‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 54 sur 73 · DE PONCE DE LA GAROIE · texte numérisé non relu

DE PONCE DE LA GAROIE

prince, ponr qim Jean III obtînt ce qu'il réclamait ou un juste dédommagement. Uoe lettre du P. Posfievin au pape Grégoire XIII, poar lui recommander cette aflTaire, dont il pense bien que le Saint-Père ne inanqiK l a pas de s'occuper, ne permet pas de douter qu'où ue lit brilier aux yeux de Jean 111 ce nouvel avantage terrestre en vue de ses intérêts spirituels (i). . Avec une conviction bien peu solide et qui, incapable de tenir, ( onmienous îe verrons, «icvanl 1 insuccès (le temporels desseins, ressemblait plutôt «î un calcul, Jean 111 se prêta donc, dans une certaine mesure, à la reconstitution du catholicisme en Suède. Les postes vacants d évèques, dont le titre était rétabli, ou de proiesseurs des sciences ecclésiastiques dans les universités, furent donnés à des partisans de cette réaction. L'importante et ancienne université d'Upsal fut eiiUcreiiK'iit renouvelée d'après ce plan. In collège royal, fondé à Stockholm par Jean III, fut livré aux Jésuites. C'est aussi par un religieux de cet ordre, Laurent Nicolaï, que fut occupée la cliaire de théologie dans r université de celle ville ; et, conmie les établissements d'instruction publique étaient iosuOl- • sants en Suède on ne répondaient quHmparfiiitement aux vues des ardents promoteurs de ce mouvement, on invita par tous les moyens possibles les grandes familles du pays à envoyer leurs enfants aux collèges de Jésuites de Rome, de Vienne ou de Varsovie. Plus

(i) Cum autem rex per suas /i/fcra.s negotin sua Jtfnpf^fitnna rnmmandrt . rir eut, quad de ed re, quœ jmlissima esl^ vcslrti' bcatidudini quid<iua}n ampliùs icribam» CollectioQ de Nordin, el dans Geyer, di. xu, p. 221.

tard, quand mourut, en i58&, Galherine Jaghellon, on sut que cette vertueuse et sincère princesse avait

doDué, par tcsfainiiU, 10,000 llialcrs au séminaire de BrauDsberg, dans la Prusse polonaise (1), pour Féducation gratuite des jeunft Suédois qui vou« draient se consacrer au sacerdoce catholique. Mais Jean m faisait une objection : il craiguaiL que non autorité sur TÉglise de Suède redevenue ortliodoxe,. ne fût pas aussi grande que sur le clergé luthérien. La création d'un patriarche ou primat de Suède, dont il aurait la oouiioatioii et par lequel la royauté tiendrait, comme autrefois, les ecclésiastiques de tout rang sous sa main, fut la solution qu*on lui présenta. Elle ue salislaisait qu'à demi les préoccupations jalouses de ce roi ; cai' au-dessus du patriarche, audessus de lui-même, dans Tordre spirituel si souvent mêlé alors à Tordre temporel, il voyait planer la souvcraiiieté pontificale, dont il s'cflVa^aiL beaucoup. Néanmoins, il se laissa aller au couiaut dans lequel on voulait à tout prix Teotralner. L*ancienne litur-. gie catholique, après toutes les réformes préparatoires que nuub venons d'exposer, rédigée par Pierre Fechten d'après un missel de TÉglise romaine, fut substituée partout, avec les jeûnes et la confession, au rite luthérien, et un Formulaire, contenant dix-sept ■ ai*ticles] contoruies à l eiiseiguemeut orthodoxe, fut adopté en 1576 et signé par Jean iii. Ici parut Ponce de La Gardie.

Bien que ses descendauts aient été élevés dans le

(1} Collection de NordiD, ei Geyer, p. 220, m.

