‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 171 sur 352 · Cf. aussi Ampère, I, p. 316 sq · texte numérisé non relu

Cf. aussi Ampère, I, p. 316 sq

2. C. 15. Un moine possédé et se disant plus saint que saint Martin luimême, dit à ce dernier : « Martinum vero et a principio, quod ipse diffiteri non potest, militiae artibus sorduisse, et nunc per insanes superstitiones et fantasmata visionum ridicula prorsus inter deïiramenta senuisse. » On voit par cette critique combien le saint lui-même a contribué dans sa vieillesse à ces hisloi‘es miraculeuses qu’on racontait de lui. On reconnaît encore ici combien ce livre de Sévère est instructif pour connaître l'origine des légendes en général.

3. Pauli Orosii presbyteri hispani adversus paganos hisloriarum l. VII

et mème jusque dans les temps modernes, il jouit de la plus grande autorité et exerça une influence extraordinaire. En la personne d'Orose nous voyons représentée une autre province de l'Occident : il était Espagnol, et prêtre de la Lusitanie. En #14, tout jeune encore, il faisait un voyage : par une disposition du ciel, comme il le croit (1), il arriva en Afrique, auprès de saint Augustin. Il lui demanda conseil sur plusieurs questions dogmatiques que le priscillianisme, toujours vivace en Espagne, avait mises en avant, et surtout sur l’origine de l'âme. Il adressa donc à saint Augustin son Commonitorium, auquel le saint évèque répondit par le livre Contra Priscillianistas et Origenistas. Mais afin de le mieux armer encore pour le combat contre les erreurs de sa patrie, saint Augustin l'envoya auprès de saint Jérôme. Orose, arrivé en Palestine, soutint saint Jérôme dans sa lutte contre les Pélagiens et écrivit à cette occasion un livre intitulé : Liber apologeticus contra Pelagium, de arbitrit hbertate. En 416, il retourna en Afrique, avec l'intention de se rendre de là dans sa patrie. Il ne put arriver qu'à Minorque: les guerres d'Espagne de cette époque le forcèrent à retourner en Afrique. C’est là qu'à l’instigation de saint Augustin il composa son ouvrage historique, en 417 et 418 (2). C'est tout ce que nous savons sur sa vie.

ad fidem mss. adjutis integris notis Fabricii etc. recens suisque animad. vers, illustr. Havercamp, Leyde, 1767, in-4. — De summa Providentia res humanas administrante quid senserint privris ÆEcclesiae scriptores el quae fuerit apud eos ejus doctrinae forma et incrementum, thèse de doctorat, par Saint-René Taillandier. Paris, 1843. — Pauli Orosii historiarum ad usum paganor libri VII; accedit eiusdem liber apologeticus ; recens. et commentarium crit. instr. Zangemeister. Vienne, 1882. (Corp. script. eccles., vol, V). — Moerner, De Orosii vita ejusque histor. l. VII, Berlin, 1844. — Sauvage, DeOrosio (thèse de doctoratès-lettres). Paris, 1874.

4. V. Commonitor. — C'est-à-dire qu'il n’avait pas l'intention de se rendre auprès de saint Augusin. J1 n’est pas sûr, ainsi qu'on l’admet d'après son Histoire (l. IIJ. c. 20), qu'il eût eruepris ce voyage pour fuir les Barbares.

2. Line l'avait pas commencé avent son voyege en Palestine; ce que pense Moerner. Un passage de lu dédicace à saint Augustin montre que ce dernier l’avaït engagé à entreprendre ce travail : « {Praeceperas) maximecum revereniiam iuam, perficiendo adversus nos ipsos paganos undecimo libro insisieniem (quorum jrm decem or'entes rad, mox ut de specula ecclesiasticae clariaiis elati sunt, toto o.be fulserunt) levi opusculo occupari non oporteret. » Saini Augustin était donc occupé au onzième livre de sa Cié Le Dieu et dix éiaient déjà publiés lorsque Orose reçut, ou accepta du moins,

