DE PONCE D£ LA GARDIE
soD humeur faroncbe, avait rendu le duché solidaire pour des dettes personnelles qu'il avait contractées
avant 1 alxiication paternelle. François- le- Vieux, reprenant aui>siiùt les rênes de 1 Étatt s'était tourné du côté de son plus jeune fils, qu*il avait substitué à Talné. Dans cette situation, que devait faire Magnus? recourir à la Chambre impériale ou au Conseil aulique, comme le lui conseillait le sage £nc de Brunswick, et non se mettre dans son tort en employant la voie, (iésorinais illicite, des armes. Il n'avait pas écouté cet avis, cl il eu était résulté que son frère, partout victorieux, Tavait chassé du pays et luiretenait même, soit pour ses dettes, soit pour les frais de la guerre, noii-seulcuu iiL sa part de pati imoinc, mais encore la . dot de la princesse Sophie. Ponce de La Gardie, en passant à Hanovre, s'en était entretenu avec Eric, duc de Brunswick, qui, fâché contre Magnus, bien qu'il lui donnât raison, an moins sur la question dotale, ne put que remettre à l'ambassadeur suédois une lettre de sa partpour l'empereur Rodolphe il. C'était toutefois continuer noblement, à l'égard de Magnus, son rôle d'ami, et Ponce de La Gardie était salislaii de pouvoir se présenter à Kodulpiie avec une recommandation qid empruntait du caractère éminemment équitable et estimé d'Éric une très-hante valeur. L'empereur, en efiet, la priten grande considi ration, et il répondit à Ponce de La Gardie qu'un tribunal d'arbitrage était nommé pour vider le différend entre les deux princes saxons. Il se composait de l'électeur de Cologne, de Jules, duc de \Vuili'id3Uttel, qui. lîialgré les griefs qu'on pouvait avoir contre lui, était
NÉGOGIATIOMS
bien avec Magnus, et du landgrave de Hesse ; et c'est en présence de Ponce de La Gardie que furent expédiées à cbacun de ces seisoeurs les lettres de oommission. Mais pour Magous, pour un prince qui avait à redouter eu AUema^^ne les pièges d'un frère inquiet et jaloux, il fallait nécessairement un saufoonduit Rodolphe le promit ; Ponce de La Gardie pria qu'on le lui donnât sans retard ; il Tobtint, et il l'envoya aussitôt ( Il Suède au prince exilé, en lui faisant connaître le nom des arbitres et lui demandant ce qu'il pensait de chacun d*eux. Magnus ne fit pas attendre sa réponse. Il dit à Ponce de La Gardie que, sauf Jules, duc de Wolfenbuttel, aucuu des autres ne lui convenait et qu'il désirait beaucoup qu'on mit à leur place Févéque de Lubeck et Eric, duc de Brunswick. Heureusement Ponce de La Gardie avait prévu ce cas.
Pendant le court séjour qu'il avait fait dans la Basse-Saie, il avait gagné les ministres du duc François-le- Vieux, père de Magnus, et il avait obleiui de François lui-même qu'il parlerait de cette affaire à son troisième fils, Henri, archevêque de Brème, et qu'au besoin il ferait intervenir l'empereur pour ac* corder les deux frères ennemis. Gela étant, et voyant d'ailleurs Rodolphe 11 peu disposé à changer les arbitres d^à nommés, de peur de les désobliger, Ponce de La Gardie demanda qu'on permit plutôt à Magnus de venir s'aboudier avec son père et de s'entendre avec lui sur tous ses griefs. G'était, vu les dispositions que l'habile et conciliant négociateur avait su iuspii er au père, le mo) eu le plus simple, le plus heu-
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reux et le plus court. Mais toute cette soUiciiude lut en pure perte. Maguus, après avoir encouru la disgrâce paternelle, ne rat pas iM» plus ooMerror ramifié ai obligeante de Jean III. Il yivait mal en Suède ; et, iocapabie (récouter aucune observation, il rompit a¥ee Jean III , qni 8*était permis de lui en faire, quitta la Suède, sa femme, son fils Gustave, tout enfin, et, avec une vile courtisane, s'en alla tenter encore la fortune en Germanie. Sans ressources et sans appui, il ne craignit pas de faire une leniatiTe contre son frère, qui le prit et renferma ao château de Rat7('l)ourg, où il mourut seulement en 1603. Sa triste épouse n'avait pas vécu aussi longtemps; le cbagrin avait, en Suède, ?ite abrégé ses jours. Quant à Gustaye, son fib, il périt en i60&, un an apjis son nial!icnrc'ii\ et incorrigible père, d'une blessure que lui ût au genou et à la cuisse Texplosion d'nne arme à feu, pendant une revae que passait, à Holmiâ, Charles de Sudermanie (1). 11 ne parait pas que Ponce de La Gardie, au milieu de ces nouvelles incartades de Magnus, ait pu obtenir aucun rè^eoMot quelconque an siqet de la dot de la princesse Sophie.