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luthéranisme» il n'étidt lui-même, à ce qu^il parait, ni calviniste ni latbérîen, puisqu'il fut chargé d*aller

présenter à rapprobatioii du pape un Formulaire catholique, et qu ou n'a pas oublié la considéralion dont Tentourait Catherine Jaghellon. Mais son catholicisme n'était ni formaliste ni rigide; il admettait des tempéraments, des modifications de discipline, d'état civil du prêtre ou de supréaialie, qui lui semblaient demandées par Topision publique ou par Tintérêt de la royauté. En France, il eût été du parti de Michel deLhôpital, du parti des catholiques iiiodérés ou des politiques, £a 6uède, il pencha constamment, dans toutes ces questions religieuses, pour rautorité supérieure dn roi plus que pour celle du pape ; et, sMl fut catb()li([ue, il fut plus encore lionimc d'État dévoué, qui ne cherche que Tintérèt de son maître et veut toujours sauvegarder Tindépendance de son pou* voir. Il ne lui était pas difficile de faire accepter de telles idées à un roi qui connaissait le génie du peuple suédois et nlgnorait pas non plus tout ce qu'une restauration catholique pouvait lui faire aventurer. Au fond, tout en ayant Tair d'être emportés par le mouvement, Ponce de La Gardie et Jean 111 eu lurent donc les maîtres; ils ne lui firent que des concessions volontaires, et, au milieu de la pétulante ardeur du vulgaire, eurent cnseuiblc U ur pensée et leur but. Pour mieux du reste les faire pressentir, Ponce de La Gardie, par Tordre de Jean lll, eut aussitôt avec le duc de Sudermanie, avec un prince dont Topinion et les avis étaient loin d'être indidérents, niir" entrevue, que sou biographe rapporte en passant comme un fait po-

litiqae peu important, mais qui nous semble avoir une très-grande signification, car on devait s*y entretenir de choses très-^'ravcs, dit-il {\)\ et c*est après avoir sans doute donné à ce dangereux frère du roi des explications oii sa profonde et tacite ambition ne put trouver d'assez plausibles motifs de rébellion, ([lie Ponce de La Gardie partit du portd'Uolmiâ le il octobre 1576.

Ambassades de Ponce de La Gardie i\ Stralsund, en Basso-Saxo, on Autriche, à Rome, à Naples, 1576-Id78, en vue surtout de la Rus&ie.

Ses instructions comprenaient la question religieuse et une foule d'autres affaires confiées à sa mé-

thodiqtie et nette iiîLelligence. Envoyé en ambassade auprès des deux premières puissances de la chrétienté, le pape etTempereur, il avait une suite imposante et nombreuse, digne de sa destination et capable de donneninc haute idée du pays qir il aï lait représenter. Mais un terrible et soudain accident vint, à la liauteur de rUe de Bornholm, i*etarder le commencement de cette série de négociations dont il était chargé, et faillit même enlever à Jean III un si nécessaire et si sage ami. Il fit naufrage, et les lrente<>deux personnes qui composaient sa suite, avec Fecbten, qui lui avait été adjoint» avec son secrétaire Pierre Blichel, jeune

(1) Jussu reyU de guibutéam nêgiHHi regni graoioribus intitU éueem Sudermaniœ. Inde revtfw$t eonscentd nOM, è Sueoià (Ufce$$it. Vie de Ponce de La Gardie, p. il S.

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et savaDt lioguiste suédois, a?ec la majeure iMurde de

SOS instructions, de ses papiers, de ses ba.nafïes. de ses provisions de roule, lurent engloutis et périrent dum la 0ier, 11 ne se sauva lui-niéine que par miracle sur les rochers à fleur d*eau qui entourent Bomholm et coiUi e les(|iiels son navire s'était brisé. Une maladie dont il lui atteint à la suite de cette triste inaugura* tion de son voyage» jointe à la mort de Tempereur Maximilien il, arrivée à cette époque^ lui amenèrent eucoie du retard. Il lallut, non pas recopier les modèles d'instructions et les lettres qui pouvaient lui avoir été données^ mais en refaire d'autres avec d'autres noms, avec d'autres formes, avec des modifications ; car celui qui succédait à ce prudent empereur était Rodolphe II, un catholique eiialté, qui, voyant le gouvernement françato aux prises avec la Ligne et dans rimpossibilitc d'intervenir, comme autrefois, en faveur de la iiélorine allemande, vrai ligueur lui^nème, était décidé à déchirer enfin le masque de tolérance dont ses deux prédécesseurs, pour faire durer leur impt i iale maison, avaient jugé à propos de se couvrir. Celte circonstance, du reste, coïncidant avec les tendances orthodoxes de la cour de Stockholm, était heureuse et semblait promettre aux nép^ociations de rambass;i«lciir de Jean 111, pour ce qui était de l' Autriche du moins, plus de ciiauces de succès* Ouvrons-endonclanombreuseetintéressante série, et transportons tout de suite Ponce de La Gar^ die, avec son nouveau secrétaire Hermanii Bruser, dans la cité hanséatique et maritime de btralsund. Là, il n'eut à s'occuper que d'affieures mercantiles

oonceniant TËtat, le peuple sttéd«»s on oertaii» par* ticuBers de Stockholm et de Strabund même. Hais