L'ouvrage d'Orose devait en premier lieu former un supplément au livre troisième de la Cité de Dieu. Poussé probablement par le peuple chrétien, saint Augustin désivait voir paraître ce supplément; mais le temps lui manquait pour y mettre la main lui-même. Dans ce livre, ainsi que nous l’avons vu plus haut, saint Augustin veut montrer que les Romains et leur empire n'ont pas été moins affligés, avant qu'après le christianisme et surtout de son temps, par des maux matériels et principalement par ceux que la guerre traîne à sa suite; ce n'est donc pas, par conséquent, l'avènement du christianisme et l'abandon du culte païen qui ont amené ces fléaux. Mais, dans son livre, on comprend que saint Augustin devait se restreindre à fournir seulement quelques-uns des faits historiques les plus importants pour prouver son affirmation. Ildésirait voir ce sujet traité in extenso dans un ouvrage spécial qui s’appuierait sur les faits historiques de toutes les époques (1). Il le désirait d'autant plus que c'était précisément ce reproche fait au christianisme qui lui avait inspiré l’idée d'écrire

cette provocation. À l'époque du voyage d’Orose en Palestine, au contraire, saint Augustin avait terminé tout au plus cinq livres de la Cité de Dieu, ainsi que le montrent clcirement, comparés ensemble, deux passages de sa lettre (169, $ 1 et 8 13). A cela s’ajoute le rôle du nombre sept dans l'ouvrage d'Orose, même dans la disposition de cet ouvrage, et ce n'est que dans le livre onzième (c. 34) de la Cité de Dieu que saint Augustin traite de la signification de ce nombre. Il est, de plus, difficile d'admettre que si Orose avait commencé son travail après sa première arrivée en Afrique, il l'eût interrompu par un long voyage, et, en outre, que saint Augustin lui eût donné ce conseil. — 11 fut terminé en 418, d’après les dates fournies par Orose lui-même (les voir dans Moerner, p. 82). Il n'y a pas de raison plausible pour admettre que ces dates soient erronées. Du moins, d'après le genre de la compositior de tout cet ouvrage, on ne peut alléguer cette raison, qu'Orose termine son histoire en effet par l'année 417, et que la phrase seule : « Itaque nunc quotidie apud Hispanias geri bellum » etc. se rapporte à l’an 418, car, en aucun cas, ces combats ne cessèrent avant cette année-là. Le passage du 1. VH, c. #1 « nunc per biennium », que Moerner cite à l'appui, ne prouve rien, vu que cette date est générale, plutôt trop courte que trop longue d'après la tendance du passage lui-mème, et qu'on n'a pas besoin de faire correspondre les calculs au début de l’année. 1. Ilest dit, dans la dédicace du livre à saint Augustin : « Praeceperas ergo, ut ex omnibus, qui haberi ad praesens possunt, historiarum atque annalium faslis quaecumque aut bellis gravia, aut corrupta morbis, aut fame tristia, aut terrarum motibus terribilia, aut inundationibus aquarum insolita, aut eruptionibus ignium metuenda, aut ictibus fulminum plagisque

la Cité de Dieu (v. p. 241-2). En essayant donc de remplir ce vœu de saint Augustin, Orose fit, dans son ouvrage Historiarum libri VII contra paganos, le premier essai d’unekhistoire universelle chrétienne, et, en même temps, le premier essai d'une histoire universelle au sens le plus large du mot, c’est-à-dire d'une histoirede l’humanitéen général, quoique ce ne fût qu'un abrégé, écrit avec une tendance très exclusive. La Chronique de Sulpice Sévère n'était nullement un essai de ce genre, ainsi que l’admit Ampère, qui juge ce livre d’une manière absolument fausse. Sévère reste plutôt complètement, quelque étonnant que cela paraisse, sur l’étroit terrain de la nationalité, qui est généralement celui de l’histoire antique. Il donne l’histoire des chrétiens, dont les Juifs, à ses yeux, sont les ancêtres, comme l'histoire d'une nation : car le culte des mêmes dieux était, chez les Romains eux-mêmes, un signe de l'unité nationale, de l’unité de l’État. Quant au genre historique de l'antiquité, il reste complètement fidèle à la tendance nationale, là même où il sort du domaine de l’histoire de la nation dont il fait le récit. Celui de tous les ouvrages qui offre le plus le caractère d'une histoireuniverselle est celui d'Hérodote : celui de Trogue-Pompée, le seul qui soit, avec celui d’Orose, à comparer ici dans la littérature romaine, ne contient, dans les développements qu'il reçut, que l’époque antérieure à l'Empire romain, c’est-à-dire à l'Empire par excellence pour le Romain. C'est une simple histoire de conquêtes qui débute avec le premier vrai conquérant (1), avec Ninus, conquêtes qui plus tard passent presque toutes aux Romains.

