‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 118 sur 311 · V. Vol. II, p. 86 sq · texte numérisé non relu

V. Vol. II, p. 86 sq

5. EInonensia, Monuments de la langue romane et de la langue tudesgue du ixe siècle, découverts par Hoffmann de Fallersieben et publiés avec une traduction et des remarques par Willems. 2« éd., Gand, 1845. - Mullenhoiï und Sherer, Denkmäler, n« XI; — Braune, Lesebuch, n° XXXVI.

ritaine\ il comprend cinquante-neuf lignes longues^ et, dans Tun comme dans l'autre, on trouve des strophes de trois lignes, à côté de strophes de deux lignes. L'auteur y célèbre la victoire du jeune roi Louis III, fils de Louis le Bègue, sur les Normands, à Saucourt, en 881 ; il fut composé du vivant même du roi, qui mourut en 882. Le poète était apparemment un clerc (1), car ce poème a un caractère ecclésiastique prononcé et bien autrement manifeste que le lied de Pépin^ mentionné ci-dessus.

Le roi, est-il dit dès le début, privé de son père dans son enfance — il n'avait en effet que quinze ans à la mort de son père, — trouva une compensation dans le (c Seigneur » luimême qui fut son précepteur : il fît de lui un homme de valeur, lui donna une suite splendide et le trône de France^ qu'il partagea avec son frère Carloman. Mais, dans la suite, Dieu résolut de l'éprouver : il fit venir les païens d'au-delà de la mer pour rappeler ses fautes au peuple franc. Plusieurs firent pénitence et devinrent meilleurs, d'autres marchèrent à leur perte. Le roi était loin du théâtre de ces événements (2), mais Dieu lui ordonna d'aller au secours de son peuple. Louis obéit aussitôt et consola ses compagnons de guerre qui attendaient son arrivée. « C'est Dieu lui-même qui m'envoie, leur dit-il; que tous ceux qui espèrent en lui me suivent ». Aux braves, il promet une récompense; puis, entonnant un chant pieux, il marche contre l'ennemi. — Le poète esquisse le combat avec brièveté, mais en termes énergiques, et il termine sa description par ces mots : « Le roi versa à ses ennemis un hydromel plein d'amertume. Malheur à leur vie! Loué soit le bras de Dieu, et grâces soient rendues à tous les Saints. Vive Louis, le roi victorieux! Que Dieu lui soit propice dans l'avenir!

1. Ce poème a été trouvé dans le monastère de Saint-Amand, et l'on a supposé, mais sans preuves suffisantes, qu'il avait été composé et écrit par Hucbald; toutefois, l'auteur semble bien être un moine de ce monastère, qui se trouvait dans les Etats de Louis III.

2. Voir, sous ce rapport, comme aussi en général pour les points historiques mentionnés ici, Diimmlers Mittheilungen, dans MüUenhofT und Scherber's Ausg., p. 301 sq«

[179-180.] SÉQUENCE DE SAIME E[JLALIE |!||

C'est ainsi que la victoire de Louis est donnée comme l'œuvre de Dieu seul, et celte victoire, c'est ce roi, prévenu par la grâce divine, qui la remporta. Dans plusieurs traits isolés, ce poème ressemble au lied de Pépin. Ici aussi nous trouvons l'intervention directe de Dieu qui envoie saint Pierre au secours de Pépin. Ce dernier est, lui aussi, armé de la VL'rlu divine (1); Dieu donne la victoire à Pépin et le fait triompher des païens (2). Le poète termine également par un «Vivat, vivat rex Pippinus! » et ce cri correspond au « Wolar ahur llludvig Kuning wigsâlig ». Dans les deux poèmes, on reirouve la vie dramatique des romances postérieures : de là, les discours insérés çà et là. Ce qui est digne de remarque, c'est que le poète du Ludwigslied, dans la peinture courte mais magnifique du combat, jette le froc pour entonner, en vrai Germain qu'il est, un chant populaire (8).