Ces questions, du reste, n'étaient pas rares en Allemagne. Princes catholiques, princes protestants, les uns pour la résistance, les autres pour Tattaque, ramassaient, par tous les moyens possibles, des biens et de l'argent L'Allemagne allait être encore une
(i) Vie de Ponce de La Gardie, p. m, 121, 422, 123, 424, 132, 13S, m, 140.
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fois, elle était même, au temps de Rodolphe II, en guerre avec elle-même, et les choses les plus injustement retenues ne pouvaient qu'à peine, par la force même des armes, être arrachées aui détenteurs* C'est ainsi qu'une antre sœur de Jean 111, veuve du margrave de Bade, courait grand risque à la même époque, couune la princesse Sophie, de perdre, à la suite des vives disputes de ses deux beaux-frères, la dot qu'elle avait apportée à son mari et qui lui ii\ait été garantie par contrat de mai^iage. Organe de celte crainte et envoyé pour prévenir ce malheur, Ponce de La Gardie en parla à Rodolphe, qui, sur sa demande, écrivit aux princes badois j)uur que, relativement au douaire de la margrave, ils ne ûssent rien de contraire à la stricte justice et aux plus saintes lois (1).
Ce n^étaît pas avec des princes seulement, mais aussi avec des villes d'Allemagne que Ponce de La Gardic avait, au nom du roi dont il était le mandataire, à régler des questions d'intérêt Les villes .de Magdebourg, de Leipsîck, de Lunebourg et plusieurs antres, appartenant au margraviat de Brinuiebourg, avaient emprunté certaines sommes au gouvernement suédois et n'acquittaient jamais la rente annuelle à laquelle elles s'étaient obligées. Ponce de La Gardie ol)tiut, pour les trois premières, des lettres impériales qui leur rappelaient leurs engluements et les invitaient à y être à Favenir plus fidèles. Quant aux autres, comme elles étaient plus immédiatement
(<) Ut quanîoquivis $6 eonfomiter gérant mguitati w jastUim» Vie Ue PoDce de La Gardie, p. 133.
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placées 80118 raiitorité dn margrave de Brandebourg, Rodolphe, Il ainia iiiieiïx écrire, sous le même tilre, à ce dernier et aux diflérents ordres du margraviat. Gela lui parut plus convenable pour sauvegarder les droits du pouvoir; et ravertisseraeiU adressé par là aux villes de Brandebourg, quoique exprimé d une façon indirecte et générale, devait avoir qnelqne chose de plus solennel. Ponce de La Gardie n^objecta rien contre cette manière de procéder; iiiais il savait que si ces ielU es étaient expédiées par la poste ou par un courrier de peu de valeur» on n'y aurait pas autant d*égard que si le messager avait quelque importance: qiiOn les rej^arderait plutôt conimt' avant été douuéespar compiaibuuce et pour se dél>arrasser d'un importun et ennuyeux solliciteur, au lieu de les tenir pour de sérieuses et réelles dépêches, et que loin d'avoir leur effet, elles n'aui aient peiit-élrc pas mùme de réponse. 11 pria donc Tempereur de lui douuer à Itti-mèroe les lettres autographes pour le margrave et pour les différents ordres dn Brandebourg, et, après les avoir iail iraiiscrire pour le roi de Suède, il envoya son secrétaire HermannBruscr dans le Brandebourg, pour les présenter aux villes récalcitrantes avec qui l'on avait affaire, lui recommandant de les expliquer, de les commenter, de ne rien oublier de ce qui pouvait leur donner plus de poids, de menacer au besoin de les remettre au margrave^ et d'obtenir enfin, par tous ces moyens habilement exploités, ou le remboursement des créances avec les rentes arriérées, ou le renouvellement des obligations avec des garanties solides pour Texact paiement des intérêts an-
naels. 11 n'était pas possible, conune on toîi, d'agir auprès des bons et avares bonrgeds du Brandebourg
avec plus de discernement, de finesse et de tact : aussi, gr&ce à cet babile arrangement, la négociatiou d'Hennann Bniser réussit-elle à soidiait (1).
