‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 68 sur 352 · DE ERRORE PROFANARUM RELIGIONUM F · texte numérisé non relu

DE ERRORE PROFANARUM RELIGIONUM F

plutôt que c’était son parent, vu que d’après son livre on serait en droit de lui assigner aussi la Sicile pour patrie (1). Son opuscule peut être comparé à une bouture de la plus antique branche de la littérature chrétienne, de l'apologie. Nourrie par le suc du terrain d’un autre âge, cette bouture a pris un développement particulier où s’accuse la différence des époques, à savoir celle de la période présente et celle de la période qui l’a précédée. Nous en voyons déjà une preuve dans le fait que ce livre est adressé aux deux empereurs Constance et Constans, deux adversaires fanatiques du paganisme. L'élément polémique que l'apologie avait employé seulement comme une arme défensive, y prend complètement le dessus ; la défense du christianisme, devenu alors exclusivement religion de l’État, comme l'avait été précédemment le polythéisme, ne consiste plus que dans l’attaque du paganisme, et le livre exhorte les empereurs à le faire disparaître complètement. Il a, en commun avec les apologies antérieures, l'élan de lanarration, le feu de l’éloquence; mais on n'y voit pas la noble inspiration de la vérité persécutée; c'est le « zèle pieux » du fanatisme qui se fait entendre. C’est dans l’intérèt des païens eux-mêmes que Firmicus prend la parole; il les compare à des malades qui reconnaissent, une fois guéris, l'utilité desmoyens, douloureux souvent, qu'on a employés malgré eux (c. 16). On ne saurait nier non plus que la superstition grossière et l’immoralité contre nature de quelques cultes secrets dont tant de personnes étaient victimes, ne produisit chez les chrétiens, qui les croyaient perdues pour l'éternité, une exaspération morale et ne leur montrât la tolérance comme un crime. C'est contre les cultes secrets qu'est écrit surtout le livre de Firmi-

.. 4. À “moins que, peut-être, ce livre, qui n’est cité nulle part, n'ait été faussement attribué au mathématicien, par le seul manuscrit même qui nous reste et qui est du x° siècle, en sorte que l'auteur n’ait point porté le nom de mathématicien ; ce qui serait assez possible, vu le manque absolu de critique historique et le manque de réflexion des copistes de cette époque et vu surlout que nous ne possédons plus le commencement du livre qui pourrait nous fournir un point d'appui; les premières lignes nous mettent un peu sur la voie, car le texte, tel que nous le possédons, commence ainsi : « divinalionem probabimus esse inventam per diabolum et perfectam. » Le livre

du Mathématicien traite d’astrologie, d’horoscopes, etc.

cus, chose très naturvlle, car c'est là que le paganisme de cette époque avait trouvé un lieu de refuge; ces mystères seuls, et non plus la religion païenne de l’état romain, concouraient, pour ainsi dire, avec le christianisme : à cette époque en effet cette religion n'existait plus comme religion de l'État. Aussi les mystères nalionaux et romains sont-ils relégués, dans cet écrit, au second plan; ce n'est qu'en passant que Firmicus en fait mention, tandis que les cultes étrangers et mystérieux de l'Empire forment, au contraire, le sujet de son livre, lequel n'a d'autre but que d’en dévoiler la vérité, et de les faire connaître, avant tout, aux empereurs (1). L'auteur, qui suit la méthode explicative d'Evhémère, veut montrer spécialement comment « la mort d'hommes est une chose sacrée dans ces mystères » «mortes esse hominum consecratas», c. 6), de sorte queles temples ne sont que des lieux de sépulture (c. 16, $ 3) ; 1l veut, en même temps, repousser comme injuste la conduite des néoplatoniciens qui, au moyen d'une explication physique, cherchent à sauvegarder les mythes célébrés dans les mystères el, partant, le paganisme en général (2).

Voici la marche de la narration : Le début — les deux premières feuilles — n'a pas malheureusement été conservé. La phrase tronquée qui le termine, et par où commence le manuscrit, m'incite fortement à croire que l'auteur y a traité de la création du monde par le Dieu unique, à qui seul appartient, par conséquent, l’adoration; ce n’est que par l'influence du démon que le genre humain s’est détourné de cette adoration sans tache (3). L'auteur parle ensuite, en premier lieu, de l'adoration des quatre éléments : de l’eau par les Egyptiens ; de la terre parles Phrygiens ; de l’air par les Assyriens, et du feu par les Perses. Passant ensuite longuement en revue les mystères d'Isis, de Cybèle, de Juno cœlestis et de Mithras, lesquels

1. V. c.6, $ 1 : « Sed adhuc supersunt aliæ superstitiones, quarum secreta pandenda sunt ; » c. 8, $ 5 : « persequar cetera, ut publicatis omnibus atque detectis quæ profana consecravit improbitas ; » et cf. c. 17, $ 4.

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