Ce qui donne à l'ouvrage d'Orose le caractère nouveau d'une histoire universelle chrétienne, c’est l'idée qui domine tout le récit et d'après laquelle tout ce qui arrive dans l’histoire de l'humanité tout entière est ordonné et conduit par le Dieu unique, créateur des hommes en qui prennent leur source toute puissance (potestas) et tout empire (regna). Cette pensée seule qu'avait développée saint Augustin et que le plus

grandinum saeva, vel etiam parricidiis flagitiisque misera, per transacta retro saeula reperissem, ordinato breviter voluminis textu explicarem. »

4. D'après la pensée de Trogue, Ninus incorpora aussi le premier à son rovaume tout ce qu'il avait conquis. V. Justin, |. I, c. 1.

ancien apologiste, Minucius Félix (1), avait déjà exprimée, fait d'abord de l’histoire universelle un organisme marqué au cachet de l'unité, qu'elle ne pouvait pas avoir chez les païens, vu que chaque nation païenne croyait devoir à ses divinités nalionales sa force et sa puissance; c'était précisément sur ce point de vue que s’appuyaient les païens pour faire leurs reproches contre le christianisme; et c'est aussi celui qu'Orose entreprend de réfuter dans son ouvrage. L'idée dominante de son livre a donc des rapports immédiats avec sa tendance apologétique. Mais Dieu a toujours, d'après Orase et ses prédécesseurs, dans les époques principales de l’histoire, subordonné au plus puissant des états toute la force des autres empires (2). À proprement parler il n’y a que deux empires qui aient dominé le monde, d’après la pensée d'Orose qui concorde avec celle de saint Augustin (3), l’un plus tôt et l’autre plus tard; l’un en Orient, l’autre en Occident ; celui-ci, héritier de celui-là ; Babylone et Rome.

Une correspondance mystérieuse dans le nombre d'années se montre dans l'histoire des deux empires et laisse paraître leur dépendance respective comme un ouvrage réglé par Dieu, où ni l'homme ni le destin n'a rien à voir. C'est ainsi que, dans l’année même où Procas commença à régner, l’empire de Ninus passa aux Mèdes; mais toutes les histoires de l’antiquité commencent avec Ninus, comme toutes celles de Rome

1. Octav., c. 25, $ 12, « Et tamen ante eos (Romanos) Deo dispensante diu regna tenuerunt Assyrii, Medi, Persae, Graeci etiam et Aegyptii. »

2. « Quodsi potestates a Deo sunt, quanto magis regna a quibus reliquae potestates progrediuntur ? si autem regna diversa, quanto aequius regnum aliquod maximum, cui reliquorum regnorum potestas universa subjicitur ? » 1. II, c. 1.

3. Cirit. Dei, 1. XVIII, c. 2 : « Sed inter plurima regna terrarum... duo regna cernimus longe ceteris provenisse clariora, Assyriorum primum, deinde Romanorum ; ut temporibus, ita locis inter se ordinata atque distincta. Nam quomodo illud prius, hoc posterius : eo modo illud in Oriente, hoc in Occidente surrexit : denique in illius fine, hujus initium confestim fuit. Regna cetera ceterosque reges velut adpendices istorum dixerim. » Quoique ce passage de saint Augustin soit postérieur aux premiers chapitres du livre deuxième d'Orose, la dépendance de ce dernier fait supposer que, même ici, il ne fait que suivre l'inspiration de saint Augustin, tout en Ja développant -et la confirmant lui-mème d'une manière indépendante,

