‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 52 sur 73 · DE PONCE DE LA GARDIH · texte numérisé non relu

DE PONCE DE LA GARDIH

les partis, ella seconde, doot la célébration était éga^ lemént prochaine, confirmait les espérances et les

desseins fondés sur la proniière. Tout le monde était dans la joie, et Ponce de La Gardie pensait que cette situation heureuse ne pourrait que profiter au succès de sa mission. Jean 111, roi de Suède, avait d'ailleurs employé ses bons oilices auprès de Maximilien il, pour que, malgré la situation agitée de la France et les préventions que pouvait avoir contre Catherine de Médicis la Réforme alkiuande, il ne refusât pas la main de sa fille a Charles IX. 11 avait agi aussi, nous dit le biographe de Ponce de La Gardie, en faveur du roi de Navarre pour son mariage avec Marguerite de Valois; et chacun rin ces princes, ajonte-t-il, se félicitait de l'obligeance de ses démarches à cet égard (1) ; ces détails semblent prouver que Topposition protestante ne voyait pas avec moins de plaisir que le gouvernement une union qui, du c(Médes catholiques, froissait, surtout à cette époque, les plus vives répugnances, et était en quelque sorte, de la part de Catherine de Médicis, un insultant défi jeté à leurs préjugés et spécialement à la tyrannie des Guises. L'ambassadeur d*un prince dont on se louait devait être le bienvenu, et en effet, Poncede La Gardie, avec Claude Bielkc, fut bien reçu de Charles IX à Blois. Il faut suivre Tordre et les détails de ses négociations auprès de la cour de France.

Il vit d*abord Charles IX : il le remercia, au nom de Jean III, de la paix avantageuse qu'il avait uiéna-

(1) Vie de Vont» de la Gardie, p. St.

gée à la Suède par TinterventioD de Dancey; il demanda le leDouvellement des traités antérieurs, et fit part des vœux du roi, son maître, relativement à la navigation de ?^arva. Après la formalité de cette au* dience ofllciellc, la négociation coiiiiikmh a.

Catherine de Médicis, sous un roi jeune, de mœurs douces et non marié, n'avait jamais perdu Vautorité prépondérante qu'elle devait à son titre de mère et à sou génie gouvernemental. A côté d'elle s*élait élevé, avec son agrément, une autre puissance, celle d'Henri 4e Navarre, auquel les avances de la cour donnaient naturellement beaucoup de crédit et qui remplaçait féloile un peu éclipsée des princes loiiaius. Ponce de La Gardie ne manqua pas de visiter chacun de ces personnages. Il se présenta à Catherine de Médicis avec une k l d e de Catherine Jaghellon, amie d'une reine de 1 rauce et comme Polouaise et comme catholique, et il appuya sa demande au sujet de Tinterruption provisoire de toute navigation pour Narva, des ii!s lances et des raisons contenues dans celte pièce importante.

Auprès de celle qui réglait tout par Torgane du roi, il avait imploré une décision favorable; auprès du Navarraisil sollicita une elTicace rooonunaïKlalion. Mais Tauteur de la vie de l?once de La Gardie cite un détail curieux et qui prouve avec quel soin Topposîtîon protestante, en France, s'cnquérait de tout ce qui intéressait la lleioruie au dehors. La révolution qui, en Suède, avait ren?erBé Ëric XIV pour élever Jean III, avait été présentée à Henri de Navarre sous un très-mauvais aspect. Le roi déchu était iavorable

D£ PONLt DL LA GARDIE. 3^7

uan calvinistes, et Jeun lU était Félu des luthériens.

On disait même que, influencé pur sa femme Catiicriue Jaghellon, il u'élail pas éloigné d'embrasser le catiloiicisme ou de faire quelque cbose du moins dans ses Etats pour ce culte détrôné et banni. C*est ainsi qu 011 doit iuterpréler l;i manière vague et générale dont notre biographe rapporlc ce fait (1). D'après cela Uemi de Navarre, en sa qualité de calviniste, ne devait pas voir sans quelque prévention renvoyé (1 iiu piiuce aussi suspect que Tétait à ses yeux le uouveau roi de Suède, il laiiutquG Ponce de La Gar* die lui peignit aVec les plus vives couleurs Tétat réel de la Suède avant cette révolulion, les excès du roi Éric, les plaintes et rindignation générales, pour qu'il pardonnât aux uoblcs suédois leur soulèvement et à Jean 111 sa déplaisante élévation (2). Encore ne dit-on pas qu'Henri de Navarre voulut tout de suite promettre d'appuyer auprès du gouveriicaient français la demande de Tanibassadeur suédois. Celui qui avaitchercbé à justifier la révolution suédoise de 1568 n'en était-il pas le principal auteur, n'en élaiL il pas le lortuné béros, et u'étail-il pas en quelque sorte payé d'avance pour amnistier son propre et ai avantageux ouvrage? On le voit : la négociation de Ponce de La Gardie eu France ue laissait pas que d'ôlre assez délicate ; car, si sa présence plaisait aux uns,

(1) Sueeim facim^ dît-il, çuam dtturpan Atmc opml pn'ndpMi «btrtt mtehantur rerum ignttri quidam êt malevoliy ob exautmti à rege fralriif ut vofoftanl, macutam* Vie de Ponce de La Gardie, p.S7.

