son glorieux frère, Gharles-Quint, qui, dans ses guerres avec les Fiançais et les Turcs, u avait jamais voulu frapper le commerce d'aucune interdiction et n'avait demandé ses succès qu*à la force invincible de ses armes (3).

(1) Uoe tommireium si tuituimj vel ad tempus adtribueris^ brwi ipsoi feetris ad ferocUB e^ui resUtendum invalidas, aut ad

imperium inlrà veteres trrminoê coercendum, dominalinniqt^ proferendœ viam $trnvrris» Vie de Ponce dd La Gardie, p. 21.

(2) Cumregwn prineipumque christianorum seitu ansensuque, nec non eum Cœsare, ut eo navigandi Hudmm, in ni chrialiomm fraudcm, mnim» eedierttm ibid, p. SS.

342 NÉGOClAilONS

PoQoe de La Gardie répliqua qae les seuls peaples riverains h qui les condamnables trafics des Lubec-

koîs pussent être utiles aussi bien qu'aux Russes, c'étaient les Polonais, les Livouieiis et les Suédois; que les premiers B^avaicot aucun port sur la Baltique» à moins de regarder la Prusse comme faisant partie de lour (lomaioe; que les seconds ne pouvaient se défendre eux-mêmes, et que, quant à eux, ils iraient à Luheck s'approvisionner de ce qui leur serait nécessaire. Puis, voulant opposer à l^autorité impériale de Ferdiuaiid l 'des décrets plus respectai>les encore dans le Saint-Empire romain, il cita deux bulles cu^ rieuses des papes Honorius ill et Alexandre III, la première de 1220, la seconde de !287, frappant Tune et l'autre d*anathême et d excommunication, en faveur du royaume de Suède, tout commerçant, tout souverain même, fût-^ce l'empereur, qui fournirait des armes ou d'autres approvisionnements aux bar« barcs de la Sarraatie (1). Il ajouta du reste en terminant, qu'il était envoyé par le roi de Suède à divers princes et rois, sans excepter l*empereur, pour Je inonic objel, cl que ceux qui refuseraient d'obtempérer à ses justes déâii's, contrairement aux usages toujours suivis par les peuples civilisés (2), le feraient, comme les Lubeckois, àleursrisqueset périls. Cette réplique imposante et ferme fit un peu perdre contenance aux sénateurs et auxcousuls de Lubeck;

(1) Vie de Ponce de La Gardic, p. 28 ei 31.

(2) Consuetudinê pauim utufpatâ cullusiêiimiê populM.^.

DE PONCt Dt LA GARDIK.

nais» comme ils savaient que Ponce de La Gardie devait partir le lendemain, ils déclarèrent qoe Faffiiire

était trop p^ravo pour pouvoir la décider immédiatement; qu'ils assembleraient tous les citoyens de Lubeck pour en conférer avec enx, et qn^ils enverraient par un coorrîer leur réponse définitiveau roi de Suède.

Ponce de la Gardie quitta donc la ville de Lubcck sans avoir rien obtenu de ces avares négociants. Il fut plus lieurenx à Hambourg et dans plnsleursautres villes hanséatiques, telles que Stralsund, Rostock, Wisiiiar, qui, moins puissantes que leur arrogante métropole, furent aussi plus traitables.

Satisfait de ce succès, il se rendit à Munster qui était une riche et belle principauté ecclésiastique cl dont le possesseur était alors Jean Bruchusius. issu d'un fils naturel de Gustave Wasa. Là, outre la demande relative à l'importation des provisions on des munitions de guerre chez les Russes par Narva, Ponce de La Gardie pria le seigneur-évèque, en lui exposant les plus hautes raisons de convenance et d'bumanité, de loi permettre d'enrôler des troupes sur son territoire pour faire la guerre à un peuple qui s'élevait pour la ruine des Suédois aussi bien que pour celle des autres peuples et rois chrétiens (i). Mais Tadroit évéque éluda Tune etTautre demande, en disant qu'il ferait là-dessus ce que rempercur et Tcnipire décideraient, et décliuaut toute iuiliative personnelle sur ces délicates questions.

En Frise, en Hollande, en Belgique, le duc d' Albe,

(1) Vie de PoDce de La Gardie, p. 34.

Zhh NÉGOCIATIONS

gouverneur de ces pays pour Piiilippe 11, se retrancha aussi derrière le décret d'empire qu'il fallait préalablemeut obtenir, rangeant toute Tétendue de son

gouvernement parmi les provinces qui relevaient des dix cercles germaniques. Quant aux livraisous de sel pour lesquelles Ponce de La Gardie était aussi chai^^é de lui parler, il répondit avec une brièTeté conforme à la (lin iié brusque de son ciiractère, qu'il en écrirait au roi Piiiiippe II et qu'il lui transmettrait la déci* sion de ce prince (1),

Ces négociations et ces voyages en plein hiver, dans des pays dont queiques-uus, comme les Pays- Bas» étaient en proie à la plus furieuse guerre d'indépendance et de religion, et à une époque od les communications et les moyens de transport étaient aus&i leutâ que diiUcites, avaient pris beaucoup de temps. Cinq mois s'étaient déjà écoulés, et Ton était en avril 1572, lorsque Ponce de La Gardie arriva en France. 11 trouva, le 27 du même mois, Charles IX, Catherine de Médicis, Henri de Navarre, Marguerite de Valois, toute la cour, au château de Blois et en grands préparatifs d^'nn double mariage : c'était d'abord le mariage du chef de la maison de Eourbon et des Huguenots avec la catholique Marguerite, et celui de Charles IX avec Ëlisabeth d'Autriche, fille du tolérant empereur Maximilicn 11. Il n'était pas possible de s'y tromper : ces unions étaient véritablement un symbole de paii et de réconciliation entre

(1^ Vie de Pouce de La Gardie, p. tti. Pars non ignobilii im* periit p. 06.

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