s'ouvrent avec Procas. Ainsi, entre la première année de Ninus et la nouvelle fondation (instaurarti) de Babylone par Sémiramis, s'écoule un espace de soixante-quatre ans; or, cet espace est justement le mème entre le début du règne de Procas et la fondation de Rome. C'est ainsi encore qu'il s’écoule onze cent soixante-quatre ans entre la nouvelle fondation de Babylone et la conquête de cette même Babylone par les Mèdes, comme aussi de la fondation de Rome à la prise de cette ville par Alaric. À la même époque, dit ensuite Orose, Cyrus soumit Babylone, et Rome secoua le joug de la royauté; l'une tombe, l’autre s'élève; en mourant, Babylone laissa son héritage, et Rome entrant dans un âge de virilité (pubescens) se reconnut son héritière ; l'empire (ëmperium) de l'Orient périt, celui de l'Occident vit le jour. Mais Rome, en qualité de mineure, ne prit pas immédiatement possession de l'héritage; de là un interrègne, pendant lequel deux empires exercent successivement, pour un court espace de temps, une puissance universelle en qualité de tuteurs de Rome ({utor curatorque); la force des circonstancesle veut ainsi et non le droit à l'héritage : ce sont la Macédoine et Carthage. Il y a donc, de ce chef, quatre monarchies correspondant aux quatre contrées du monde (1). C’est ainsi que Orose soude l'idée de saint Augustin admettant deux monarchies universelles, à une autre idée qui en admet quatre; cette idée qui a sa base dans l'explication du songe de Nabuchodonosor par le prophète Daniel (cap. 2,), trouvait surtout un point d'appui dans le commentaire de ce passage par saint Jérôme (2). Mais ce déernier, au lieu de Carthage, nomme les Mèdes et les Perses.

Cette opinion, au sujet des quatre monarchies universelles

1. V. pour lous les déveluppements de ce qui précède, Oros.: Lib. IT, c. 4-3 et cf. VII, c. 2.

2. Saint Jérôme ne trouva pas le premier, ou ne fut pas le seul à trouver cette explication, ainsi que Je pense Buedinger (Sybels Hist. Zeitschr. Vol. 7, p. 113), et, ce qui le prouve, c’est que nous la trouvons également dans Sulpice Sévère, Chron., I. JI, c. 3. Saint Augustin lui-même, qui en parle dans la Cité de Dieu (1. XX, c. 231, est loin de dire que cette explication soit l'ouvrage de saint Jérôme : « Quatuor illa regna exposuerunt quidam, etc. » I ne fait point ici allusion à Orose, vu que son explication est toute différente.

qui eut cours pendant Lout le moyen âge, a sûrement contribué à la division en sept l‘vres de la matière trailée par Orose, quoique cependant c’ait été un autre principe, le mystère des nombres, qui détermina le nombre sept. Le livre premier qui, après une courte description du globe terrestre, théâtre de l'histoire, commence au déluge, est consacré à la période de la première monarchie universelle. Orose y raconte, dans un ordre chronologique basé sur la chronique d’Eusèbe et surS. Jérôme, les événements qu’il regarde comme les plus importants. Son récit va jusqu’à la fondation de Rome, par où débute le livre deuxième. Celui-ci renferme le développement de l’histoire de Rome jusqu’à la conquête des Gaulois, d’après le procédé de saint Augustin : Orose le compare à celle d’Alaric; il nous expose également l’histoire de l'empire des Perses, depuis Cyrus, et celle des Grecs jusqu’à la bataille de Cunaxa. Ici se prépare la puissance de la Macédoine. Le livre troisième est principalement consacré à la période de cette puissance. Il débute par les guerres des Lacédémoniens contre les Perses sous Artaxerxès, guerres qui sont l’avant-coureur des conquêtes d'Alexandre. Il traite ensuite l’histoire des Diadoques jusqu'à la chute de Lysimaque, et l’histoire romaine correspondant à cette période. La guerre de Rome contre Pyrrhus est racontée au début du quatrième livre, lequel va jusqu'à Ja ruine de Carthage ; l'auteur nous y expose les luttes de Rome et de Carthage et l’histoire antérieure de cette dernière ville ; ce livre a par conséquent pour sujet la troisième monarchie universelle. A partir du livre cinquième, c’est Rome seule, arrivée maintenant à la domination, qui joue le premier rôle. Nous lisons dans ce livre son histoire jusqu’à la guerre des esclaves. Le sixième (où sont d’abord traitées les guerres contre Mithridate) la continue jusqu'à Auguste et à la naissance de Jésus-Christ ; le septième, enfin, va jusqu’à l’époque de l’autear. C’est ainsi, on le voit, que la division est bien motivée en général dans le sens de l'idée dominante de l'historien : il faut seulement faire une exception pour le livre sixième (1)

