ly dit au roi, v
Temporetam longo non decet ira pium.
. V. Dahn, Die Koenige der Germanen, |, p. 258.
mentir le peuple qui lui décerne le nom de pieux, Rex pius. La clémence, voilà la vraie gloire des princes, car elle leur appartient en propre. Aussi Dieu récompense-t-il sa bonté, ainsi qu'on a pu le voir pendant son règne (1). Le poète met encore en avant l'exemple du « glorieux et puissant » prédécesseur du roi, de Genséric, lequel pardonna au savant Vincemalos, en disant : Ce n’est pas à l'homme que je pardonne; mais sa langue mérite un tel pardon.
Le poème sur la satisfaction n'avait pas eu de succès; mais Dracontins ne perdit pas espoir ; il compta sur la grâce de Dieu dont il avait proposé l'exemple à l’imitation du roi. C’est pour 8e fortifier dans cetle espérance, peut-être aussi pour montrer au roi l'exemple de Dieu, qu'il entreprit, dans un plus grand
, °uvrage (2), dans un poème en hexamètres composé de trois livres, de chanter la grâce (Psetas) de Dieu. C’est ainsi que cet ouvrage est en complète harmonie avec les sentiments de l'auteur : cette. harmonie en explique la conception toute entière, comme aussi l'exécution, et lui donne une chaleur toute spéciale qui fait le fond de tout le charme et de l'originalité de cette poésie. Le livre premier (sept cent cinquante-quatre vers), célèbre surtout la grâce divine, qui se manifeste dans la créa-
1. Le poète fait ici allusion à une défaite des Maures en l’absence du roi, de sorte qu'il n’a pas eu de sang à répandre, Ensuite, et au moyen des vers suivants : « Quod pereunt hostes, regis fortuna vocatur — Quod pereunt populi, temporis ordo regit, etc., » il intercale un long épisode, incompréhensible en cet endroit et relatif au dicton : « Chaque chose en son temps » (v. 219-264). C'est une paraphrase triviale de ces paroles, rattachées au livre de la Sagesse, de Salomon.
2. Je le regarde comme postérieur à l'Elégie. La comparaison des nombreux passages qui sont identiques dans les deux poèmes, ne permet pas, je le reconnais, de porter un jugement certain sur cette question. Voici les raisons de mon opinion : 1° On doit croire que le poète composa la Satisfaction le plus tôt qu'il lui fut possible ; 2° l'ouvrage plus considérable ne fait que motiver en détail le sujet principal de l'Elégie, c'est la miséricorde divine: 3°le poète s'y avance à menacer, en disant que Dieu opprime les oppresseurs. Dracontius avait une nature poétique et, dans les deux poèmes, c’est son cœur qui parle : il me paraît donc plus digne de lui de croire que, dans le grand ouvrage, il a développé des pensées de l'ouvrage de moindre volume, plutôt que d'admettre que celui-ci offre seulement des réminiscences de celui-là. Plusieurs particularités dans la comparaison des deux ouvrages me confirment dans mon opinion. Je renonce à les exposer ici, d’autant plus qu'elles ne sauraient faire naître qu’une eonviction toute personnelle,
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tion du monde. Le début semble être déterminé par les rapports personnels du poète. La nature, y est-il dit, obéit aux ordres de Dieu. Le châtiment vient aussi de lui, mais Dieu ne punit jamais, sans avoir menacé auparavant : le poète fait ici mention des prodiges. Celui-là seul est atteint par la colère divine, qui s’endurcit dans le péché. Dieu veut conserver le genre humain à qui il a donné le monde qu'il créa en six jours (v. 445). Là-dessus, il commence le récit de la création ; c'est ‘la partie de l’ouvrage qui a été éditée à part, sous le titre d'« Hexamérou. » Le poète célèbre, avec un grand lyrisme, la première œuvre de Dicu, la lumière. Il est beau de l'entendre dire : « Quanta spes mundi pracmissa est principe luce ! » (v. 432). En traitant du troisième jour de la création, Dracontius fait une description détaillée du paradis, qui contient des traits pleins de charme et de poésie (1) : le mouvement, la richesse de couleurs et la variété, telles sont surtout les qualités qui distinguent tout ce poème de la création. Le portrait que le poète fait des oiseaux mérite une mention spéciale ; il débute par ce vers si pittoresque : Errilit inde volans gens plumea laeta per auras (v. 240) (2). Dieu vient de créer l'homme, et le poëèle nous révèle comment Adam, en promenant ses regards sur le monde, sentit s'éveiller en lui le besoin de n'être pas seul, de pouvoir communiquer ses sentiments. Cette poésie nous offre encore maints autres trails originaux ct d'une grande beauté, comme par exemple, la surprise pleine de bonheur de nos premiers parents, en voyant reparaître le soleil qu'ils n'espéraient plus revoir (v. 417 sq.) (3). Le poète nous fait ensuite le tableau de la vie d'Adam et d'Éve dans le paradis, et le tableau de la
