Cf. Luc. Müller, De re metrica, p
[251.] PERISTEPHANON 281
donné l'impulsion pour ce genre de poésie. Ce serait donc bien à Rome que Prudence aurait conçu l’idée de ce genre de poésie : les hymnes consacrées aux martyrs ensevelis dans cette ville auraient été composées sur les lieux mêmes, ainsi qu’elles le Iissent entendre directement pour la plupart, ou bien peu de temps après son retour de Rome (1), et seraient les plus anciennes qu'il ait composées en ce genre. D'autre part, vu l’élan que prenait alors le culte des saints, l'honneur qu'on leur rendait au jour de leur fête ou au jour de leur mort (c'était le jour de leur naissance à la vie éternelle et on le célébrait par un service spécial), il était tout naturel de composer des hymnes qui, s'appuyant sur la légende récitée dans ces fêtes, chantasssent les actions et les souffrances de ces martyrs : telles étaient, en effet, les hymnes de Prudence pour la fête de Noël et pour celle de l'Épiphanie ; elles se rattachaient au récit biblique (2). Dans quelques hymnes du Peristephanon, l'auteur nous met au courant de ce procédé. Ce sont précisément celles qui chantent la gloire des martyrs nationaux, par conséquent, des martyrs espagnols et dont la fète était célébrée dans la patrie du poète. D'après la double impulsion qui a dirigé le poète dans la composition de ces hymnes, nous pouvons les diviser en deux classes, par rapport au sujet, au choix des martyrs. Les héros de l’une sont des Espagnols, auxquels il faut joindre l'Africain saint Cyprien, probablement à cause des rapports ecclésiastiques entre les deux pays (3); ceux del’autre classe sont les martyrs
1. Ainsi, la première hymne XIV; V. plus loin : de même que la X[S. Voir le v. 179.
2. Dans l’hymne de l'Épiphanie, il célèbre en même temps les premiers martyrs, les Saints Innocents.
3. Ainsi, dans l'Église d'Afrique, on célébrait les fêtes des martyrs espagnols Fructuosus, Vincentius, etc. comme nous le prouvent les sermons de saint Augustin prononcés à cette occasion. — Le jour de fête de saint Cyprien était aussi célébré en Espagne, ainsi que le dit Prudence, Perist. XII, v. 237. Quoique Prudence exalte le prestige universel dont il jouissait, il dit pourtant :« Est proprius patriae martyr, sed amore et ore noster. » V. hym. XIII, v. 3. Il est bien digne de remarque, en effet, que la 4° hymne (v. 17), consacrée à la série des martyrs espagnols, nous montre saint Cyprien parmi eux.
dont les tombeaux sont à Rome (1), ou encore ceux que visita Prudence dans son voyage à Imola, comme celui de Cassian en cet endroit même. Voilà ce qui a motivé le choix dn sujet.
On peut aussi, en tenant compte de la manière dont le sujet est traité, répartir ces hymnes dans deux classes. Ile même qu’antérieurement les légendes en prose étaient, comme je l'ai fait remarquer (2), des créations soit purement populaires, soit complètement artistiques, ainsi, leshymnes de Prudencesurles martyrs ont les unes un caractère plus ou moins populaire, les autres un Caractère artistique qui comporte tous les artifices de la rhétorique. Ici même, nous voyons le choix du mètre aller de pair avec cette différence du récit, comme dans le Cathemerinon. Le poèle montre souvent dans ce choix une grande finesse de sentiment. C'est ce que nous voyons déjà dans la première des hymnes, si nous passons aux détails. Elle célèbre deux soldats espagnols, deux frères qui souffrirent la mort probablement sous Dioclétien pour avoir refusé de sacrilier sur l'autel du paganisme, et pour avoir préféré la milice du Christ (militia Christi) à celle de l'Empereur. On ne conservait presque de leur légende que le seul souvenir du miracle qui eut lieu à l'occasion de leur supplice. L'anneau de l'un d'eux, symbole de la fidélité, et le livre de prières de l’autre furent enlevés dans le ciel. Or, bientôt, possédés et malades trouvent l4 guérison auprès de leur tombeau. Le mètre de cette hymne est celui du chant des soldats romains, le tétramètre trocaïque catalectique, toujours si populaire (cent vingt vers à strophes de trois lignes). Pouvait-on rien imaginer de plus réussi, pour ‘ un chant de fête consacré à ces guerriers chrétiens ? — Le mètre imprime donc à cette hymne un certain cachet populaire
1. Il faut ranger ici manifestement Quirinus (h. VII) dont le corps, d'après le rapport des Acta Sanctorum, fut porté à Rome et enseveli dans la catacombe de Caliste, à l’époque de l'invasion des Barhares en Pannonie. V. Brockhaus, Op c. p. 119, Rem. 3. — Ma remarque précédente sur le choix du sujet et la classification de ces hymnes confirme l'exactitude de ce rapport. {l ne reste à résoudre que la question du choix de Romanus (Hym. X). Était-1l alors spécialement honoré à Rome, à cause de son nom?