‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 8 sur 73 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

« y seraient remplies dans chaque État par des natio-

« naiix. (jne les troupes y seraient également ua- « tionaies, et qu'eoûu le roi ue pourrait teoir • garnison que dans trois villes, Nikoping, Calmar < et Stockholm* » L*argent même d*un État ne pouvait être d'aucune manière employé aux dépenses de Tautre, et la part pour laquelle chacun d'eux ^ figurait dans les revenus du roi, lui devait, autant que possible, revenir en consommation ou être exclu* sivemeiil dépensée dans son sein.

Cet isolement jaloux et ombrageux n^eiistait pas pour les alliances et les guerres, pour tout ce qui in« téressait la défense générale. La solidarité réciproque était ici un des principes de l'Union. Seuleuienl il était dit, quant aux alliances, qu^elles ne pourraient se contracter que d'un commun accord, et que les volontés du roi à cet égard passeraient sous le prudent contrôle des sénats particuliers de la Scandinavie; et, quant À Ut guerre, Tentretien des troupes fédérales était à la charge de TÉtatquiavait réclamé leurappui.

Enfin, les royaumes unis avaient droit d'extradition les uns chez les autres, et aucun d'eux, eu offirant un inviolable asile aux criminels, aux conspirateurs, aux proscrits, ne pouvait devenir un foyer de révolution, un danger, une menace pour ses confédérés voisins (1).

Il ne manquait à cette Union, ppur lui donner un ^age plus sûr encore de perpétuité, qu*une diète

(I) Potrendorfl*, l. V, I. v. p. iSS, elDamonl, Torpt unit», dl*

UNiÛlt I>£ GALMAB.

Scandinave semblable à celle de Calmar et remplacé dans i intervalle de ses réunions par une cornmission fédérale. 11 est probable que c*e8t Margoerile qui ne voulat pas léguer à ses successeurs ce contrôle d'une assemblée périodique où rélémeul norvégien et suédois aurait eu constamment la supériorité du nombre sur Télément danois et anrait pu gêner considérablement les projets centralisateurs de ses successeurs. Une grande assemblée de la Scandinavie aurait conservé eu effet à rUuion sou caractère de confédération d*Ëtats libres, et eût empêché toute fusion, toute uniformité législative, toute tentative d'uÉiile nalionalc éteiuliu^ i\u\ tidis royaumes Scandinaves. Mieux, valait, pour l'accomplissement ultérieur des vues de Marguerite, des vues qu'elle transmit aui rois de FUnion et qui avaient pour objet la grandeur du Daiiciiiarck, mieu\ valait n avoir à compter qu'avec trois sénats séparés, dont Tun était un auxiliaire tout prêt, et les autres, peu d*accord entr'eux, offraient en outre une aristocratie ecclésiastique dévouée d'avance au pouvoir. Mais qu'en résulta-t-il ? c'est que les successeurs de Marguerite, se croyant tout permis à la faveur de cette absence de contrôle lYdei al et poussés par leurs conseillers danois, indisposèrent les autres États de l'Union et particulièrement la Suède, le plus susceptible des deux, et perdirent une œuvre que Margue~ rite elle-même leur avait laissé la iacultc d'outrepasser.

Ën attendant, ce monument du génie politique et

prufoud d'une femme, excita ime admiration générale, et le surnom de Sémiramis du iSord cousacra rétottBemeDt de TBiirope et ne fit que detancer celiiidelaipoetérité(i).

(!) SchoRÎl, Ehi, (Us Klalë cwropient, t. XI, cli. p. 8 ; Koch, Tableau des Révoludons de l'Europe, t. I, période 6', p. 275; Mallel, Histoire du Danemarck, I. IV ; Eyriès, de l'IrisUtul, id., 5période, p. 50 à 100; Geyor, de Suède, ch. v, p. M et suiv.; Pufrendoin, Jntrod. à I tiiit. univ,, l. V, p. 102 à 168; l. iV, lÎT. IT, p. 207 à 212.

GUAPlïKii; il.

TItlarifJc» lie l'eatplM Ja^ato lm%m'mm WUmim «e CMmw, ««M.

Efirajraate étendue de l'empire crâë par rUnioa daCâloiÉr^ mai» TragUilé de cette Unioa.

