‹ Histoire générale de la guerre de 1870-1871Chapitre 4 sur 26 · L'ARMÉE DU NORD · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DU NORD

vier, Faidherbe avec le 22° corps était vainqueur au combat d'Achiet-le-Grand, pendant que le 23e corps était rudement repoussé à Béhagnies-Sapignies. Le lendemain 3, Faidherbe remportait sous Bapaume une victoire complète, dont les suites auraient pu être considérables ; malheureusement il ne crut pas pouvoir poursuivre le général de Gœben, qui se retirait dans un désordre que nous ne connaissions pas.

Pendant ce temps, nous nous battions aussi du côté de Rouen. Le général de Bentheim, chargé de défendre la ville, passa la Seine à la nouvelle de l'approche des Français, et battit le général Roy aux combats de la Bouille et de Moulineaux (30 décembre), et aux combats de Bourgachard, du Château- Robert et de Bourgtheroule (4 janvier).

Après sa victoire de Bapaume, le général Faidherbe donna quelques jours de repos à ses troupes, pour pouvoir reprendre l'offensive dans de bonnes conditions. Quelques jours après sa retraite, Péronne capitula (9 janvier). L'incapable commandant Garnier aurait pu encore prolonger sa défense ; mais, ne tenant aucun compte de l'importance de Péronne dans la suite des opérations militaires, et n'obéissant pas aux recommandations du général Faidherbe, il céda aux instances des autorités civiles et de la population, et rendit une place qu'i s'était engagé à défendre jusqu'à la dernière ex-

trémité. Dès lors toute la ligne de la Somme était aux Prussiens ; le général de Gœben, couvert par cette rivière, commandait toutes les routes que Faidherbe pouvait suivre pour marcher sur Paris. Les chemins de fer, rétablis avec soin par les troupes chargées de cet important service, permettaient au général prussien d'occuper Rouen, contre l'armée du Havre, et Amiens, contre l'armée du nord, et de faire face à l'une ou à l'autre de ces deux armées en se concentrant rapidement.

Informé que Paris allait faire un dernier effort, le général Faidherbe sortit de ses cantonnements et marcha contre les Prussiens pour faire diversion et attirer sur lui une partie des forces allemandes. Son armée comptait alors environ 50,000 hommes, répartis en deux corps, le 22e (général Lecointe) et le 23e (général Paulze d'Ivoyj. Faidherbe se dirigea sur Saint-Quentin. Beaucoup de nos soldats n'avaient que de détestables chaussures de carton * , que d'infâmes fournisseurs avaient livrées à l'intendance : aussi allaient-ils pieds nus. Des pluies

1 Cinquante mille paires de souliers de carton, fabriqués en Angleterre, avaient été livrés à l'intendance. Ces souliers duraient quatre heures, pendant les temps de pluie. L'Anglais qui avait fourni ces chaussures a été acquitté à Lille en novembre 1872 ! — Il faut ajouter que la plus grande partie des fournitures faites à Parmée du Nord ont été scandaleuses. L'intendance ne montrait aucune sévérité, et quelquefois elle forçait les commissions de vérilication de fournitures militaires d'accepter des lots d'objets refusés par la commission.

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torrentielles rendirent encore plus pénible la marche de l'armée. Saint-Quentin tomba en notre pouvoir le 15 janvier ; l'ennemi fut battu le 18 au combat de Vermand ; mais, le 19, le général de Gœben1 gagna la bataille de Saint-Quentin, qui obligea Faidlierbe à se retirer sur les places du nord. Gœben le poursuivit et devint maître du pays jusqu'à Arras et Cambrai.

Les Prussiens avaient fait de grandes pertes à la bataille de Saint-Quentin2. L'armée du nord, rapidement réorganisée par l'incorporation de quelques milliers de mobilisés, eût pu, dès le 10 février, se représenter en ligne aussi nombreuse qu'à Saint- Quentin. Mais l'armistice du 28 janvier avait mis fin aux opérations, et le général Faidlierbe envoya, par Dunkerque et Cherbourg, 18,000 hommes parfaitement disciplinés et 10 bonnes batteries d'artillerie à l'armée de Versailles opposée à la Commune = .

1 Le général de Gœben avait amené à Saint-Quentin toutes les troupes qu'il avait à Rouen, parce que le 13e corps (voy. la page 50) était venu les remplacer. Il reçut aussi 10,000 hommes de renfort venant de l'armée d'investissement de Paris, et mit en ligne 48 bataillons, 52 escadrons et 162 canons. — Le général Faidherbe ne put lui opposer que 24 bataillons de marche, 18 bataillons de mobiles, \k bataillons de mobilisés armés de fusils à percussion : total 56 bataillons, 5 escadrons de dragons et 98 pièces d'artillerie. Il perdit environ 4000 hommes et 8000 prisonniers.

2 Environ 4000 hommes, en comprenant les tués et les blessés à Vermand.

3 Le général de Gœben a publié une relation de sa campagne contre l'armée du Nord, dans laquelle il prétend nous avoir battus partout et toujours.

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