‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 94 sur 352 · Après la lettre · texte numérisé non relu

Après la lettre

peu remarquées jusqu'ici, et qui sont d'une haute importance pour notre étude: Hymnorum quoque meorum carminibus deceptum populum ferunt. Plane nec hoc abnuo. Grande carmen istud est (1), quo nthil potentius quam confessio Trinitatis quæ quotidie totius popul ore celebratur? Certatim omnes student fidem fateri, Patrem et Filium et Spiritum Sanctum norunt versibus prædicare. Facti sunt igitur omnes magistri qui vix poterant esse discipuli. Il ressort incontestablement de ces paroles que saint Ambroise, aux prises avec l'arianisme, composa d’abord ses hymnes dans l'intérêt de la doctrine orthodoxe. Il ne se jusüfie pas du reproche que lui avaient fait les Ariens; il ressort de plus qu'il les introduisit dans le service divin, et enfin que le peuple lui-même contribua au chant des hymnes: il insiste particulièrement dans la dernière phrase, sur ce détail que le chant des hymnes n'était pas seulement exécuté par les ecclésiastiques. Le mot certatim peut enfin signifier un chant antiphonique ou alternatif.

Ces renseignements sur les hymnes de saint Ambroise sont les plus anciens que nous possédions, et leur importance est d'autant plus grande qu'ils émanent de l'auteur lui-même. Il faut les compléter cependant à l'aide d’un passage bien connu, mais non toujours bien compris, des Confessions de saint Augustin: ce sont les premiers détails que nous trouvions, après saint Ambroise, sur la matière. Or, saint Augustin raconte (à la fin du c. 6, liv. 9) combien il a été saisi par les hymnes et cantiques de l'église, Aymni et cantica, à l'occasion de son baptème par saint Ambroise (Pâques, 387). Il ajoute, dans le chapitre suivant, qu’il n’y a qu’un an que l’Église de Milan entreprit de célébrer ce genre de consolation et d’exhortation, à l’occasion des poursuites de Justine contre saint Ambroise, dans l’affaire de l'hérésie arienne. La pieuse communauté chrétienne passa la nuit en prières dans l’église, prête à mourir avec son évêque. Sa mère, Monique, était une des plus zélées, et lui-même, Augustin, bien qu'il n'ait pas encore ressenti la chaleur de l'Esprit de Dieu, fut pourtant

1. Le jeu de mots ne peut guère échapper au lecteur : carmen est pris ici dans le sens de « charme ».

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saisi de la frayeur et de l’angoiïsse quis'étaientemparées de la ville. Tunc hymni et psalmi ut canerentur secundum morem ortentaltum partium, ne populus mæroris tædio contabesceret, enstitutum est. Cet usage persista dans la suite, ajoute-t-il ; presque toutes les paroisses du monde l'imitèrent. Dans le passage original que nous venons de reproduire, saint Augustin dit deux choses, ainsi que le montre du reste le rapport de ce passage avec le précédent, à savoir que les hymnes furent alors pour la première fois introduites, en Occident, dans le service divin ; et, en second lieu, que les hymnes et les psaumes se chantèrent alors pour la première fois d'après la manière orientale. Mais, dans l'expression ortentalium partium, il faut sans nul doute entendre spécialement l'Église syriaque (1). Le texte lui convient mieux qu'à l'Eglise grecque. L'Église de Syrierevendiquait aussi pour elle l’honneurd’avoir la première introduit les Antiennes, et, d'autre part, l'ami de saint Basile le Grand, saint Ephrem, avait fait passer le premier, dans la liturgie des orthodoxes, des hymnes au sens strict du mot, c'est-à-dire, différentes de celles de la Bible ; lui-même en avait composé pour sa communauté, l'Église d'Edesse (laquelle aimait beaucoup le chant et la musique), afin de la prémunir plus facilement contre les plaisirs mondains dont cet art entretient le goût. 11 mit à profit de vieilles mélodies de l'hérétique Harmonius et les adapta à des textes orthodoxes. Or saint Ephrem était contemporain de saint Ambroise ; il mourut en 373.

Au renseignement fourni par saint Augustin et à la communication de saint Ambroise joignons encoreles détails que nous donne le biographe de ce dernier, Paulin, milanais qui faisait partie de son clergé. Dans son Histoire de la vie de saint Ambroise, Paulin parle du conflit de l'évêque avec la cour arienne, puis du siège de l'église fait par les soldats, et ilajoute : Hoc in tempore primum antiphonæ, hymni et vigiliæ in ecclesia Mediolanensi celebrari cœæperunt. Il remarque ensuite, comme saint Augustin, que l'usage s'en conserva non

1. Ou bien l'expression embrasse en même temps l'Eglise syriaque et l'Eglise grecque, l'Église orthodoxe, bien entendu. 1 13

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seulement dans cette Église, maisqu'il se répandit dans presque toutes les provinces de l'Occident (1). Cette communication sert de complément et d'explication aux deux autres. Elle prouve, en effet, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, non seulement que saint Ambroise introduisit alors dans son église les hymnes, mais encore qu'il enrichit la liturgie en général. C’est ainsi qu’il adopta un office spécial aux ariens, l'office nocturne des Vigiles ; il est possible aussi que la cause de cet usage ait été tout extérieure et qu'elle soit seulement un résultat des veilles que le peuple, aux heures de danger, passait avec son évêque dans l’église. La manière dont Paulin cite les antiennes à côté des hymnes explique les paroles de saint Augustin : l'introduction du chant oriental des antiennes eut lieu, à la vérité, en même temps que celle des hymnes: mais elle ne se borna pas à ces dernières. Saint Ambroise fit aussi chanter les psaumes à la manière des antiennes. L’exécution des antiennes et le chant alternatif des hymnes avaient été introduits tons deux dans l’Église, d'abord en Orient. L'exécution antiphonique des psaumes existait déjà depuis longtemps chez les Juifs, et la forme spéciale de cette poésie hébraïque, le parallélisme, aurait dû lui-même l'indiquer. D'autre part, le chant alternatif n'étail pas moins primordial dans la poésie lyrique des chœurs grecs, ainsi que le montrent le chant des chœurs de la Tragédie, quoiqu'il ne faille pas perdre de vue que l’antiphonie de la ligne et de la strophe est un peu différente. Rechercher comment le chant antiphonique des psaumes et celui des hymnes fut exécuté dans l'église de saint Ambroise est une tâche en dehors de mon étude littéraire, non moins que de ma compétence (2).

Parmi les hymnes « ambrosiennes » qui nous restent, il y en a quatre seulement dont la paternité puisse être sûrement attribuée à saint Ambroise. La seule qualification de Aymnus Ambrosianus, qui est donnée à plusieurs d'entre elles même de la part d'écrivains anciens, tels que Bède, ne saurait ètre un témoignagne suffisant pour établir leur authenticité (3).

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