C'était un empire îmmcnso que celui (jiie veuail de créer rUnion de Calmar : le Daoemarck possédait le jQtbland avec le SIeswick et le Holstein, tenoi en fief de la couroone danoise, les fies de Sééland, Fiooie, Odensée, et les autres lies entre le Cattégat et la Baitîqae, fioraiioim avec des prétentioiift sur Gothlattd, et enfin la Scanie* c'est-à-dire les préfectures acluelles de Malmoë et de Cliristianstad. La Suède, moins grande qu'ai\}ourd'lmi au sud et plus étendue an nord, oonprenait la Golbie» à rexeqptiOD du pays des Scanleos, la Suède proim et te Nordland, auquel on avait réuni la Lapouic presque loul entière, et ia i^iniande depuis le golfe de ce nom jusqu'aux rivages de la mer Bknelie, avec les Iles d*0tand et d*Aland. Quant è la Norwège, elte s^étendaH depuis le Scager-rack jusqu au cap Nord, sur plu^

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de trois cents Uculs de côtes, et elle possédait, au delà des mers, les iles Orcades et Shetland au nord de VÈçosse, lestteft Feroer, T Islande, et enfin le Groënland. Qui aurait pu, dans le nord, tenir téte à un tel empire? Nul doute que tous les États dont la nier du Nord ou la Baltique l)aignait les côtes, et qui avaient, en totalité ou en partie, leurs intérêts sur ces mers, la Néerlande, la Ligue Hanséatique, TOrdre Teutonique, la Russie même, n'eussent subi son ascendant cl peut-être uu jour sa domina lion. Ni Tempire germanique, avec son anarcliie féodale qu*nn pouvoir électif était incapable de dominer, ni la Pologne, avec son aristocratie répablitainc et si remuante, n'auraient pu empêcher cette immense prépondérance et Tauraient même à leur tour subie. Par malheur, les Suédois et les Danois, supposé même le plus p;rand respect pour leurs suscepLil)ilités nationales, s^ haïssaient trop pour marcher longtemps d*accord ensemble. Les uns avaient pour aïeux les Goths, qui, autrefois et les premiers d'entre les Barbares, avaient pris ilomc et tenu eutre leurs mains la destinée de Torientet de Tocddent; les autres étaient plus particulièrement les descendants de ces farouches \orthnians, race avide et ambitieuse qui, après des pirateries, communes, du reste, à tous les Scandinaves, avaienteu,^ux aussi, en France, en Angleterre, en Italie, en Sicile et pendant les Croisades, leur part de gloire et de renommée : ces denx peuples étaient donc rivaux de gioiie, et il n*était guère probable qu'ils pussent vivre éternellement sous Tautorité d*un même roL II aurait fallu pour cela qu*il ne

VlGISSiTUUEb DE L'EMPiRE DANOIS.

tint en aucune façon, ni par son origine, n! par des lîens de parenté, à riiii des loyaumes unis; que ce roi fût complètement et constanimcnt un étranger. Au contraire, les choses avaient été réglées par la prévoyante ambition de Marguerite de manière que les premiers rois au moins de l'Union fussent de la même famille ; et cette famille était danoise plus que suédoise, cette famille devait aimer le Danemarck pins que la Suède, penser avant tout au Danemarck , et, sous le nom trompeur d'Union, établir la suprématie du Danmnarck et préparer peu à peu sa domination sur tonte la Scandinavie : c*en était assez ponr que les Suédois ne se souciassent pas longtemps de resi( r lideies a une L nion (jui pouvait cacher uu piège pour leur nationalité. D'ailleurs, à défaut de cette antipathie réciproque, de cette jalousie, de ce passé plus ou moins glorieux, que chacun d'eux voulait pour son compte continuer et où chacun puisait peut-être Feqioir d*une rénovation brillante, les Lubeckois, les Hanséates n*étaient-il8 pas là ponr exciter les Suédois contre le Danemarck, puissance maritime rivalCf pour ne livrer an\ Suédois, qu'à celte condition, et le sel et le houblon qui, en l'absence de vignes, leur était indispensable?

Exécution du noble suédois firôdersson. Mort et portrait de Mai^uerite, 1413. CoDséqueaces de ce» deux faits au point de vue de l'Union.

Ainsi r Union ne pouvait guère durer. Peu s'en fallut même que, du vivant de Marguerite, les Sué-

là

LITRE PRËIIiER

dois n'en romptaBeotlcfl fragiles liens, à FoccasioD du

supplice d'Abraham ËrôderssoD, qui pourtant élail k)iii d'être sans reproche.

