‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 59 sur 73 · DE PONGE DE LA GARDIE · texte numérisé non relu

DE PONGE DE LA GARDIE

lilaîDes. Il y eut des retards et des lon^eurs, comme

il arrive dans toute poursuite iaîre. Après trois mois do séjour à Naples ou dans ses environs, Ponce de La Gardie attendait encore une décision. Il partit même sans avoir vn la fin du procès ; mais il le gagna pourlant, puisque, par une lettre du 1" août 1580, Nicolas Brancati, celui que Jean 111 avait autrefois si bien traité pour une question analogue en Suède, écrivit à ce prince que les juges de Naples avaient décidé (|u il lui serait payé, comme équivalent de sa part dans le douaire de Boue Sforza, cinq cent quarante-un mille ducats fl).

En quittant Naples, le 28 août. Ponce de La Gardie repassa par Rome, où il revit les personnages dont nous avons parlé plus haut, pour s'assurer qu'ils soutiendraient toujours les intérêts de la Suède auprès du saint Siège. 11 les eut chaque jour à sa table, et les combla de présents, li visita aussi les nobles romains; puis, quand il crut tout bien disposé, il fit partir avant lui pour la Suède deux hommes de sa suite, Laurent ctTspot, dont il sera bientôt question sous d'autres rapports, et il ne tarda pas à les suivre lui-même à travers l'Italie, la Bavière, l'Alsace, la Lorraine, la Basse-Saxe, jusqu'à Stralsund, on il arriva le '20 février seulement de l'année 1578, et d'où il s'embarqua pour la Suède. Dix-neuf mois avaient été consacrés à ces diverses et en gprande partie importantes négodationis.

(1) Vie &o Ponce de ta Gardie, où est rapporiéo cette leUre, p. 164.

NltfiOCtAIlOHS

Aliluace du la Suliie ei de la Pologne contre 11 RoBsie, 1561. Esploiu iln

Fonce de t«G»dle.

LMaflaence du Moverain-poiitife était dbaolment

nécessaire pour décider les Tnloiiais a s allier avec la Suède, ils ne cessaient, ( » ciict, de crier contre cette piifissance^ disant qu'elle andt pénélré à main armée dans une province qui relevait immédiateneAt d'eux, et qu'ils sauraient bien défendre quand ils le jugeraient à propos ; que les Suédois» sous le titre de libérateurs des villes Uvoniennes, poursuivaient une conquête aussi bien que les Russes, agresseurs ouverts et plus déclarés, et que cette coiuiuèle, pour la Suède comme pour la Russie, était une manifeste usnrpatioB. Jean III les priait, par ses agents et par les lettres de la reine sa femme, d*accepter au moins la Suède comme auxiliaire, s'ils ne voulaieni pas lui reconnaître les droits qu*à défaut de tout secours venu dte la Pologne, elle croyait poùvoir fonder sur rappel des villes de Livonic et sur les généreux eflToits de ses guerriers. 11 faisait valoir aussi le zeie avec lequel il s'ôccilpait chez lui, malgré raille dangers etmille obstacles, d*une religion qui était la leur, qui étaff celle deTépouse qu il avaiuboisie [>armi eu^ dfens la raee populaire des Jaghellous : rien n'aboutissait au résultat si nécessaire et tant souliailé* Les néfooîations de la Suède à cet égard ne réussirent que lorsque le

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saÎDt Siège s'eu mêla. Mais il fallut auparavaut que Jean 111 commuiiiâtt dit-on, dans la chapelle du cou* vent de Wadstena, et cfuMl se soumit, comme autrefois Louis-le-Dèbonnaire, a une pénitence perpétuelle pour le meurtre du roi Éric, qu'il avait en effet autorisé. Alors le P» Possenn» l'heureux obtenteur de ces démonstrations prétendues de ferveur catholique, aida le gouvernement suédois, lui prnr ura en 1580 une alliance défensive et offensive avec la Pologne. 11 fttt même stipulé que les deux puissances ne pour* raient pas traiter avec ht R'iissie Fune sans Fautre, rlque chacune combattrait pour son compte et j^arderait ses conquêtes. C'en était doue fait : le concours des Suédois en Livonie était agréé par ceux mêmes à qnl revenait de droit tonte cette province. Regardés jusque-là comme intrus, ils allaient pouvoir y comhattre légalement, sans plaintes, sans murmures de la part de la Pologne, et je laisse à penser comme ils devaient être pressés de faire le plus de conquêtes possible, puis(iuc personne jamais n'eu pourrait contester Hn l^itimité.