Stralsund était une dos villes nourricières de la Suède, et tout ce qu'allait y lait e Pouce de La Gardie, rela^ lativemeut aux approvisionnemetits qu'on en tirait» devait être agréable aux Suédois. Il ne fallait pas oublier d'ailleurs que, sur la ftu de son règne, Éric avait été appelé ie roi des paysans et le tyran des noUes (1). Sans être renoemi de ceuxHd , Jean un roi issu d'une révolution faite contre Eric, ne voulait i)as abandonner ceux-là pas plus que la classe moyenne, et son attention aux questions de commerce avait pour but de satisfaire cette juste préoccupation. Or, les habitants de Stralsund étaient exempts, en Suède, de tout dioit de douane; mais, sous leur nom, des marchands, appartenant à d'autres cités vindéliques comme Tétait Stralsund, usurpaient IVaudulenseniriit cette immunité, au grand préjudice des revenus de TEtat , ou bien encore les btialéâiuidiens prenaient sur leurs b&timents des marchandises étrangères et les faisaient passer comme étant à eux. Double abus, dont Ponce de Lii (iardie voulut prévenir le retour en exigeant que les citoyens de Stralsund se munissent^ en partant, de lettres de leor sénat certifiant leur nationalité et la réelle propriété de leur cargaison. Le sénat accorda cette demande.

Pouce de La Gardie obtint aussi qu'à Tavenir les tonneaux de cervoise provenant de Stralsund, porteraient une marque particulière et fixe, constatant

(I) G«yer, cb. xii, p. ais.

DE PONCK D£ LA GAADIE.

la boiiBe qualité de cette sorte de Mère, très-recber-

chce par le peuple pour son modique prix et son origine stralésundienoe, et il lut dil que tout tonneau non marqué de ce signe convenu, serait soumis aux droits ordinaires d'importation.

Les poids et mesures dont se servaient les marchands de btralsund dans ieurs traiics avec les Suédois, n*étaient pas toujours les mêmes. Ponce de La Gardie demanda au sénat de faire cesser ces fâcheuses variations.

Il fit aussi rendre justice à un simple particulier de Stralsnnd, Benoit FurstenaUi riche armateur, à qui le roi de Suède avait fait don d*un vaisseau que les Suédois avaient pris pendant leur dernière guerre avec le Danemarck et la Bégence de Lubeck, mais que retenait injustement le haut-conseil de Stralsund*

Enfin il se fit l'organe de deux bourgeois de Sluckholm, André Larssou et Paul Saxon, qui avaient porté plainte au roi de Suède contre la même cité de Stralsnnd. Ils réclamaient des marchandises renfer^ niées dans un bàtimeulque les Slralésundiens avaient capturé dans leurs eaux durant la même guerre, et qui consistaient, pour Paul Saxon, en une grande quantité de boulets. Mais le sénat de Stralsund déclai a que e'élail son droit, parce que Stralsund était neutre dans cette guerre, et qu'en conséquence ce hàtiment n'aurait point dû passer par ses eaux. 11 ne oonsentit donc à cette restitution que moyennant une convenable indemnité (i).

Toutes ces petites affaires une fois réglées, Fonce

(1) Vie de Ponce de La Gardie« p. 117 à 110.

ses 1IÉG0CIATI01I8

de La Gardie, en ayant soio, sur son chemin, d'éviter les embûches du margrave de Brandebourg , jaloux

déjà des rois de Suède (1), se dirigea vers la liasse- Saxe pour y voir le duc François-le- Vieux, et de là vers ie Brunswick, pour parler au duc régnant, Ëric Dans chacun de ces duchés il avait certaines qnestions impoi laiîles à Irailer; mais, coinme aiicnno décision ne pui èlre prise, et que 1 un et Tautrc priuce le ren* voya à l'empereur, nous ne nous arrêterons avec lui ni à Atlerbour^, oh il conféra avec le prince saxon, ni à llaiiovie, ou il lut reçu par le dur de Brunswick, et nous nous bâterons de leplacer, à Prague, en présence de Bodolpfae II, devant lequel toutes ces questions, avec bien d*autres encore, furent reproduites à c6té de celles qui r^ardaient plus directeuieul le pouvoir impérial.

