‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 321 sur 352 · DE LAUDE VIRGINUM · texte numérisé non relu

DE LAUDE VIRGINUM

veillance et de ne pas exclure l’auteur de leurs prières (1).

L'autre ouvrage d'Aldhelme est un recueil d'énigmes ; il exerça notamment, sur ses compatriotes, une grande influence. Il le publia, sous l'enveloppe d’un écrit savant et en prose, avec lequel il n’a de rapports qu’à un certain point de vue de la forme. Aldhelme envoya les énigmes, en effet, comme « de petits cadeaux métriques » à son fils spirituel et élève « Acircius, le souverain de l'empire du Nord, » ainsi que le dit l'adresse de la lettre elle-même ; ce personnage est le roi Alfred de Northumberland. Le recueil d’énigmes constitue seulement le fond de cette lettre à Acircius, Epistola ad Acircium. Après une petite préface, Praefatiuncula, d'environ douze pages, où l'auteur propose une méditation mystique sur la signification du nombre sept, Aldhelme parle d’abord, comme introduction aux énigmes, de ses prédécesseurs, le « poète Symposius » et le philosophe Aristote ; c’est à eux qu'il doit l'idée de son livre. Il le caractérise en peu de mots, justifie, même par la Bible, la personnification d'êtres inanimés, car les choses qu'il donne à deviner se peignent elles-mêmes ; il explique en détail la formation multiple de l’hexamètre par des exemples des poètes anciens et des poètes chrétiens. Pour procéder avec plus de clarté, Aldhelme emploie la forme de dialogue entre le maître et l'élève ; il imite en cela saint Augustin et saint Isidore (2). Ce n’est qu'après cette introduction que

1. Cette finale montre encore bien mieux que le début de la section : De octo pr. vit., que cette dernière est une partie intégrante du poème De laud. virg., lequel sans cela n'aurait pas de conclusion. C’est ce qui résulte manifestement des vers qui amènent la fin et qui récapitulent le poème tout entier :

Cum sit digestus sanctorum sexus uterque Alte supernorum qui scandunt arva polorum, Octonusque simul peccati calculus atri Expositus gracili verborum clave patenter…

Nous voyons en même temps, d'après notre dernière remarque, que l'auteur considère le poème et sa prose comme un seul ouvrage « opus», lequel, ajoute-t-il, se compose de deux livres « libelli » (« quod geminum constat discretis forte libellis »). Je ne sache pas que personne ait encore fait remarquer tout cela jusqu'ici; c'est un nouvel exemple de la négligence qu'on a mise à étudier cette littérature.

2. Il cite leurs ouvrages dialogués, et, en première ligne, les Soliloques de saint Augustin, Cf. plus haut, p. 261 et p. 628.

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vient le recueil d'énigmes, sur la demande de l'élève qui rappelle au maître sa promesse. Les énigmes terminées, on reprend de nouveau la conversation sur la métrique, en examinant toutes les sortes de pieds et en ajoutant quelques mots relatifs à l'accent. En terminant, Aldhelme exhorte le roi à étudier cette métrique avec autant d'ardeur qu’il en amislui-même à l'écrire, au milieu de ses occupations nombreuses, temporelles et ecclésiastiques; il est le premier, parmi les Germains, à aborder ce domaine. Il met devant les yeux d'Alfred l’exemple de Théodose, qui transcrivit, de sa propre main, dix-huit volumes de Priscien.

Cette introduction à la métrique latine, basée sur les ouvrages des grammairiens anciens, et notamment sur ceux de Victorin, avait en effet à cette époque un mérite, d'autant plus grand qu'elle était présentée sous une forme si facile à saisir. Les citations nombreuses (et celles qui sont empruntées aux poètes chrétiens ont été recueillies par Aldhelme lui-même) montrent bien la richesse des ressources littéraires dont disposait notre auteur et le grand nombre d'euvrages qu'il avait lus. Quant au recueil d'énigmes lui-même, Aenigmatunm liber, nous devons dire qu’il est assez considérable. Il comprend dix-neuf {etrasticha, quinze pentasticha, treize hexasticha, dixneuf heplasticha, dix octosticha, onze ennéasticha, quatre décasticha, quatre hendécasticha, un dodécastichon, un triscaidécastichon, un pentécaidécastichon, un heccaidécastichon et un polystichon; donc, en tout, cent Énigmes, tout autant que dans Symphosius (1).

Cette partie est précédée d’un prologue de trente-six hexamètres, dans lequel le poète invoque le secours de Dieu pour son entreprise; la forme de ce prologue rappelle celui de Perse. Le prologue d'Aldhelme, acrostiche et télestiche en même temps, contient'aussi le nom de l’auteur. Quant au fond et à la forme, les Énigmes d'Aldhelme se rattachent à celles de Symphosius; ici également les sujets sont surtout pris au règne de la nature, en particulier au règne animal; mais on trouve

1. V. le recueil de ce dernier dans Riese, Anthol. lat., 1, p. 187 sq. On a voulu, mais à tort, comme on sait, l'attribuer à Lactance.

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aussi parmi ces sujets des outils, par exemple, des instruments, des ustensiles ; la solution des énigmes est souvent plus facile dans Aldhelme, parce que la description est plus détaillée ; les énigmes de Symphosius sont toutes des tristiques. Cette forme plus courte, vu surtout la facilité des sujets, répond mieux en elle-même à ce genre de poésie et Symphosius se meut dans son sujet avec plus d’habileté que ne le fait Aldhelme. C’est là que se trouve une différence d'exposition entre les deux auteurs ; elle montre que l’un est Roman, l’autre Germain : Symphosius plaisante avec esprit, tandis qu'Aldhelme pérore sérieusement et avec un élan tout poétique. Toutefois, on trouve, également chez ce dernier, maintes énigmes tout à fait réussies, soit que la solution ne se présente pas tout de suite à l'intelligence (c’est le cas du plus grand nombre d'entre elles, par exemple : Tetr. 8, De sale (1); Tetr. 19, De perna, ou bien hex. 61), soit que le développement attache lui-même (par exemple : Pent. 3, De ape; Pent. 8, De magnete ferrifero; Pent. 12, De cacabo ; Hept. 12, De mola, etc.). Il est à remarquer que, dans quelques énigmes du moins, le caractère chrétien de l’auteur se manifeste (2), ce qui n’a pas lieu dans Symphosius, et que, de plus, dans deux autres, nous trouvons des légendes des animaux, empruntées aux Anciens et mises à profitégalement dans les bestiaires du moyen âge, parexemple, Hept. 2, De monocero.

A part le dialogue sur l'explication du mètre, qui est écrit dans une langue simple, le style de la lettre en prose est tout à fait ampoulé ; il ressemble entièrement à celui des préfaces savantes de Fortunat. Cette remarque s'applique en outre à l'écrit en prose, De laudibus virginitatis, notamment à la fin, ainsi qu’à l'introduction flatteuse qui est empreinte d’un coloris poétique et aux tons très doux. Le poème, par contre, est écrit

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