‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 126 sur 352 · V, Diez, Altroman. Sprachdenkmale, p · texte numérisé non relu

V, Diez, Altroman. Sprachdenkmale, p

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cherche, encore après, à la sauver ; mais ses efforts sont inutiles. Elle meurt donc dans les flammes : maiscelles-ci glissent, rapides et légères, le long de sa belle chevelure, qui forme autour de son corps pudique, comme un rempart. Son âme pure s'envole au ciel, sous la forme d’une blanche colombe, tandis qu'on voit la neige tomber, pour couvrir son corps. Le récit a quelque chose de brillant et plein d'élégance; le trimètre dactylique hypercatalectique (deux cent quinze vers, à strophes de cinq lignes) répond complètement au caractère fougueux et passionné de l'héroïne. La quatrième hymne a aussi une allure purement artistique : dans cinquante strophes saphiques, le poète chante la gloire de Saragosse et de ses dix-huit martyrs, dont il fait l'énumération. Saragosse n’a pas à redouter le jugement dernier, quand chaque ville apportera au Christ, dans des corbeilles, ses dons les plus précieux, les ossements des martyrs et leurs couronnes de victoire. Cela rappelle les récits des peintures et ceux des monnaies antiques, etc., où nous voyons également des villes personnifiées. — La cinquième hymne, en l'honneur de la fète de saint Vincent, martyr espagnol, a, par contre, un cachet plus populaire : le mètre est le même que celui de l'hymne de saint Laurent (cinq cent soixante-quinze vers). Ce pieux diacre de Saragosse défend hardiment le christianisme, qu'on voulait lui faire abjurer sous Dioclétien, et il le défend malgré des tourments raffinés, auxquels du reste il provoque ses bourreaux. Cette peinture détaillée mais disgracieuse, destinée à célébrer le courage admirable du héros dans lestourments, peut être regardée comme un récit avant-coureur de ceux du moyen âge, tels que nous les trouvons encore mis en scène dans les miracles. Jeté dans un cachot, Vincent y recoit la visite des anges. Il y meurt dans le calme, et son âme s’envole vers le ciel; toutefois, le préfet veut du moins se venger sur son cadavre. Il le fait jeter aux bêtes féroces; mais un corbeau fait sentinelle autour de lui et effraie les loups. On le précipite ensuite à la mer ; mais {a vague le pousse à la côte, où des mains pieuses lui donnent la sépulture. La fin de l'hymne est une prière au martyr. En maints endroits, ce poème ressemble également aux ballades de l'avenir et s'élève jusqu’au langage vraiment

286 PRUDENCE : [255-6. | dramatique (1). — La septième hymne a une mache plus simple et plus conforme à l'épopée. Elle est consacrée an martyr Pannonien Quirinus. Jeté dans la Save, sous Galère, il ne s'enfonce pas malgré la pierre de moulin à laquelle on l'a attaché ; il console les fidèles rassemblés sur le rivage. C’est: seulement à sa prière que le Christ appelle son âme, et que le corps disparaît dans le sein des eaux. Le poème est com posé en vers glyconiques (quatre-vingt-dix strophes de cinq lignes). — Le récit attrayant de la passion des trois martyrs de Tarracos, de l’évêque Fructuosus et de ses deux diacres, morts tous trois sur le même bûcher ct en confesseurs intrépides, sous Valentinien, nous apparaît aussi revêtu d'une exquise simplicité. Le poète provoque vieillards et jeunes gens, hommes et femmes, à célébrer leur gloire par des cantiques qui fassent résonner les toits d'or du château et que les vagues puissent répéler en prenant part à la fête. Le mètre de cette sixième hymne est le vers hendécasyllabique phalécien à strophes de trois lignes (cent soixante-deuxvers); cette strophe a été choisie, à coup sùr, en vue du nombre ternaire des martyrs, tout comme, dans l'hymne quatrième du Cathemertnon, l’auteur a choisi ce mètre, pour chanter la sainte Trinité, Cela offre un intérêt tout particulier par rapport au mètre de la Divine Comédie. On voit en mème temps par là le soin.que met Prudence à choisir avec art le mètre qui convient à son sujet.

La neuvième et la onzième hymnes au contraire sont de véritables produits littéraires et artistiques; écrites toutes deux dans un style entièrement épique, elles sont seulement la reproduction de scènes que le poète avait vues dans des peintures. La première est consacrée à saint Cassien. Le poète y raconte, dès le début, comment, lors de son voyage à Rome, il a prié sur le tombeau du saint, dans le Forum Cornelit (l'Imola d'aujourd'hui) et comment il a recherché, dans les larmes, une consolation à ses peines. Il a élevé ses regards

1. Par ex. dans l’apostrophe du poète au préfet, v. 429 sq, et dans la provocation de ce dernier v. #49 : « Ecquis virorum strenue — cumbam peritus pellere — remo, rudente et carbaso — secare qui pontum queas, etc. ».

