PORC! DE LA GABDIE
cepter plntôt eux-méines une seule chose qu'elle désirait beaucoup. Ce refus, qu'ils ne pouvaient trop s'expliquer, les disposant à la peur, ils ue promireut qu^en tremblant ce qu*eUe leur demandait Mais quelle ne fut pas leur réjouissante surprise, lorsqu'elle leur dit qu eu se reudaul eu Espagne, elle avait fait vœu de rendre la liberté aux prisonniers de l'inquisition, si elle venait à avoir un fils, et que , ne voulant pas être ingrate envers Dieu, qui avait exaucé ses désirs , elle allait solliciter la grâce de tous ceux qui étaient poursuivis ou détenus pour cause de religion , pourvu qu'ils ne fussent accusés d*aucun autre criiiM . Ji laisse à penser avec quelle jubilation ils s'empressèrent de donner Unw assentiment à ce précieux cadeau qu'elle leur destinait de son côté. Ponce de La Gardie assure, dans ses lettres, que beaucoup d'hérétiques avaientété en ellét délivrés ea Espagne, et que cette clémence royale, provoquée par la tolérante foi d'une femme, ayant été aussi, selon le souhait de cette rciue, étendue à la Belgique, il avait vu lui-même de ses propres yeux, bon nombre de ces malbeureux, délivrés de leurs fers, quitter aussitôt leur patrie, sachant bien que cet arrêt de grâce de la part de l'obstinée cour de l'Escurial rlail une complaisance momentanée pour une jeune iiiere et non l'adoption de ses modérés sentiments (i).
Quel tableau offrait alors FEuropel Partout la guerre entre les peuples et les gouvernements ; par-
(i) Qud occasione se vidissc. cowpedibus snlutis^ Uclgio ercedenlium numerum... Vie de Pouce de La Gardie, p. 72.
MA NÉGOCIATIOltS
tout l'abusive exteosiou du principe crautorité aux matières de foi ameiiant d'effroyables réactions de la liberté de penser; partout Pesprit humaîo, libre de son essence, se soulevant contre le joug impose a sa nature; partout la raison, créée pour discuter le monde religieux comme le monde physique, et ne reconnaissant comme inviolables et sacrées que la religion et la loi naturelles, cherdiant à conquérir les droits de sa destination et de sa fin ; partout des hommes, comme tant d'autres sous toutes les religions et a tous les âges du monde, victimes, non d'actes socialement coupables, mais de leurs opinions, c'està-dire de la libre et primordiale allure de leur indi- TÎdnalité ; partout enfin une religion, sublime par sa morale, mais pouvant trouver coinnie ses (h saucières, les esprits rebelles à ses systèmes dogmatiques et à sa théodicée, exerçant sur les autres les persécutions qu'elle avait elle-même subies, les tourments qu'elle souffrait et qu'elle bravait encore dans les parties païennes du globe, et versant le sang ou provoquant la mort de ceux qui pourtant, fidèles à l'unité de Dieu, c esl-à-dircà son essence mèuic, au principe de ses premiers et glorieux combats, ne s écartaient de ses idées que sur quelques points de discipline, d'organisation ou de théogonie. Le setrième siècle, annoncé cîi et la par les explosioi;s i^iiioiinlistrs des âges précédents, était en travail des temps modernes, temps de tolérance, de justice et de liberté pour les choses de la pensée, et qui n'opposent an développement de rhomme que la géne indispensable des lois fondamentales de toute société ; il était pressé par les
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efforts de lenr irrésistible venae^ plutAt qa*il ne les
ouvrait lui-môme, et il était douloureux et agité comme tontes les époques critiques de déiioilii eufanicmeot.
Au milieu de ce désordre immense, de ces combats multipliés, de ce déploiement universel d'appareils militaires, on conçoit que Ponce de La Gardie n*ait pu aller en Espagne pour parler de la naviga*tion de Narva à Philippe II Id-méme, comme il en avait aussi mission. Il ne se rendit pas non plus à Vienne pour voir l'empereur Maximilien II, bien que certains des princes ou des £tata auxquels il s'était présCTté, eussent subordonné leur propre décision à celle du cher (lu Saint-Empire romain. L'histoi i< ii de. Pouce de La Gardte ne nous en donne pas la raison. Mais il est probable que la situation de la Livonie, plus que jamais foulée par les farouches soldats du czar, fut la cause de 1 abandon ou du moins de Piyoumement de ce nécessaire voyage. Jean illavait besoin de Texpérience et des conseils de son puissant et dévoué serviteur. C'est même à ses laicuts éprouvés qu'il avait dessein de couiicr la guerre de Livonie contre les Russes. Aussi, après avoir, sur la recommandation de ce prince, recruté en Belgique suiluiit, coiiiine le faisaient à la uitMiie époque les agents anglais de la reine Liisabetli, tous ceux des ouvriers babiles qui voulurent, sous de sincères promesses, aller enseigner leurs arts aux Suédois, de La Gardie se mit-il en route pour la Suède, où un vaisseau de Lubeck le transporta, le 30 septembre 1573, après une absence de dix mois.