(2) Poit depietam ud tivum rerum Smeim fadm, IML

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elle réveillait dans d'autres des susceptibilités de secte ou de parti qu'il ii*étaitpas bon d^avoir contre soi. Cependant il ne dut pas être trop mécontent du

résultat qn*il obtint. Le roi Charles IX. dans une dernière audieuce^ lui répondit qu'il avait donné ordre à Glande Dancey, son amlMissadeur près la cour de Copenhague, de renouveler les anciens traités entre ta Franceetla Suède, aveclcsmodiliaii ions (ju'il jugerait à propos d'y introduire, et que pour la navigation de Narva,s*il nerinterdisaitpas d*une manière absolue, du moins il défendrait d'importer dans cette ville tout ce qui pourrait être cou traire aux convcntîous uouvelles qui seraient faites avec le gouvernement sué^ dois (1). Puis il entretint familièrement Ponce de La Gardic de la guerre qu'il se proposait de faire au roi d'Espagne Philippe 11 dans les Pays-Bas eu fayeur des GneuK (2)» et, par conséquent, de l'intention un peu tardive, mais réelle, où il était de revenir à la politique de son père Henri H, politique que Ponce de La Gardie avait aimée et ({u'il avait autrefois secondée de tous ses efforts en Italie sous le commandement du maréchal Brissac. C^était assurément faire plaisir à un ancien Français, partisan du système de François et d'Henri 11, et bien plus zélé encore pour leurs idées depuis qu'il était devenu le sujet et le serviteur d'un prince protestant.

Ce projet de guerre, dont Cliarlos IX lui faisait pour ainsi confidence, eut-il réellement quelque

(i) Ne quid ad ferrent legibus poeforu» emUraria. Vie de La G. (S] P. Oa.iôiii.

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suite? Oui, répond notre auteur, tout en rattachaot cet envoi de troupes calvinistes dans les i^ays-Bas au yaste et ténébreux complot de la Saint-Bartbélemy, auquel il croit en sa qualité de luthérien et qu'il met sur le compte de Charles IX. C'était, dit-il, pour dégarnir de troupes les chefs huguenots qui se trouvaient à Paris et qu'on espérait par là prendre plus facilement au piège qu'on leur tendait dans Tombre; et, quant à ces renlorts mêmes, on avait secrètement prévenu Tennemi, c*est-à-dire le duc d*Albe, de leur arrivée, ce qui fit qu'ils furent entièrement détruits avant d'a\nirpu être d'aucune utilité à ceux pour qui ou les disait pompeusement desti* nés (!)• 11 pouvait bien se fabre, en effet, que quelque avis secret eût été donné au duc d'Albe on par les ap:ents de Phili]){)(' lï si iioinbreui en France et ^ particulièrement à isat is, ou par le duc de Guise si fort opposé à renvoi de ces secours et par lequel fut assassiné l'amiral Goligny, qui les avait obtenus du roi et qui devait, dit-on, aller les commander. Quoi qu'il en soit, il n*est pas moins vrai que des troupes, chargées de soutenir les Gueux, étaient parties pour les Pays-Bas. Ponce de La Gardie, après avoir pris congé de Charles IX, de Catherine de Médicis, du roi de Navarre, et reçu d*eux, sans même excepter ce dernier, les meilleures assurances de paix et d'amitié pour le roi de Suède, les vit de ses propres yeux, en passant par la Belgique, il vit aussi dans

f1) Vie de La Gardie, p. 71. Paulà pnùs qninn hœ /ierrrU ( la

Saint- Barthélémy^ (J uf^iis deleUoë UugonoUii rex suàmitU copiât ^ ipecte opem ferendi, ête»

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cette malheureuse cootrce des soldats de toute na- Uoo, des Italieos, des Espagnols, des Allemands, des LorndDS, qui s'y étaî^t donné rendez-vous poor livrer ou soutenir les grands combats de la Réforme. La Belgique étail devenue nn vaste camp. Toute cornluuiài ation était interceptée. Ponce de La Gardie y arriva de Biois vers le milieu du mois de mai et y fut retenu jusqu'à la mi-août, sans pouvoir jamab, comme il le désirait, traverser le pays.