1. Sunt ibi sed placidi flatus, quos mollior aura Edidit exsurgens nitidis de fontibus horti.
Arboribus movet illa comas, de flamine molli Frondibus impulsis immobilis umbra vagatur ; Fluctuat omne nemus et nutant pendula poma. V. 192 sq. 2. Voici encore un trait plein de naturel et de beauté : « (Ales) Frondibus insidens vento cum fronde movetur. » :
3. Il en est de même de la remarque qu'il fait après la création d'Éve : Somnus erat partus, conceptus semine nullo, Materiem sopita quies produxit amoris, Affectusque novos blandi genuere sopores. (V. 390 sq.)
chute. La folie de nos premiers parents, de croire qu'ils pouvaient se dérober à l’œil de Dieu, fournit au poète l'occasion de glisser un épisode (v. 300 sq.) dans lequel, après avoir constaté que Dieu sait tout, il montre que, dans quelques cas, les hommes eux-mêmes prévoient l'avenir ; bien plus, que les animaux et [es êtres sans vie peuvent même le faire connaître.
La mort, poursuit-il, entrée dans le monde à la suite du péché et comme son châtiment, est devenue en même temps, grâce à la mansuétude divine, une bénédiction, car elle met fin aux maux de ce monde. Poena mort crudelis erat, sed vivere pejus, s'écrie l’infortuné poète (v. 548). Ce n'est pas tout; Dieu qui, malgré le péché, laisse à l’homme l'empire sur la terre et permet à celle-ci de fleurir et de porter des fruits, Dieu qui donne à l’homme la faculté de perpétuer lui-même sa. race, veut même le racheter et lui donner l'immortalité au lieu de la peine de mort. Le poète expose donc ensuite (v. 625 sq.) diverses preuves en faveur de l’immortalité, telles . qu'on les trouve déjà dans les plus anciens apologistes, celles surtout que nous offre la nature; il développe notamment celle du Phénix (v. 653 sq.) (1). Dracontius termine le livre . en Célébrant la gloire de Dieu, sa toute-puissance et sa misécorde : il abat les puissants, opprime les oppresseurs, et, vengeur méricordieux (pius ultor), 1l relève celui qu'on a renversé. Il le conjure de jeter sur lui ün regard de compassion et de Îe relever un peu, lui qu'on a abattu, de l’assister, car il a le repentir dans l'âme, afin qu'il puisse, dans ce poème, chanter ses louanges.
Le deuxième livre (un peu plus de huit cents vers) (2), chante la grâce divine qui se manifeste, après la création, dans la conservation du monde (3), et surtout par la mission du Christ. Le poète s'étend sur cette dernière (v. 96 sq.) qui
1. 11 y fait mention (v. 640) de la légende du cerf qui renouvelle sa ramure’ en mangeant des serpents. Quant au Phénix, cf. aussi la Afédée de Dracontius, v. 101 sq.
2. Daus l'éd. de Glaeser, 813, dans celle d’Arévalo, 808. Dans ce livre et le suivant, je cite d'après Glaeser.
- 3. C£. en particulier, v. 74, 97, 185.
