Elle est directement appelée Somnium
2. Il n'est pas ainsi nommé, il est vrai; mais ce qui suit le désigne assez clairement comme tel. Tels sont, par exemple, les v. 448 sq. : k Dum putas Deo similis | Per superbiam fieri | Et de claro archangelo | Factus es niger Aethiops. »
l'église et court à sa cellule ; mais le diable l'y suit. Il se lient là, devant son lit, « avec ses dents noires, ses cheveux en désordre, ses yeux saignants, ses pieds d'éléphant, ses serres de lion et sa peau semblable à celle d'une chèvre noire » (v. 301 sq.) ; après lui avoir servi de guide, il demande maintenant à partager son lit. Le moine a la hardiesse de l'accepter pour compagnon. Les voilà donc couchés ensemble et devisant de concert. Le moine lui demande pourquoi le Christ est allé aux enfers, et pourquoi il en a retiré les âmes pécheresses. Le démon lui répond que ce sont les prêtres, les moines et les religieuses qui en sont la cause ; de Pâques à Pâques, dit-il, ils ne cessent pas d'intercéder auprès du Christ, au moyen de messes, en faveur des âmes en peine, et de faire des aumônes pour leur salut. C'est ainsi que chaque année^ à Pâques, le Sauveur arrache ces âmes à l'enfer (v. 377 sq.) ; mais du moins il aime assez la justice pour y laisser les pires des pécheurs (v. 382 sq.) ; — Eh bien ! pourquoi ne te repens-tu pas de tes fautes, pour retrouver, à force d'humilité, la dignité que t'a fait perdre ton orgueil, demande encore le moine au démon (v, 400 sq.) ? Le diable lui répond avec colère que l'humanité a déjà pris la succession des démons et que celui qui aurait dû être leur serviteur, est leur maître. — C'est ainsi que le moine et Satan se disputent jusqu'à l'heure de Matines. Le démon cherche même à lui faire manquer l'heure de la prière : mais le moine le maudit et — s'éveille.
Ce poème n'offre rien d'important au point de vue de l'exécution, bien que le scolastique ait cherché à l'agrémenter de quelques réminiscences de Virgile et d'Horace; toutefois, le contenu est remarquable, comme on le voit, par plus d'un trait original.
Mentionnons enfin, dans cette période, un poème qui n'a point, il est vrai^ un caractère populaire, et qui, bien qu'adressé à Dieu, n'a cependant rien non plus d'ecclésiastique. C'est un panégirique, enforme d'ode, enl'honneur de Adelhard, évêque de Vérone (1). Le poète y demande à Dieu sa conserva-
1. Gesta Berengarii, éd. Diimmler (v. plus haut, p. 138, remarque 4) dans l'appendice, p. 134 sq. Cf. p. 61 sq.
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tion, à une époque où lia ville de Vérone a éprouvé de nombreuses pertes, et, récemment surtout, celle du comteWalfrul, protecteur de la cité. Il est composé de vingt strophes sapliiques. L'emploi habile de ce mètre prouve la culture grammaticale de l'auteur, qui, h n'en point douter, était un Italien et probablement même un moine (1) de Vérone. Il y loue surtout la piété de l'évoque, son amour pour les pauvres, sa simphcité(2), vertu qui semble n'avoir pas été alors très commune dans le haut clergé de l'Italie.
La poésie lyrique populaire de cette période est encore représentée par deux lieds en deux langues nationales, et ces lieds sont les seuls poèmes que nous possédions de ces nations pendant cette période ; l'un est allemand, l'autre est français, et ce dernier est de plus l'ouvrage le plus ancien qui nous soit parvenu dans la langue de la France du Nord. Le lied allemand se rattache aux rythmes populaires latins de cette période et de la période précédente; on y chante des événements journaliers et importants, afin de les transmettre soit aux contemporains eux-mêmes, soit à la postérité, pour exciter son intérêt, comme cela a lieu par exemple pour l'élégie sur la mort de Fulcon(3). Le « Ludwigsiied » — c'est ainsi qu'on a nommé ce poème épico-lyrique allemand — olîre encore une plus grande parenté avec le plus ancien ouvrage de ce genre qui soit parvenu jusqu'à nous, je veux dire, avec le chant de triomphe en l'honneur de la victoire de Pépin sur les Avares (4).
Le Ludwigslied[^) est écrit dans le même mètre que la Sama-
1. C'est ce que semble dire le strophe 6, où il n'est question que du clergé
régulier.
2. Absit ut tanto placeant patrono Aureus fulgor Japidumque vigor, Purpurae pallor variusque color
Ludificantes. v. 52 sq.
3. Quant à ces poèmes, je partage la manière de voir de Scherer. Geschichte der deutschen Literatur, p. 60.