Le lied français (4), écrit de la même main et contenu dans le même manuscrit, a un carractère tout autre, à savoir, un caractère purement religieux. C'est une Séquence composée en l'honneur de sainte Eulalie. Elle n'a pas partout, il est vrai, la perfection de celles de Notker, et, à deux reprises, elle pèche contre la règle posée par Ison, qui veut qu'à chaque note ne réponde qu'une seule syllabe. Mais les séquences de l'antiphonaire de Jumièges, qui servirent de modèle à Notker, ne laissaient-elles rien à désirer sous ce rapport (5) ? La séquence de sainte Eulalie se compose de quatorze versets de deux vers, dont

1. « Rex accinctus Dei virtute )> (str. 5, v. 1) correspond à « Gab her imo dugidi » (v. 5).

2. 0 Victoriam donaviL (Deus) de paganis gentibiis » (str. 1.3, v. 3).

3. Il y a là des traits vraiment beaux ; tel est celui du début de la description :

Sang was gisungan, Wîg was bigunnan, Bluot skein in wangôn : Spilôdon ther Vrankôn.

4. Elnonensia {Y . ci-dessus, p. 189, rem. 5). — Altromanische Sprachdenkmale^ berichtigt und erklärt von Diez , Bonn 1846. — Les plus anciens monuments de la langue française, herausgeg. von Koschwitz. 3^ éd. Heilbronn, 1884. — Photographic, dans VAlbum de la Société des anciens textes français. PI. 2. Paris 1875. — Bartsch, Die latein. Sequenzen, etc., p. 166 sq. — Suchier, Zur melrik der Eulalia-Sequenz, dans ïlahrbuch fur roman, und engl. Literatur, Vol. XIII.

5. V. p. 146. C'est ce qu'on a toujours trop peu remarqué, en jugeant la forme métrique du poème.

192 LITTÉRÂTCRE FRANÇAISE [180-181.]

la dimension est de dix à treize syllabes, plus d'une ligne courte qui forme la fin de ce lied. Les versets sont tous reliés par une rime masculine, laquelle, en règle générale, se réduit à une simple assonance. En outre, et comme règle générale, les deux vers des versets se correspondent aussi pour le rythme; dans la composition musicale, cette correspondance ne peut naturellement pas faire défaut. Cela a lieu surtout pour la fin.

Voici le contenu de cette cantilène, dans sa traduction presque littérale ; « Une bonne vierge fut Eulalie ; beau corps avait et plus belle àme. Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu, voulurent la faire le diable servir. Elle n'écouta pas les mauvais conseillers, ne renia pas le Dieu qui habite au ciel, ni pour or^ ni pour argent, ni pour parures, ni pour menaces, ni pour caresses (1), ni pour prières. Aucune chose ne la put jamais plier, la jeune fille resta toujours fidèle au service de Dieu. C'est pourquoi elle fut conduite devant Maximien, qui régnait dans ces temps sur les païens. Il l'exhorte — chose dont elle ne se soucie — à renoncer au nom chrétien. C'est là qu'elle puise justement sa force : elle aimerait mieux souffrir toute peine que de sacrifier sa virginité; pour cela elle mourut en grand honneur. Alors, dans le feu ils la jetèrent, pour qu'elle brûlât tôt. Elle, aucune faute n'avait; c'est pourquoi elle ne se brûla pas. A cela ne voulut pas croire le roi des païens; avec une épée, il ordonna de lui trancher le chef. La damoiselle à cette chose point ne s'oppose; elle veut bien quitter le siècle, si le Christ l'ordonne. Sous forme de colombe, elle s'envole au ciel. Tous demandons que pour nous elle daigne prier, que de nous le Christ ait pitié après la mort, et nous laisse venir à lui par sa clémence. » (

Cette légende se distingue essentiellement de celle de sainte Eulalie de Mériada, qu'a chantée Prudence (2), comme de celle de sainte Eulalie de Barcelone, quoique la légende de cette dernière soit presque identique à la première : dans toutes deux, la sainte se présente d'elle-même devant le tribunal du

1. Je suis Diez dans l'interprétation de regiel, vu que je ne saurais admettre l'explication de Suchier ni celle de Stengel.

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