‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 23 sur 352 · DE ORATIONE, AD UXOREM, ETC · texte numérisé non relu

DE ORATIONE, AD UXOREM, ETC

littéraire, restent sans conteste bien loin derrière celui dont nous venons de rendre compte : je suis donc autorisé à en parler brièvement.

Le petit traité sur la Prière, De oratione, en vingt-neuf chapitres, écrit dans un style simple et digne, donne d'abord une explication du Pater, la prière xx’ &£syév, dans laquelle Tertullien trouve un abrégé de tout l'Évangile ; il parle ensuite du temps, du lieu, de la manière de prier, des usages extérieurs ainsi que de la disposition de l’âme, et, dans quelques pages où le récit semble prendre un élan tout poélique, il termine par l'éloge de la puissance de la prière.

Tertullien a consacré plusieurs travaux au mariage chrétien, mais plus particulièrement à la question des secondes noces; le plus attrayant de tous et le premier en date est celui qu'il intitule : À mon épouse, Ad uxorem. Composé de deux livres divisés chacun en huit chapitres, il fait connaître à sa femme sa pensée dans le cas où il viendrait à mourir. C'est aussi cet intérêt personnel qui donne à ce livre un attrait particulier. Dans le premier livre, Tertullien se prononce contre les secondes noces, tout en déclarant idéale une abstinence complète sous le rapport charnel : malgré cela, et en considération de l'humaine fragilité il ne rejette pas formellement un second mariage; mas il exige, dans le second livre, qu’on n'épouse pas un paiïen et il expose tous les inconvénients et désagréments de ces mariages mixtes. Par contre, il esquisse, en terminant, un beau portrait du bonheur offert par le mariage vraiment chrétien, alors que « deux sont réellement une seule chair, et qu'il n’y a de séparation ni spirituelle ni corporelle({).» Mais, une fois passé au montanisme, il traite bien plus sévèrement cette question dans son écrit de l’Exhortation à la chasteté, De exhortatione castitatis, qui a treize chapitres, et dans un autre, en seize chapitres, qu'il intitule: De la Monogamie, De Monogamia, et où il prend à partie les orthodoxes, Psychici. Là, il rejette absolument les secondes noces: les

1. « Ambo fratres, ambo conservi, nulla spiritus carnisve discretio. Atquin vere duo in carne una; ubi caro una, uaus et spiritus. » C. 9. CF. aussi De Monogamia, c. 9.

premières étant déjà pour l'éternité, un second mariage est mis sur la même ligne que l'adultère. Dans le second écrit surtout se montrent de nouveau toutes les qualités brillantes de l’auteur comme polémiste : énergie de l'expression, déduction séduisante, mordante ironie (4).

Tout aussi intéressants sous le rapport de l’histoire de la civilisation que caractéristiques pour l'auteur sont les deux livres sur la toilette des femmes, De cultu feminarum, en neuf et treize chapitres. Dans le premier il avertit les femmes de s'abstenir des toilettes précieuses, des vêtements bigarrés et de la parure variée de cette époque; nous avons là une preuve palpable du nombre de gens riches ou aisés que la communauté chrétienne comptait alors, surtout en Afrique, parmi ses membres. Le deuxième livre leur défend particulièrement d'employer les cosmétiques, à l'aide desquels une mode insensée tâchait alors de corriger la nature. L'écrit si difficile, si obscur, et pourtant si original sur le Manteau, De Palkio, qui n'a que six chapitres, fait, d'une façon remarquable, pendant au précédent. Il est d'une nature si personnelle qu'on peut à peine le classer à bon droit dans l’une des trois catégories des écrits de Tertullien : il ne sera donc point inutile d'en faire mention. Tertullien avait été la risée de ses concitoyens pour avoir revêlu, au lieu de la toge, le pallium porté par les philosophes grecs et dont s’affublaient aussi les ascètes chrétiens; il se défend, et répond à cette plaisanterie par le sarcasme le plus amer. Il est bon de remarquer que Tertullien, à la fin de l’opuscule, fait intervenir et met en avant le pallium luimême à titre de défenseur (2).

Les autres écrits de cette classe offrent un bien moindre intérèêt littéraire; ils sont en partie dogmatiques, ou bien ils traitent des détails particuliers de la discipline ecclésiastique, au point de vue montaniste. D'abord le livre sur le baptème, De baptismo, écrit à l'occasion d'une secte hérétique qui rejetait le

Page 1