‹ Histoire générale de la guerre de 1870-1871Chapitre 6 sur 26 · L'ARMEE DES VOSGES · texte numérisé non relu

L'ARMEE DES VOSGES

Pendant que les Prussiens bombardaient et prenaient nos places fortes, le général Werder était placé, après la chute de Strasbourg, à la tête du 14e corps * ; il était chargé de disperser les francstireurs et les détachements isolés qui occupaient encore les Vosges, et d'inspirer la terreur aux habitants, ce qu'il obtint par de cruelles et nombreuses exécutions. Ce fut le général Von Degenfeld, avec une brigade badoise, qui fut chargé de cette mission. Il ne trouva devant lui que des forces insuffisantes pour l'arrêter.

M. Gambetta, ayant décrété la formation d'une armée des Vosges, lui donna pour chef le général Gambriels avec le titre de commandant supérieur de la région de l'est. Sa mission était de constituer une armée avec les petits corps isolés qui opéraient

1 Ce nouveau corps était formé de la division badoise, de deux divisions de réserve et de deux brigades détachées; il comptait 51,000 hommes, dont 18,000 environ, sous les ordres du général Treskow, furent employés au siège de Belfort.

séparément dans les Vosges. Mais plusieurs des chefs de ces corps, ayant un titre de commandant indépendant, ne jugèrent pas à propos d'obéir et ne vinrent pas se placer sous les ordres du général Cambriels. Ces désobéissances empêchèrent l'armée des Vosges d'arriver au chiffre de 60 à 70,000 hommes qu'elle devait avoir. Le général Cambriels ne put en réunir que la moitié, non organisés, mal armés et indisciplinés. C'étaient des troupes solides qu'il aurait fallu avoir pour défendre les Vosges méridionales et les Faucilles, en s'appuyant à droite sur Belfort et à gauche sur Langres. On aurait pu alors se maintenir dans cette position importante, d'où Ton aurait menacé sans relâche les communications de l'ennemi.

L'est était dépourvu de moyens sérieux de résistance, lorsque Degenfeld commença ses opérations. Il passa le col du Donon, qu'on eut le tort de ne pas défendre, livra les combats de Champenay (4 octobre), de Raon-1'Étape et de Saint-Dié (5 octobre), et battit le général Dupré au combat de la Burgonce ou de Nompatelise (6 octobre). Le général Dupré se replia sur Bruyères, où il rallia le général Cambriels; mais l'armée des Vosges était si peu solide, qu'il fallut battre en retraite sur Remiremont, et delà sur Lure et Besançon. "Werder, qui avait rejoint Degenfeld, entra à Épinal le 14 octobre ; il marcha ensuite sur Vesoul, où il arriva le 18. Maître des

Vosges et des Faucilles, Werder pouvait pénétrer dans les vallées du Doubs et de la Saône : il se porta en effet contre Besançon. Le général Cambriels résista énergiquement à Étuz et à Cussey-sur- Oignon (21 et 23 octobre) ; et, grâce à la vigueur du 2e régiment de zouaves, il força l'ennemi à rebrousser chemin. Il commença dès lors à organiser ses troupes, dont la plupart étaient dans un état absolu d'indiscipline et de désordre ; mais la blessure qu'il avait reçue à Sedan l'obligea malheureusement à quitter son commandement, et il fut remplacé, le lor novembre, par le général Michel, qui, à son tour, le fut par le général Tortone, et celui-ci par le général Crouzat.

Après le combat de Gussey, Werder alla s'établir à Gray (24 octobre). De cette ville, devenue pour un moment le centre de ses opérations, il envoya dans tous les sens des détachements chargés de réprimer le soulèvement de la population, qui partout avait pris les armes, mais sans direction et sans ensemble. Les Allemands fusillèrent impitoyablement les prisonniers et les otages. Le 31 octobre, un des lieutenants de Werder, le général de Beyer, occupa Dijon, après le combat de Saint- Apollinaire et le bombardement de la ville (30 octobre) ; mais Werder fut bientôt obligé d'évacuer Dijon et de concentrer toutes ses forces à Vesoul, pour dissoudre les nombreuses guérillas qui s'étaient reformées

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dans les Vosges et la Lorraine méridionale, et qui pouvaient menacer ses derrières.

La forte position de Langres aurait dû être le point de départ de courses et de coups de main continuels contre les convois et les communications de l'ennemi. Elle ne sut rien faire. Aussi les Prussiens ne l'assiégèrent-ils pas ; ils se contentèrent de la surveiller. Pour assurer les communications de l'armée d'invasion, M. de Moltke plaça la 13e division du *7e corps (Zastrow) à Châtillon-sur-Seine et à Auxerre, et lui donna l'ordre de surveiller à la fois Langres et Nevers, où était alors l'armée de Bourbaki. Enfin, au milieu de décembre, Langres ayant commencé quelques entreprises, la brigade du général Von der Goltz fut chargée de contenir cette garnison ; il la surprit et la battit à Longeau (16 décembre).

Pendant ce temps, la Délégation de Tours plaçait au commandement de l'armée des Vosges le général Crouzat, qui en acheva l'organisation ; bientôt elle lui donna l'ordre de laisser une garnison de 15,000 hommes à Besançon et de venir, avec le reste de l'armée, à Chagny, entre Dijon et Châlon, pour protéger Lyon, qui était à découvert1. Mais l'arrivée du prince Charles sur la Loire et la nécessité de donner au général d'Aurelle toutes les forces

1 Le général Crouzat arriva a Chagny le 1 2 novembre.

dont on pouvait disposer, obligèrent la Délégation de Tours à faire venir à Orléans le général Grouzat et ses 40,000 hommes, dont on forma le 20e corps. L'est était dégarni et n'allait plus avoir d'autres défenseurs que les bandes de Garibaldi, à Autun, et la division Cremer, à Beaune l . Les Prussiens avaient leurs communications libres et assurées depuis Orléans et Paris jusqu'au Rhin : rien ne troublait leurs convois, leurs transports de munitions, de canons et de troupes.

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