Durant ce long relard, il reçut, par l'intermédiaire du duc d*Aibe, une lettre de Piiilippe li, datée de Madrid, dans laquelle ce prince promettait de faire livrer par ses sujets flamands, au roi de Suède et au\ bourgeois de Stockbolmt le sel, le houblon et autres denrées dont ils pourraient avoir besoin, et dont les Lubeckois, alors un peu en froideur avec le gouvernement suédois, étaient les ordinaires louriiisseurs (1).

Ponce de La Gardie employa aussi ce temps à visiter de nouveau Tévèque de Mnnster. Il le pria de s'intéresser auprès du duc d'Albe eu laveur des comtes de Bassc-6axe ou d'Ostfrise, trop voisins du théâtre de toutes ces guerres pour ne pas en ressentir quelquefois les plus fôcheux contre-coups. L*un de ces comtes, comme on s'en suu\ ient, étail le mari de SopUie, cette sœur bien-ainiée (i Kric, qui avait dû voir de mauvais œil l^élévation de son second frère Jean 111. C'était adroit de lui rendre, sponta* Dément et à son insu, quelques bons oflices. Ponce de La Gardie sut si bien s'en acquitter, en inspirant

(t) Vie de Lt Gardie, p. 69.

DB FOnCS Dfi LA GAAOÏE.

à révôque de Munster, d'ailleurs parent des Wasa,

les plus sincères idées de tolérance chrétienoe, que toutes les fois que le duc d*Albe priait ce prélat de le secourir et d'imiter eu cela plusieurs autres scîgueurs ecclésiastiques de l'empire, celui-ci lui faisait cette ferme el noble réponse : « On une telle con- < duite était incompatible avec son miuistère^ à qui « il convenait d'enseigner, non de ccMnbattre (1).

Avant de quitter soit la principauté de Mnnster, soit la Belgique, Pouce de La Gardie racuiita dans les lettres qu'il écrivit ^ Suède, un trait non moins cu< rieiix et queson biographe nous a transmis. Philippe II iivail épousé en quatrièmes noces Anne, filledcMaximiiieu II d'Autriche. Or, cette priuceise avait été élevée par un père prudent et qui voulait ménager en Allemagne Vopinlon protestante, dans de justes sentiments d'iiuuianité pour toutes les sectes réformées. Ainsi l'exigeait l'intérêt dynastique de la maison d'Autriche, fortement compromis dans un empire électif par l'ardeur intolérante de Gbaries-Quint. Mais Aline allait épouser Philippe II. le digne el vrai fils de ce grand et formidable empereur, celui que les protestants n'appelaient partout que le Néron du midi, et elle devait habiter l'Espagne où, de temps en temps, quelque sanglant auto-da-fé viendrait, au nom d'un redouté tribunal, réclamer sa royale assistance. Cette perspective l'effhiyait, et néan* moins elle u'en cherchait qu'avec plus de suiu les

(() Cuidoeerêt non Mlore, a iocris canonibui preseriptumf Yie «le Ponce de La Gardie, p. 7t.

moyens de donner cours, mdme dans ce pays, anx

idées de mansuétude et de modération dont elle éiait pénétrée. La matière n'y manquerait pas, elle le savait: mais le pouvoir accompagnerait-il toujours les élans généreux de sa volonté? Elle pensa que si , à ses premières couelies, elle donnait un fils à son terrible époux, il ne lui refuserait pas, en faveur d'un premier-né, quelque demande à cet égard. Cette inspiration compatissante prit aussitôt dans son ccrar la forme inviolable et sacrée d'un vœu, vœu d'iiKiiilgence et de paix pour des erreurs de foi qui ne sont jamais des crimes, vœu tout chrétien, que le fanatisme d'un siècle tourmenlc et cruel aurait traité d'hérétique à cause de son principe, mais qu'enregistra fidèlement sur le livre étemel du bien une divinité clémente. Ses désirs furent accomplis : la premi^ année de son mariage, au mois de septembre 1571, elle mit au monde un fds qui fut appelé Ferdinand ; et, à la joie qu*en montra Philippe 11, elle vit bien qu'il lui accorderait ce qu'elle voudrait, lors même quesademancle ( oncerneraitlescondaïunt s duSaint- Oilice. Parmi les personnes qui vinrent aussitôt lui offrir leurs félicitations, il y en avait qui étaient déjà sous le coup de quelque poursuite de Flnquisltion, et qui, à rexpressi<ni de leurs comjili monts et de leurs vœux, joignireut aussi de riches présents. A leur grand déplaisir, la gracieuse et royale mère refusa modestement cette dernière marque de leur sympathique bouiieur (1) , et elle les pria de vouloir biuu ac-

(i) Modêitê r9fudian$. Vie de Ponce de La Gardie, p. 7i.

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