NÉGOGUTXOMft
Ponce de La Gardie en Llfoole «I en Suède après son retour, 157S 4 1576. Rcaction catholique appuyée par Gatberioe Ja^ieUoo. Opiaiooa de Ponce de La Gardie.
Il ne resta longtemps ni en Suède ni en Livonie.
L'indiscipline et le désordre régnaient dans l arniée suédoise envoyée à la défense des villes livoniennes. Le gouverneur de la Finlande, Hermann Flemming, et le général en chef n'étaient pas d'accord. Le premier aurait voulu couler à fond, devant le port de Narva, de Meux bâtiments remplis de pierres, pour couper court aux approvisionnements des Russes par cette place marilimr. J. autre s'y était refusé, et bientôt après s'était fait battre par Ivan IV sous les murs de Wiborg, Les régiments étrangers n'étaient pas plus unis : la légion écossaise et la légion allemande, l'une compnsre de puritains, Taulre de luthériens, ne pouvaient se souffrir. Les iiicossais, n'aimant pas Jean 111 par antipathie de religion, s'entendaient avec Charles de Hornay, qui venait alors d'arriver d'Écosse pour le renverser et le tuer, tandis (|ue d'autres passaient du côté des Russes plutôt que de le servir. Ponce de La Gardie, chargé de la conduite de la giierre de Livonie, découvrit tous les flls du complot, eu expédia toutes les preuves écrites à Stockholm, oii Ton sait le sort qu'eurent Mornay et ses complices, puis cassa la légion écossaise, et enfin rétablit dans le camp la discipline et la subordination,
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base première de tout succès. Pour Narva, il n*eut pas d*ordre pour rendre impossible l'entrée du port par le moyen qu'avait proposé Hermann Flemming. En sorte que les Russes, malgré les actives poursuites des corsaires suédois, recevant par contrebande tout ce qui leur était nécessaire, ayant soin de se rassurer en payant bien, ne manquant jamais en outre de soU dats et possédant déjà leurs redoutables Strélitz armés de bons fusils, avaientsur les Suédois, ce qui fait que la résistance peut survivre à maint revers, la supériorilé du nombre et celle peut-être des approvisionnements. 11 fallait donc à tout prix empêcher cette pernicieuse navigation de Narva ; car les restric* tîons insérées dans des ordonnances ou des traités, étaient dérisoires, les marchands trouvant toujours moyen de faire passer toutes sortes d'objets de contrebande sous le voile d*uo eonmerce ordinaire et inoffensîf; et comme c'étaient surtout des ports de rAlle> mague (jue se laisaient pour Narva et pour la Russie CCS dommageables et frauduleux transports, il était de toute nécessité de dépêcher au plus tôt quelqu'un en Germanie, pour aller droit à Maximilien II et solliciter de lui un i ci qui liât pour quelqtie temps toutle commerce maritime allemand. Jean 111, voyant rétablie en livonie la discipline militaire et la possibilité de mieux tenir tète aux Moscovites, s'y décida, et c'est sur Pouce de La Gardie qu'il jeta de nouveau * les yeux pour cette ui^ente mission. Mais ce n'était pas la seule affaire qu'il eAt à lui confier, soit pour l'utilité de la Suède, soit pour son avantage personnel. A Stralsund, dans i'Ostfrise ou iiâSse-Saxe,
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dans le royaume de Naples, ailleurs encore, il avait à régler des différends ou des questions dHntérèt qui,
depuis le retour de Ponce de La (iardie iiis(]u à Fanoée 157r) oii Ton se trouvait actuellement, avaient surgi daos Tun ou Tautre de ces divers ÉUits. Surtout il voulait terminer avec la cour romaine une grande afTairo roliî^iouse qui mettail toute la nation suédoise euéffloieldoutilétait lui-même ibrtement préoccupé.
