‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 127 sur 352 · V. v. 65 sq · texte numérisé non relu

V. v. 65 sq

2. V. là-dessus, Brockhaus, Op. c., p. 151 sq. 3, V. Bunsen, Hippol., 1, p.158.

[258-9.] PERISTEPHANON 289

amour, se comprend évidemment lui-même sous le nom d’ « étrangers. » Il trouva, gravés dans l’abside de l’église bâtie sur son tombeau avant Constantin lui-même, les hexamètres de . Damase en l'honneur de la sainte (4). C’est ainsi que nous voyons, même ici, l'influence de Damase, quelque faible qu'elle dût rester, vu la sécheresse du petit nombre de vers de son épigramme. Le récit de la légende a aussi, dans Prudence, un cachet particulier. La jeune vierge, condamnée au lupanar, est exposée nue, en public, au coin d'une rue. La foule détourne les yeux : seul, un jeune homme ose porter sur elle un regard coupable ; mais aussitôt il est frappé de la foudre, par un châtiment du ciel. Cependant, à la prière de la jeune vierge, il recouvre la santé et la vue. Après avoir ensuite dépeint sa mort par le glaive (martyre que la jeune fille salue avec transport), le poète nous la décrit s’élevant au ciel et jetant un regard sur la terre qui lui montre encore une fois, comme il l’expose en termes éloquents, la vanité et la misère de cette vie, ses chagrins qui semblent n'avoir pas de fin et ses joies de s1 courte durée! Cette hymne, composée de cent trente-trois vers hendécasyllabiques alciens, termine dignement ce livre ; c'est, sans conteste, la meilleure. Elle se distingue surtout par l’unité de la composition et par plusieurs détails très riches de poésie.

S'il m'est ici permis de faire abstraction du poème épigrammatique, donné comme hymne huitième et qui s'est égaré parmi les hymnes des Peristephanon (j'en ai du reste déjà parlé), il ne me reste plus qu’à mentionner l'hymne dixième, dont je n'ai encore rien dit et qui est consacrée à saint Romain. Au témoignage d'Eusèbe, Romain était diacre de Césarée, et il fut mis à mort pendant la persécution de Dioclétien. Cette hymne, qui est très longue, nous donne non seulement le tableau plein de recherches, de variété et de détails du martyre du saint, mais elle contient — et c’est là-dessus principalement

1. Son épigramme finit par : « inclita virgo, » et le début de l'hymne « martyris inclitae » montre les rapports des deux. D’après Platner et Bunsen (Beschreibung von Rom, Abth. III, Vol. If, p. 448), on trouve là encore cette épigramme, mais la pierre y a été replacée après coup. V. Merendas Prolegg. su Damasus, XIII.

que repose son étendue — dans les longs discours du martyr, qui parle mème après qu'on lui a ceupé la langue, une apologie détaillée du christianisme avec une polémique obligée du paganisme (1). La narration a plus d'un lien commun entre elle et celle de la deuxième et de la cinquième hymnes, avec cette différence toutefois que l'élément rhétorico-didactique domine ici.

Jetons, en terminant, un regard d'ensemble sur toute la collection du Peristephanon. On ne saurait nier qu'on y trouve, outre la variété des poèmes déjà signalée au commencement de cette étude, une grande variété dans la manière de traiter le sujet, au point de vue purement esthétique. Dans les uns, c'est le style lyrique, dans les autres le style épique, parfois même le style didactique qui domine; et, en général, il est toujours mis en harmonie avec le mètre de l'hymne; souvent même le premier de ces styles se joint au second et produit un effet dramatique. Conformément à cela, l'Église n’a adopté des hymnes de Prudence que certaines parties détachées, comme, par exemple, pour l'hymne de saint Laurent et celle de saint Vincent (2). — C’est aussi une chose digne de remarque de voir combien d'art et de choix nous offrent souvent, au point de vue esthétique, les débuts de ces hymnes (3), et la riche variété que le poète sait y répandre.

Les autres œuvres poétiques de Prudence, indiquées par lui-même dans la préface de l'édition complète, appartiennent au domaine de la littérature didactique et de la polémique. Cetle poésie suit tout d’abord chez lui (comme déjà dans Commodien) (4) la marche de la prose dans la littérature polémico-apologétique, telle que nous l’avons vue fleurir dans la première période de la littérature chrétienne latine, en face du paganisme et de l'hérésie. Prudence se rattache ici lui-

{. Il est à remarquer qu'un épisode de cette hymne se rapporte au martyre des sept Machabées. v, 751 sq.

2. V, Daniel, Thes., 1, p. 1436 s. et Prudence, édit. de Arévalo, I, p. 54.

3. Exemple de.la 4"° hymne : «Scripta sunt coelo duorum martyrum vocabula — Aureis quae Christus illic adnotavit litteris, etc., » ou de la 2° : « Antiqua fanorum parens — Jam Roma Christo dedita, etc. »

Page 1