On comprendmaintenantqnel immense intérêt de- * vait attacher Jean 111 à une alliance polonaise, et quels sacrilices, quels dangers même au dedans un roi tel que lui, tout politique, tout dominé parla raison d*État, tout occupé du soin d'enter sa dynastie sur ragraiidisseiiicnt du pays, devait être pour le moment disposé à subir. Arranger, la question religieuse de manière à ne pas soulever le parti qui Tavait fait ce qu*il était, et à conserver néanmoins au saint Sl^e un espoir utile a ses propres vues; tenir labd-

lance entre Tesprit luthérien des Suédois et Tesprit ultramontain des catholiqnes ; accorder à ceux-ci, les

laisser m^me osp^Tor davantage, et cliercber Tapaisemeul des luuiuiures de ceux-là dans la réalisation d*une alliance que tous désiraient et qu'il viendrait leur présenter lui-même comme le mot de Ténigme, comme le couronnement de ses eObrls et de sa diplomatie, telle fut la politique du profond et habile successeur d'Éric.

Sa joie fut extrême quand il reçut la copie authentique du U aité conclu avec son hean-frère le roi de Pologne, Etienne Bathori; el comme il en attribuait le premier mérite et en quelque sorte l'origine à la manière dont Ponce de La Gardie avait su agir auprès la conr romaine, c'est aussi cel heiirewv et fidèle négociateur (pril voulut eu récompenser. Déjà il Tavait gratifié de la baronie d'Ëcldiolm, qui était nne conquête de La Gardicetdont le titre devait justifier sa nouvelle noblesse aux yeux des Suédois, en perpétuant le souvenir du fait d'armes qui la lui avait value. 11 fit plus : en 1581, il lui donna la main de sa fdle naturelle, Sophie Gyldenheim, avec une dot magnilique et qui s'accrut encore par la mort du frère et de la sœur de cette éminente dame (1). La cérémonie nuptiale eut lieu dans Tantique basilique de l'abbaye royale de Waslhena, le Wesiminster de la Suède, avec toutes les pompes, avec toute la noble assistance d'un mariage princier. C'étaient là des marques bien vives de considération et d'attachement ;

(1) Vie de Ponce de Le Gardie, p. 174.

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Jeaa III voulut pourtant y en ajouter une autre. Avec le titre de grand*maréchal de Suède, il donna

à Ponce de La Gardic celui de commandant en chef de rexpédilion suédoise qui devait, en Livonie, combiner ses opérations avec les troupes polonaises d*Ëtienne Batbori.

lirlasî cet utile accord, ces attaques simultanées des rolonaisel des Suédois durèrent peu 1 Presses de tous c6tés et par la Pologne et par les Tartares, que les agents de Ponce de I^a Gardie avaient fait solde* ver (1), les Russes eurent prosiiue partout le dessous. Le général suédois leur prit kexholm, Ivangorod, Jamagorod, Coporie, Neuschloss, Weissenbeim , Narva enfin où il passa 7,000 Russes, qui composairiil la «.^arnison, au fil de Tépée, et où désormais la contrebande lubeckoîsc, et en générai allemande, o*eut plus accès. De là il courut droit à une autre ville très-importante, à Pernau, dont il conmiença le siège.

Efforts de la diplomatie russe pour rompre cette alliance. Rôle de la

cour romaine.

Mais trois choses ràclieuscs survinrent alors. I n secrétaire du roi, dont il a été naguère question, Jacques Typot, gagné par les étrangers, vint censurer auprès de Jean III la conduite de Ponce de La Gardie, peignit des couleurs de la jalousie ou dr la baine quelques-uns de ses actes, et cbercba, en le

(1) Poffciitlorir, u Yl^ p. wt.

Perdant, à délivrer les Knssés d*ao id fénible ennemi. Heureusement il s^adressait mal : le roi de Suède était plutôt un ami qu'un maiire pour Pouce de La Gardie, pour ce Languedocien si sûr, si propre à tout, à la guerre comme à la paix, aux négociations comme aux coinl)als, au succès d'une révoliiiiori comme à la marche d'un gouvernement régulier, et qui, maniant son intelligente comme d'autres manient leur voix, en faisait littéralement, au profit du roi de Suède comme au sien, tout ce qu'il voulait. Jean 111 écouta doue avant de frapper, et comme Ponce de La Gardie réfuta toutes les allégations de Typot, c*est sur ce dernier que tomba tout le courroux du roi. 11 fut condamné à une prison perpétuelle, a laquelle à la vérité il parvint à se soustraire, mais pour aller mener en Allemagne la Yie misérable dé f exilé et continuer contre Ponce de La Gardie son métier de détracteur. Il ne pouvait plus l'atteindre dans sa conduite militaire ; il dénigra sa famille, la présenta comme une des plus obscures de France, comme appartenant aux plus iiifmies degrés de la roture, et, par conséquent, Ûi de ce général un aventurier, un vil imposteur, qui avait édifié sur des mensonges les oommenoemenls de sa fortune et de son frauduleux crédit.

11 est certain ])()iirtaiit (juv:' les La ( ûirdie élaieut nobles^ qu'ils remontaient au moins jusqu'à Tannée id8â, m plus tat de k guerre de Cent ans, et qu*ils pou valent eiCerle& plus belle» alUanees, entre autres te mariage d'Etienne de La Gardie avec Jeanne d'Hautpoul en 1428, celui de Ciuillaume de La Gardie avec Jacqueline de Beiiegarde en 1469", celui de Jiean de

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