V. Vol. I, p
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juge, après avoir quille en secret, pour cela, la maison palernelle afin de courir au martyre. Dans notre poème au contraire, rinitiativedu martyre ne vient pas de la saiulc; on l'emmène, et cela non devant un juge, mais devant Tempereur Maximien lui-même. La scène se passe donc à Home; Eulalie ne; meurt pas par les flammes, comme riiéroïne des deux autres légendes (1); le feu ne peut rien sur elle, et il faut lui Irancher la tête. On trouve, dans les trois légendes, le même trait, rempli de poésie et de beauté : l'âme de la sainte s'envole au ciel sous la forme d'une colombe. Par conlre, un autre trait bien poétique, à savoir que Dieu envoie de la neige pour couvrir les membres pudiques de la sainte, manque dans notre cantilène, tandis qu'il existe dans les deux autres légendes.
Il n'est pas douteux que, dans notre séquence, le récit du martyre repose sur ime version spéciale et légendaire : il n'est pas l'œuvre de l'imagination de l'auteur. D'une part, en effet, le poème a déjà, comme séquence, un caractère éminemment ecclésiastique; et de l'autre, on trouve déjà, dans le martyrologe de Bède, la donnée de la mort par le glaive (2) ; quelques martyrologes font aussi mention d'une Eulalie martyrisée à Rome de la même manière (à la date du 11 décembre). Mais ce qui ne me semble pas moins hors de doute, c'est que la version légendaire de notre séquence repose sur la légende de sainte Eulalie de Mérida, et en particulier sur le poème de Prudence (3).
1. Ici, il est vrai, la mort ne tarde pas à arriver; après quoi, les flammes s'éteignent.
2. Sous la date du 10 décembre, jour de la mort d'Eulalie de Mérida dont Bède fait ici Eulalie de Barcelone, qu'il ne mentionne pas au jour de sa mort (12 février). V. Bède, 0pp., ed Giles, t. IV, p. 164.
3. C'est ainsi que le vers 111 de l'hymne de Prudence : «Non movet aurea pompa tori », peut avoir provoqué les v. 7 et sq. de la séquence : « JSe por oi\ » etc., comme aussi au v. 17: « Qu'elle perdesse sa virginitct. » Toutefois, point n'est besoin d'admettre une intluence directe de l'hymne, mais bien plutôt une influence exercée par la source où puisait le poète de la séquence, source qui avait déjà elle-même reçu celte influence. Si lùdalie ne brûle point, — et c'est là ce qui amène sa mort par le glaive — il faut en chercher la cause dans les actes d'Eulalie de Barcelone où il est dit : « Praeses autem fremens cum ira jussit mililibus faculus ardentes lateribus ejus applicare, etc. Tune illa laeta cum exultalione magna voce psahnum Domino dicebat. « Ecce Deus adjuvatme, » etc. Et coepit flamma in ministres
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Dans le mémo missel, mais ccrile d'une aulre main, on trouve aussi une séquence latine avant la séquence française; elle est encore à la gloire d'une sainte Eulalie; mais ici c'est bien celle de Mérida ; Fauteur s'appuie sur Prudence, à l'hymne duquel il emprunte même deuxvers(l). Aussi, dans la séquence latine, trouve-t-on, au début et à la fin, quelques vers ayant le même rythme que les trimètres dactyliques hypercatalectiques de l'hymne. Cette séquence latine a servi probablement de modèle à la séquence française sous le rapport de la composition musicale; mais la cantilène française la suit librement, de sorte que la composition est loin d'être la même partout (2).
De la même époque, et probablement de la fin du ix^ siècle^ nous possédons, dans une autre langue romane, quelques vers qui servent de refrain à un chant ecclésiastique latin (3) ; ils forment le plus ancien monument de la littérature provençale, et apparaissent comme les précurseurs remarquables d'un genre à part de la poésie de cour de cette littérature; j'ai nommé Y Alba. L'hymne latin est un chant du matin (4); il débute par cette strophe : « Tandis que la brillante clarté de Phébus n'est pas encore levée, l'aurore répand sur le monde une faible lumière; le « veilleur » (spiculator) crie aux paresseux : levezvous ». — Vient ensuite le refrain provençal : l'aube (Talha) arrive sur la mer humide ; le soleil la suivra bientôt ; les ténèbres vont disparaître.
L'hymne met ensuite en garde, contre les embûches des ennemis, les personnes nonchalantes qui sont plongées dans le sommeil et que le « héraut » ^praeco, seil, dieij invite à se lever; tel qu'il nous est parvenu, il se termine par une troisième
converti. Quod videns S. Eulalia... oravit : «Jubé me jam suscipi inter electos tuos, » etc. Compléta vero oraLione sua, mox extinctae suntfaculae, »etc. Y.Eqjaiia sagrada. Madrid, 1775, T. XXIX, p. 373 sq. D'après cela, il pouvait paraître douteux si la sainte brûla, et plus encore si, par suite de cela, elle rendit l'esprit.