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vers le ciel, et ils se sont portés sur le tableau du saint martyr. Là, il a vu Cassien couvert de mille blessures, et l'épiderme de tous les membres déchiré par des piqüres légères. Il était entouré d’une grande multitude d'enfants, qui le perçaïent avec de petits stylets, tels que ceux dont on se servait pour écrire sur des tablettes enduites de cire. Le sacristain raconte ensuite la légende au poète: Cassien était un maître d'école et enseignait surtout aux enfants la sténographie. Ses élèves ne l’aimaient pas : cest là, hélas! en général, le partage du maître d’école. Or, la persécution chrétienne vint à s'étendre jusqu'à lui. Le juge, apprenant son état, le condamne à mourir de la main de ses élèves. Suit une peinture vivante de cetle mort du martyr : ces jeunes imberbes, la soif de la vengeance dans l'âme et le stylet à la main, font payer, comme ils disent, à leur maître lié et dépouillé de ses vêtements, les mille et mille notes qu'ils ont dù apprendre les larmes aux yeux. Alors le poète implora le saint, le priant de lui accorder un bon voyage et un heureux retour. Sa prière fut exaucée, et voilà pourquoi il chante maintenant sa gloire dans cette hymne : elle est écrite en cinquante-trois distiques, comprenant un hexamètre et un trimètre iambique. L'autre hymne, la onzième, écrite aussi en distiques, mais en distiques ordinaires et formant un pendant à la précédente, célèbre saint Hippolyte, évêque de Portus. Ce poème a la forme d'une lettre adressée à Valérien, évêque espagnol. Prudence y raconte la visite qu'il a faite pendant son séjour à Rome, aux tombeaux innombrables des martyrs, dont plusieurs portent des noms ou des inscriptions. Il a vu aussi celui d'Hippolyte surmonté d'un tableau représentant son martyre ; et c'est d'après cette peinture que Prudence compose son récit. Hippolyte dut à son nom d’être mis à mort trainé sur des chevaux indomptés; mais, ses restes épars — et c’est là surtout ce qu'on voyait dans le tableau — furent recueillis avec soin par ses amis qui avec des éponges effacèrent mème les taches du sang, sur les broussailles et sur le sol. Cette hymne, remarquable par la richesse du coloris, offre de plus une description exacte des catacombes, en particulier de la chapelle sépulcrale de saint Hippolyte ; elle nous montre la foule des

fidèles qui se rendent de toute l'Italie auprès du tombeau du saint, au jour de sa fète. Ils visitent aussi le temple qui l’avoisine : c'est la basilique de Saint-Laurent que le poète décrit ici encore, En terminant, il exhorte l’évèque à introduire, parmi les fêtes annuelles de son église, le jour de la mort de saint Hippolyte, vu que ce martyr est si puissant dans le ciel, ainsi qu'il l’a appris lui-même.

L'hymne douzième, qui fut peut-être composée à Rome (1), semble avoir plusieurs liens de parenté avec celle de saint Hippolyte. C'est la Passio Petri et Pauli composée en l'honneur de la fête du prince des Apôtres et comprenant soixante-six vers dans le quatrième mètre d'Archiloque. L'hymne est écrite sous la forme d’un discours, prononcé par un Romain, ami du poètc. Prudence lui demande ce qui se passe de si extraordiuaire, que Rome se pare de ses habits de fête. L’ami lui donne la réponse. Cette hymne ne contient que quelques mots sur la mort des deux apôtres, mais elle offre en revanche une description d'autant plus détaillée de leurs tombeaux : elle ne présente donc pas un moindre intérêt que la précédente (2), au point de vue ecclésiastique et archéologique. L'hymne treizième, par contre (cent six vers archiloquiens), a un intérêt historique et littéraire; elle célèbre saint Cyprien et exalte son éloquence, comme je l’ai fait remarquer plus haut, dans un langage ‘plein de beauté et de justesse. Mais, dans l'esquisse de sa vie et desa mort, le poète a mèlé des traditions étrangères à saint Cyprien ou qui du moins ne sont pas historiques (3). — L'hymne quatorzième et dernière, consacrée à sainte Agnès, nous ramène à Rome. Le poète nous dit, dès le début, que, dans cette ville, se trouve le tombeau de la célèbre martyre, et il insinue quel en peut être l’emplacement. C'est certainement à Rome qu'a pris naissance ce poème, car le poète, en la priant de purifier son âme et en nous disant que la sainte ne protège pas seulement les Quirites mais encore les étrangers (advenae) qui l’implorent avec

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