Gomme Bô-JonsscHit dootnoiis aTdns parlé sous le règne d* Albert de Mecldembonrg, Brôderasoo était un n()l)le suédois que Marguerite avait élevé au-dessus de la noblesse et dont la fidélité poufait lui garantir œBe d*im gnod nombre d'antres seigneurs. Mais il éudt aecttsé d'awir ^ercé de mawvak traitement sur des femmes. Eric, quineTaimait poiul, voulut qu'il fût poursuivi, et Brôdersson, jugé, fut condamné à mort. Maigneiites'opposaenTainàreiéentiDndeoette sentenee, dont die prévoyait le manvais ^et parmi la noblesse : Eric, qui ne pouvait plus supporter d'être en tutelle, et qui tenait à taire acte d'émancipation, interposa sa volonté royale, et Brôdersson fut décapité. Ce que Marguerite appréhendait arriva : les adversaires de r Union, exploitant le mécontentement de la noblesse^ se miiettt à crier à la tyrannie, et elle eut bien de la peine à contenir dans le devoir lesamis et les parents nombreux du noble supplicié.

Un mouvement antifédéral fut arrêté ; mais Marguerite vit bienquelaraideur entêtée d*Ëricue convenait pas au caractère facOement irritaUe des Suédois, et qu'elle allait lui confier un dépôt qui se perdrait entre ses mains. Cette perspective l'atHigea à un tel point que sa santé ne tarda pas à en être sensiblementaffectée. Un jour , après une courte guerre dansle Holstein, (Umi les comtes ne se nioiitraiont pas assez soumis, elle se trouvait au port de Fiensborg, dans le Sleswick, sur le point de partir pour Copenhague; déjà

ViClSSlTUDe» D£ L'£MPiRK DANOIS. â5

eUe était noBlée sur le fmmm qui ésmt Yy tram*

poi ler, et ce vaisseau allait mettre à la voile, lorsqu'elle mourut ^uhii^iueiit» le ii octulire dans la aoixantMeptièiiie aaoée de son tge et b tfeateleplièiiie de mm règoeu Ella Aiteaterrée daiia Tfle de Sééland, à Soio, d'où ses restes furent transférés à Roskbildf alors ràûdaoce des roiâ daiK>is» £ric lui fit Mfar un tombeau ea alMue qui etiata eocote.

Femme à tous égards extraordinaire et rare» ellojoigoait à de grandes vues les talents les piu:> propres a les aoceoiilir: babile 4 manier les e^qurita, à mism aour* dément la puiataeee de ses livaux» et ne manquant

jamais, pour leur donner le coup de ^râce, le moment opportun ; guerrière à la fois et politique, com^ pfenant que, malgré quelques clameurs rationalistes, rÉglise serait encore longtemps la classe la plus forte et la plus populaire, en vertu de son incipe, de la nature spirituelle de ses fonctions, de ses immenses biens, et appuyant vite sur le clergé TédiSoe de ses ambitieux deaseiDa; Danoise par le ccm autant que par l'origine, rêvant tout pour le Danemarck, honneur, richesse, domination, et ayant su pourtant envébpper si bien oei amour égoïste de son paya aons les spédeax dehors d'un patriotisme irina Wge et plus Scandinave, qiron la crut tour à tour Suédoise et rsorwégîeune autant que Danoise, et que* sous rinineaoe de cette douce persuasion, ebaenn des royaumes unis lui fit une obligation de garder exclusivement jusqu'à sa mort un pouvoir qui, sons un autre, pourrait bien ne pas inspirer la même confiante tranquillité; vnd modèle d'un souverain de

3ii l.lVaE PREMIER.

rUnion, et, malgré les imperfections de 1*œnvre, capable de la rendre possible et uiùine (liii"able, si sa politique équitable et sage était constamment étudiée et BulTie. ËUe avait dit à Éric : c La Suède vous « fournira de quoi vous nourrir, la Norwège de quoi « vous vêtir ; mais c'est eu Daucuiarck que vous de- « vcK chercher de quoi vous défendre ) , > montrant par là de quête ménagements on devait user envers les Norwégieus et les Suédois, puis(iue c'clail aux Danois seuls qu'il fallait se remetue du soin de sa défense. Malheureusement le caractère altier et brusque d'Éric ne se prêta pas à ces justes tempéraments.

Administration inconsiituiiunnelle d'Éric. Philippine de Lancastre. Engdbrecht ou le Viriatbc suédois. Triste rde de Charles Qmutson.

Dans i*empire romain, quand la main puissante de Dioclétien ne fut plus là pour soutenir la Tétrar-

chie impériale, celte œuvre de conservalioii, loudée sur Fassociation hiérarchique de deux Augustes et de deux Césars, sur Tunion puissante des ambitions et des forces individuelles de quatre grands géné>faux, périt bientôt sous la main jalouse de ceux qui avaient été choisis pour la continuer. 11 en lut de même de F Union de Cabnar après la mort de ceUe dont Tascendant conciliateur arrêtait Texplosion des haines particulières et pouvait seul maintenir sou

(I) PoflendorO; liv. 1% p. 1S7, t. V.

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