Quoique sympathique au haut clergé et aux classes riches ou éclairées, le luthéranisme en Suède n'offhdt plus Taspecl fl Un corps qui a conscience de son rôle et de ses devoirs : ilne fouroîssait ni orateurs pour la chaire sacrée, ni professeurs pour renseignement des lettres chrétiennes ou de la théologie ; il n*y avait pins d'émulation, de inonvenieiiu de vie, et il semblait qu'en perdant ses deux principaux apôtres et soutiens, le chancelier Andersson et Tarchevèque d'Upsal Laurent Pétersson, mort en octobre 1573, il eût été privé du dernier souffle qui ranimait (1). Il est certain que, tout en étant conforme au génie plus flegmatique, moins enthousiaste et moins empreintd*anclenne dvi-
lisalioii roniaiii(\ des races Scandinaves aussi bien que des peuples germains, le lutliérauisme perdait insensiblement de sa force chez lesSuédoiset semblait n'avoir plus foi en lui-même, à Pavénement de Jean HT.
Ce monarque aurait pu en faire, comme du temps de Gustave Wasa, une Église sérieuse, puisque, ayant un grand cachet national, ce culte devait réagir, sans cesse contre les succès passagers de ses ennemis et
(t) Geyer, HUt, d$ SM; ch. m, p. M7. I
DB PONCB OB LA GAaDIfi«
paraissait aussi indestructible eu Suède, comme en d'autres contrées, que le même de la nation.
Jean 111 était politique et réfléchi comme tons ceux dont l'ambition adroite a sn tourner une révolution à son profil. 11 savait qui l'avait fait roi, quelles teudanceSf quelles opinions, quelles passions de classe ou de religion Ton avait voulu couronner dans sa personne et affermir par sa royauté. Il voyait d*nn autre côté 1 aUitude jalouse et envieusement expcc- tante de son frère Cliarles, duc de Sudermauie, lu* thérien d'autant plus ouvert et exalté, que Fépoux de Catherine Jaghellon pouvait devenir plus réservé et plus froid, et qu il sentait que là était en Suède le plus fort levier d'un prince qui aspirait à régner (1). Jean III avait donc parfaitement connaissance du caractère et des exigences de sa situation, et il ne se souciait pasd'ébranler la couronne sursa tôte en mentant à son origine et en tournant entièrement le dos à son puissant parti. Mais la guerre inégale de Livonle le préoccupait aussi au plus haut degré, absorbait ses j^nsées et exerçait la plus grande iulluence sur ses détennhiations. ii aurait voulu que la Pologne, cette •épublîque idoM puissante, considérable et essentiellement militaire, s'alliât avec lui couire les liusses, pour les presser de tous côtés et lutter avec eux à Jfinive éÎEBL Aa^eu de cette union, ii voyait la méjjliÉtUigence grandir diaque jour entre elle et les Suédois, au sujet mên^' decette Livouie où Jeafi ill fvait^des yroupes^etqui^- les Polonais, anciens suze-
(Ij Geyer, Htsl. de Suéde^ p, 211. .
rainsdes Porte-glai?es, revenâiqoaientpour euiseols. Il pensait d*aiH'ès cela que quelque similitude religieuse entre la Suéde et la Pologne pourrait adoucir les esprits et ameoer^ au profit des Suédois, ua désirable rapprocbement. La papauté, d'ailleurs, toujours influente en Pologne, ne manquerait pas de lui prêter son concours et de récompenser par ses bons offices ce qu'il aurait fait pour raucieu cuite du pays. Catherine Jaghellon, désireuse d*atlacher à son nom le triomphe récupéré du catholicisme en Suède, le flattait de cet espoir, et tous les Jésuites, qui formaient en quelque sorte la cour de cette princesse, ceux de l'université de Louvain, Florent Feyt et Laurent Psorvégus, plus connu des Suédois sous le nom de Kloster Lasse, le Polonais Warnéwicki, son aumônier Herbst et surtout T italien Possevin, envoyé spécial du pape, le Suédois Pierre Fechten, secrétaire du roi, enfin le cardinal d origiii" polonaise et résidant à Home, Stanislas Uosius, entretenaient oralement ou par écrit Jean 111 decette éventualité et soutenaient de ce grand intérêt les premières lueurs de ses favorables dis{)ositions (l). On lui laisail cnlrevoir aussi un antre avantage. Catherine Jagheilon avait par sa mère Bona Sforza des prétentions sur les duchés de Naples, • de Barî et de Rossani, qui appartenaient au roi d'Espagne Philippe 11. Le pape, toujours suzerain, nominal du moins, du royaume de Naples, devait user de son influence, sinon de son autorité, auprès de ce
(1) Gejer, Hitk tft Suiéê, p. SI7, m Vie de Ponce de U Gardie, p. 466.