4. La manière dont le livre cinquième est séparé du sixième, fut déterminée par l'idée de donner à chacun d'eux une période à peu près égale,

qui n'aurait pas dù être séparé du précédent et qui ne l'a été peut-être que pour compléter le nombre sept.

Quant au choix de la matière, dans ses détails, et au genre de la composition, ils ont été subordonnés à la tendance entièrement apologétique de l'ouvrage ; mais on doit tenir compte de son caractère sommaire qui nécessitait une limite, sous ce double point de vue. Orose avait surtout en vue de représenter les souffrances de l’humanité dans les temps passés, afin de montrer qu’elles sont moins cruelles depuis le christianisme et notamment dans le temps présent; ce sont donc en première ligne les guerres ou, plus exactement, d’après lui, les maux de la guerre, qui forment le sujet du récit. Par la, 1l se rapproche du genre si éminemment romain qui fait de l’histoire universelle une histoire de conquêtes: c'est ce que montre Trogue-Pompée, qui, avec son abréviateur Justin, devient son principal modèle. Orose néglige donc, comme Troguec- Pompée, l’histoire intérieure partout où elle n’a pas à raconter des luttes de partis, des guerres civiles, ou à offrir d'autres exemples de désorganisation morale. De là le côté superficiel, fragmentaire et parfois anecdotique de la composition; de là, ce manque d'efforts pour découvrir l’enchainement des faits et en exposer les motifs, sauf pourtant quand la tendance apologétique l'exige. Une partie de ce défaut, et la moindre, doit être mise peut-être au compte de la nature de cet ouvrage, qui. n’est qu'un abrégé sommaire, et au compte de la précipitation avec laquelle il a été écrit, comme en témoigne maint passage peu soigné: il avait bien un peu, en effet, le caractère d'un ouvrage de circonstance. Les cxagérations, les altérations des faits, apparaissent dans Orose, d’après l'endroit où elles se trouvent, comme une conséquence de la tendance apologétique de l'ouvrage avec qui cadrait difficilement un pointde vue impartial. C'est néanmoins à cette tendance que cet ouvrage est redevable, d'autre part, de cette chaleur et de ces allures pleines de vie qui le distinguent de la sécheresse des Bréviaires païens-latins; ce sont surtout les échappées que l’auteur mé-

quelques soixante-dix ans ; pour cela, l'auteur partagea en deux la période, depuis la ruine de Carthage jusqu'à la naissance de Jésus-Christ.

nage çà et là sur le temps présent, qui lui donnent ces qualités. Le style s'inspire de tant d'auteurs à la fois, Tite-Live, César, Tacite, Suétone (1), Eutrope surtout, sans parler des sources déjà citées, et les emprunts sont faits si à la hâte, qu’il manque d'unité; mais il a d'autre part, dans les considérations que l’auteur fait çà et là, un coloris véritablement oratoire et chrétien ; l'auteur ne dédaigne pas même les images développées (2}; il aime à parer sa langue de citations poétiques, et c'est à Virgile surtout qu'il fait ses emprunts, à l'exemple de son maître, saint Augustin. Il est regretlable que, à côté de ces qualités, on ait à reprocher à la construction un manque de clarté et de la lourdeur. La subjectivité d'Orose toutefois se montre encore d’une autre manière. Dans son Histotre, il vorsidère surtout l'Espagne, sa patrie ; sa haine contre l’arianisme et contre les Barbares le rend tout à fait partial, ainsi que nous le voyons dans ses attaques contre Stilichon. C’est l’origine et la raison du principal défaut de l'histoire de son époque ; le récit commence à Théodose, et comprend les dix derniers chapitres du septième livre. Orose n’avait ni le sens critique, ni l'intégrité de caractère qui doit distinguer l'historien.

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