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forme le thème principal du livre. Le récit est souvent décousu, et manque de sdreté pour la marche des idées. Dans un récit de peu d’étendue, le poète parle d'abord des miracles de Jésus-Christ (v. 115 sq.), ensuite de ceux que Dieu accomplit lui-mème dans la nature : celle-ci, dans ses éléments et ses phénomènes, par ses créatures et par le serpent lui-même, célèbre ses louanges. L'idée de serpent amène le poète à parler de la mort que l’homme mérita par le péché et du péché lui-même. L'homme est pire que les animaux qui donnent la mort: ils ne nuisent qu'à ceux qui les attaquent. Et l'homme sévit contre sa propre race : guerres sur terre et sur l'océan, fratricides et infanticides ; lamère, pife que lamarûtre, tue l'enfant, même avant de lui donner le jour; que dis-je ? on ne laisse même pas les morts reposer en paix; il faut qu'on les évoque. Cette longue digression (v. 234-335) est d'un grand intérêt en ce qu'elle est pour nous comme un miroir où viennent se réfléter les physionomies de l’époque du poète. — L'homme méritait bien pis que la mort, dit ensuite Dracontius. A l'opposé de lanature qui obéit à Dieu, l'homme, c'est le mal; c'est l'inventeur audacieux du crime, l'ennemi de tout le monde et de lui-même (1); depuis notre naissance, « nous sommes une race scélérale (scelerata propago nascimur) que ne peut dompter ni la miséricorde, ni la colère de Dieu. » Ici le poète parle du déluge, dont il fait une bien belle description, et de la ruine de Sodome. Sans le péché, le monde serait un paradis dont le poète esquisse ici le tableau. La chute des anges n’excuse pas l'homme. Mais, malgré tout, la miséricorde divine envoya Jésus-Christ. La trahison dont il fut victime, sa mort, sa descente aux enfers (cette dernière forme un tableau complet) (2), sa résurrection et le jugement à venir, auquel il présidera lui-même, passent successivement
1. Est homo grande malum, legis transgressor et audax Criminis inveutor, scelerumque repertor et auctor… : . inimicus et hostis Omnibus atque suus... V. 357 sq.
2. V. 531 sq. Le tableau où le poète peint l'effet de la lumière qui accompagne le Christ est plein de poésie. Pour le style et l'expression, l’auteur s'efforce de rivaliser avec l'antiquité.
sous nos yeux; le poète parle ensuite de la mort de Judas : pour grand que fût son crime, il en aurait obtenu le pardon, -s’il avait seulement espéré (v. 562). Telle est en effet la miséricorde de Dieu, qu'il exauce même une prière intérieure. Le Christ lave nos fautes dans son sang : mais il nous faut avoir la foi. L'exemple d'Abraham surtout nous montre la puissance de la foi ; et, à cette occasion, le poète parle de la naissance d'Isaac (v. 620). Le deuxième livre se termine par un éloge général de Dieu, notamment de sa miséricorde (v. 687 sq.), dans lequel se trouvent différentes répétitions empruntées principalement à la fin du premier livre. Il est à remarquer que l'on voit surtout reparaître la pensée qué Dieu relève l’opprimé, abaisse l'orgueilleux; et le poète parle encore, en terminant ce livre, de la délivrance des Juifs de l'esclavage sur la terre d'Égypte et de l’engloutissement de Pharaon.
Le livre troisième (environ sept cents vers) (1) débute encore en célébrant d'une manière générale la gloire de Dieu, surtout sa bonté, telle qu'elle se manifeste dans la prospérité des récoltes. Il fait ressortir le contraste de l’'égoïsme des hommes qui pratiquent l'usure, avec les dons de Dieu; et pourtant ce n'est pasleur personne qu'ilsaiment, ces pauvres fous ! par leur avarice; ce sont leurshéritiers, car ils perdent pour eux-mêmes non seulement les biens terrestres, mais encore les biens du ciel. Ici le poète parle de la parabole du mauvais riche et de Lazare (v. 54 sq.). Pour l'homme, l'amour de Dieu doit être le premier de tous les biens. Il doit pouvoir tout lui sacrifier; Abraham en est encore un exemple éclatant : Dieu n'avait exigé de lui le sacrifice d’Isaac, que pour que le monde füt témoin de cet exemple (v. 134 sq.). D'autres encore ont montré - comment l'espérance inébranlable en l'avenir leur fit glorieusement sacrifier la vie présente » {v. 169 et s.). Le poète parle ici des trois jeunes gens dans la fournaise et de Daniel dans la fosse aux lions (2). Les miracles de saint Pierre nous montrent également la puissance de la foi. Mais afin que