Carmen natal., XIII, v. 363 sq
2. Carm. natal., XIII, v. 314 sq. C’est à lui qu'il avait consacré sa première barbe, 1. c., v. 324.
d'humanité chrétienne et de tolérance, et il exerça un ministère fécond en bonnes œuvres jusqu’à sa mort, en 431. — Nature tendre et délicate, mais sans élans, il manqua, dans la vie pratique, comme dans les lettres, de feu et de passion. Quel que soit le nombre des poésies de saint Paulin qui sont perdues pour nous (1), celles qui nous restent suffisent à nous montrer combien vient s'y réfléter, jusque dans ses phases, le revirement religieux de sa conscience. C'est là que nous trouvons (et la chose est digne d'intérêt), un exemple . vivant et manifeste qui nous montre les relations et les rapports de la poésie chrétienne avec la poésie païenne de Rome, et nous en sommes redevables notamment à l'union intime de Paulin et d'Ausone, et aux témoignages que nous en ont conservés les ouvrages de ce dernier. C'est aussi dans l’école d'Ausone que saint Paulin se forma comme poète. Mais la poésie du premier est, avant tout, une œuvre d'art, un jeu et une jouissance esthétiques, un dilettantisme savant qui parvient, il faut en convenir, à la vraie poésie, là où se présente un sujet vraiment poétique ou encore lorsque l'âme est ébranlée jusque dans ses fondements. À tout prendre, la poésie païenne romaine élait arrivée à ce point de décadence, où l'art n'est qu'un jeu de la forme : les idées païennes qui s'étaient survécues à elles-mêmes n'offraient plus de matière à l'inspiration ; on ne pouvait la trouver que dans la nature et dans sa beauté éternellementimmuable. Paulin sacrifia d’abord au goût du maître : c’est ce que nous montrent non seulement les éloges que celui-ci donnait à son fidèle disciple, mais, plus certainement encore, le fait de voir Ausone adresser à Paulin son Technopaegnion, un produit caractéristique de ce dilettantisme, que le poète appelle lui-même d'une manière très heureuse : inertis ot met inutile opusculum (2).
1. Gennadius dit de lui (De vir. ill., c. 48) : « Scripsit versu brevia, sed multa » et il mentionne spécialement le poème à Celse ainsi qu’un hymnaire : « Fecit et sacramentarium et hymnarium ». Mais il me semble plus que douteux qu’on doive entendre par là un recueil d'hymnes composées par saint Paulin lui-même. De même que le sacramentarium était un rituel, ainsi l’Aymnarium doit être également une collection d'hymnes de la liturgie.
2. L'expression de Technopaegnion est assez expressive par elle-même.
Paulin de son côté envoyait ses exercices poétiques à son maître pour les faire corriger; témoin cet abrégé des trois livres de Suétone : De regibus (1). Il ne nous reste des poèmes écrits par Paulin, avant sa conversion à une vie sérieusement chrétienne, que deux billets en vers qui accompagnent des présents faits à un ami, et, chose plus intéressante, une courte prière du matin en dix-neuf hexamètres, où le poète supplie « le Tout-Puissant créateur des choses » de lui accorder non seulement une conduite sans tache, mais même une existence terrestre facile, une épouse aux mœurs pures et des enfants, en récompense de sa chasteté. Cette prière est loin d'avoir même l'orthodoxie que nous offrent deux autres prières, en vers et plus longues, composées par Ausone, et à l’une desquelles notre poète a emprunté textuellement un passage (2). Mais l'époque de la révolution intérieure qui s’opéra dans Paulin se manifesta avant tout dans deux épiîtres en vers, qu'il adressa alors à Ausone et qui furent provoquées par quatre épitres semblables de ce dernier. Paulin, dans sa première épître, répond à trois d’entre elles qu’il avait reçues en même temps (une de ces trois est perdue); dans sa seconde, il répond à la troisième des lettres d'Ausone qui nous ont été conservées et qui
C'étaient des « versus monosyllabis coepti et finiti, ita ut a fine versus ad principium recurrant »; par exemple :
Res hominum fragiles alit et regit et perimit fors.
Fors dubia œternumque labans, quam blanda fovet spes, etc. À ces vers se rattachent de tels petits poèmes, dont les vers n'ont de monosyllabes qu’à la finale.