G*est dans un seul et même discours que le 1**

février 1577, deux jours après son ai i ivée à Prague, il les exposa à Rodolphe II, en iorniulanl sur cliaeuue d'elles les désirs du roi de Suède Jean 111. Nous les rapporterons dans Tordre qu'il adopta et que ses ins» tructions lui traçaient : seulement, ])(n\r être plus court et éviter (l( fatigantes lenteurs, uuus dirons, après chaque affîiire, la réponse de Tempereur et les moyens employés par Ponce de La Gardle pour en assurer ou en aue^menter rcITct.

11 s'occuim d'abord des intérêts de son auguste maîtresse, Catherine Jaghellon, dans le royaume de Naples, qui appartenait, depuis Tabdication de

(1) vie de Poacede La Gtrdie, p. lao.

DB PONCI DE LL GARDII. 369

Charles-Quint, an roi d l.spagne Philippe 11. La, les luuds qu'avait apportés BonaSforza ou Boue de Milan à son époux Sigismond II Âiigusle^ père de Catherine, avaient été placés snr les revenus des duchés deBari, de Bosaru. et aussi, à ccqu'il paraît, de Foggi et de ISapies même, c'est-à-dire que ces revenus avaient été achetés avec ces fonds, et qu'ils étaient perçus aux frais et pour le compte de Bone, tandis que le gouverneuieut napolitain avait pour lui Tintérèt du prix d'achat (1). Mais, depuis le décès de Bone de Milan, les autorités de Naples avaient tout repris et tout gardé, et les filles de Bone, qui étaient Caliicrine Jaghellon, déjà nommée, et Aune, épouse d*Étienne Bathori, roi de Pol<^ne après TaBdication de Henri d'Anjou en i57A, étaient privées Tune et l'autre de ce qui pouvait leur revenir de la dot de leur mère. Ponce de La Gardie insista auprès de l'empereur sur l'injustice de ce procédé, et il lui rappela que, du vivant de Maximilien II, Jean III, roi de Suède, n'avait pas agi ainsi envers un Aapolitaiu uomnié Charles Brancati. Celui-ci, en effet, ayant réclamé en Suède des biens que sa femme, Suédoise d'origine, avait reçus en héritage de sa mère, Jean 111, sur ia recommandation de l'empereur Maximilien il, avait fait droit à sa demande. Ponce de La Gardie ajouta qu'en mémoire de cet acte d'offideose amitié de la part du roi de Suède pour MaximiUen II, il aimait à espérer qu'il trouverait

(f) Barrientii «I RoionêMii âueaiûê emptU redUihu», p. 4SS et 164. Vie de Ponce de La Gardie.

daus son digne fils la réciprocité d'obligeance qu'il aurait certaiucment obtenue de son glorieux père (i).

Rodolphe II répoodit qa'il donnerait des ordres pour que des lettres, à cet égard, fussent adressées au roi (l'lls[>aguc Philippe II, souverain du royaume de Naples. Mais Pouce de La Gardie ne s'en tint pas à cette promesse, et ne se donna de relftcbe qu'il n'eût ces lettres, duement signées de l'empereur et revêtues de son sceau, en son pouvoir et entre ses maius» Non content de cela, cet homme diligcMit et précantionné se présenta à la mère de Rodolphe II, qui était une ancienne iniante d'Espagne, ainsi qu'à d'autres personnajçes (ju'il savait influents auprès de Philippe II, et il en obtint également des lettres de recommandation, propres à le faire arriver, dans la question napolitaine, à la solution qu'il désirait (2).

Catherine Jaghellon avait soullert un autre loi t de la part d'un seigneur allemand relevant directement de l'empereur et plus soumis à son autorité que ne pouvait rêtre Philippe IL Une seconde sœur de cette reine, Sophie, avait épousé Henri-le-Jeune, de la branche cadette de Brunswick-Luuebourg et duc de Wolfenbuttel.. Étant morte sans enfants et sans testament, elle laissait naturellement pour héritières ses deux sœurs, la reine de Suède et la reine de Pologne. Pourtant, Jules de Brunswick, que Henri-le-Jeune avait en d'un second mariage et qui lui avait succédé, possédait en entier le douaiie de Sophie, ce qui était

(1) Vie de Ponce de La Gardie, p. 116.

(2) /Md, p» 149, 144»

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