Ponce de La Gardie passa ensuite à des questions plus politiques. 11 parla d abord de 1 ailairc des trois couronnes que le roi de Suède prétendait avoir le droit de porter sur son écusson, et qni étaient réclamées aussi par le Danemarck en vertu de Fancienne union de Calmar. La paix de Stettin ayant, en 1570, rompu définitivement ce pacte fédéral^ il semblait que les Danois et les Suédois ensemble auraient dû effacer sur leurs armes tout ce qui pouvait raviver les querelles passées. Mais la Suède avait ses vues , et son vieux ressentiment contre le Danemarck n'était pas fidt pour l'en détourner. Ces trois conronnes, d^aillears, ornaient son écusson, disait-elle, antérieurement à ses démêlés avec le gouvernement danois. Pourquoi renoncerait-elle à les porter, lorsque, indépendante aujourd'hui, elle pouvait s'en servir pour légitimer ses desseins ultérieurs de représaillos et d'ambition? Telle était son arrière-penséo dans sa réclamation au siyet des trois couronnes. Une clause da traité de Stettin n^avait procuré à cet égard qu'un arrangement pKn isoire. Voilà pourquoi des conférences devaient avoir lieu à Rostock pour terminer définitivement le procès. Les plénipotentiaires snédob n'a-
(1) Vie de Poûce de La Gerdie. ( Leure perticalière écrite nr . MI ■éfodaiioae per Poaee laMme), p. 1S7, l8f .
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vaient pas manqué de s'y rendre; mais ,oa y avait attendu en Tain ceux du Banemarck. Rien donc n^é-
tant fini. Ponce de La Gardie pria l'ciniH reur, le plus imporuiat des médiateurs de la paix de Stettin, de vouloir bien se prononcer sur la question qui divisait encore les deux États. Cette demande était quelque peu (étrange, parc <^ (iiic, pour une question exclusivemeut Scandinave, iiodolplie il n'avait pas plus de loi à imposer aux Danois qu'aux Suédois eux-mêmes, le Danemarck ne relevant de Tempire que pour le Sleswick et le Ilolsteîn. L'empereur déclara qu'il ne pouvait rien n poudre sur cette aflaire à l'ambassadeur de Jean III, sans avoir entendu toutes les parties. Il est probable que cette réponse ne surprit pas Police de La ( .aidie, cL que sa démarche auprès de Rodolphe il, pour la question des trois couronnes,
* n'était qu*utte manière plus solennelle de protester contre les inductions qu'on pouvait tirer de la noncouiparutiou des Dauois aux conférences de Rostock, et de maintenir les prétentions de la Suède et de Jean III. Il n'insista donc pas et traita tout de suite
. l'affaire la plus iniporlante entre toutes celles dont il était chargé, la ^^uerre des Suédois et des Russes en Livonie. Quels que fassent les projets manifestes des rois de Suède sur ce pays, 11 le présenta comme laisaiu partie, a litre de province vassale, de l'empire allemand, dont les Suédois, à délaut des Germains eux-mêmes et pour répondre à l'appel d'un peuple délaissé, n'étalent en quelque sorte que les chanipioiis, et il sollicita le secours de l'empereur comme une conséquence de sa suzeraineté sur les
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. domaines des anciens ordres de chevalerie de la Bal-
tiquo. Il annonça, pour appuyer sa demande, qne les Suédois élaicnt dans Timpossibilité de repousser les Russes avec leurs seuls moyens, et il s*attacha à effrayer autant qu*il put rAUemagne et FAutriche du voisinage de ce pcniplc barbare et nécessaireincnl envahisseur. « Les Russes, dit-il, eu empruulaul uue € comparaison dont le latin seul pouvait supporter • rborrible énergie, sont des vautours affamés, prêts « à déchirer de leurs priffes cruelles ti)us ceux qui « s'approchent d'eux et à assouvir de ieui^ cadavres < sanglants leurs gloutonne voracité. Véritable peste« « qui n*a pas plutAt infecté un endroit qu*elle en- « voie ses mortels poisons dans tous les lieux \ui- « sius; ou bien encore véritable cancer, qui dévore « les membres Tun après Tautre, sans pouvoir^ une « fois ^ndi, être jamais extirpé (1). » Il ajouta que cette connaissance du caractère daugereux et de l iasatiable ambition des Moscovites, était ce qui avait détourné le roi de Suède de faire aucun traité avec eux, bien qu'il en eût eu plus d'une fois Foccasion : car il aurait fallu poiil-ètre céder ù ce peuple avide quelque coin de la Livonie ou de TEsthonie , et il t n^avaît pas voulu que ces terribles oiseaux de proie ^ pussent \ bàlir quelque part leur nid ou plutôt le c centre alfreux de leurs carnages. 11 savait d'ail-
(1) VviturettiH ingUmem expktwri a^moU appropbiqvanli» cadaoerê. Ri mala hae pesiis, iinum locum m/IcMiM, m vwim omtiia mUM eontaçktm. Née aiikr ni cancer memhrum umm éepoicei pofl aUenm, Vie de Ponce de La Gardie, p. iSS.