‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 121 sur 311 · HAGIOGRAPHIES. VIES DE SAINTS EN VERS ET EN PROSE · texte numérisé non relu

HAGIOGRAPHIES. VIES DE SAINTS EN VERS ET EN PROSE

L'hagiographie peut nous servir de transition pour passer de la poésie à la prose, vu qu'elle se manifeste sous l'une et

1. Vouloir trouver dans ce poème latin l'essai fait par un savant de traduire en latin un poème écrit en pro\'ençal (V. Zeilschr. /". rorn. PhiloL, IX, p. 407) est une de ces Fantaisies qui n'ont pas besoin d'élre réfutées pour quiconque connaît la littérature du moyen âge.

2. V. Vol. I, p. 176. D'autres passages du poème rappellent également cette hymne célèbre {Aeterne rerum conditor); ils ne rappellent pas moins, même dans l'expression, l'hymne de Prudence : « A/cs dici 7iuntius ».

3. Ce sont, dans Prudence, vagantes dacmonas\ L. c, v. 37. Cf. vol. I, p. 247.

4. Tels que nous les avons rencontrés dans la poésie profane rythmi(jue, par exemple dans la chanson satyrique contre l'abbé d'Angers (\^ vol. II, p. 324), avec cette différence que, là, les vers sont réunis en strophes de quatre lignes. Mais on y trouve également un refrain.

5. 11 faut y admettre ou bien deux vers, le premier allant jusqu'à poi/paSt ou bien trois vers, le deuxième allant jusqu'à a^ras; et c'est cette manière de voir de Laistner que j'adopte.

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l'autre forme; dans celle période intermédiaire et de courte durée, elle fut assidûment exploitée, car le culte des saints était toujours dans tout son développement, ainsi que nous l'a montré la poésie lyrique ecclésiastique. C'est dans ce domaine de la littérature qu'un des ecclésiastiques les plus instruits de la Germanie déploya un activité remarquable : j'ai nommé Radbod, évêque d'Utrecht,

Radbod (1) était de noble lignée : il descendait, par sa mère, d'un ancien prince Frison du même nom, et c'est d'après lui que sa mère Tavait ainsi nommé. I>ès sa plus tendre jeunesse, il fit paraître, dit-on, des dispositions pour l'état ecclésiastique; on donna à son nom lui-même une explication dans ce sens (2). De bonne heure il fut initié aux études, d'abord par son oncle Gunthar, archevêque de Cologne, et, après sa déposition (863;, par le savant Mannon, à l'école de la cour de France, sous le règne de Charles le Chauve et de son fils Louis 11(3). Ces études donnèrent à Radbod des connaissances de grammaire et de métrique rares pour ce temps-là, ainsi qu'en font foi ses ouvrages latins soit en vers, soit en prose. L'érudition qui le distinguait ne fut assurément pas étrangère à son élévation sur le siège épiscopal d'Utrecht, qui était devenu vacant (899). Après que les Normands eurent dévasté cette ville, il transféra sa résidence à Deventer, où il mourut en 917.

Adonné corps et âme à ses fonctions épiscopales et menant une vie ascétique, Radbod dédaigna de prendre part aux

1. Opera, ed. Migne, Patrol. lat., T. CXXXII. — Histoire littér. de la France^ t. YI, p. 158 sq. — Dümmler, ^^ A., p. 549 sq. — VVattenbach, Deutschl. Geschichtsquellen, 5*^ éd., vol. I, p. 349 sq. — Vita, dans les Acta SS. ord. S. Bened., T. YII, p. 25 (Praef. iMab.).

2. « Nomen ejus myslerio non vacat, quod consilii nuncium latine possis reddere : a Christo enim miltendus erat optimi consilii legatus ad Frisios ». Vita S. Radbodi, c. i.

3. Il était donc encore à l'école après l'année 877, date de la mort de Charles le Chauve. Comme Louis mourut en 879 — et Mannon en 880, — il quitta l'école au plus lard en 879; il le fit mêm.e probablement plus tôt, vu qu'on lit, au chapitre m de sa Vie : « Postquam autem Carolus, sub quo adolescentiae annosexegit, e vila decessit, suos volensinvisere, Lomaganium adiit. » Ce qui donne de l'importance à cette date, c'est que l'année de la naissance de Radbod ne nous a pas été transmise.

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affaires séculières. Mais, dans ses moments de loisir(l), il cultiva la poésie, et même la poésie profane. Nous avons de lui un poème profane qui est bien plus attrayant que ses poèmes religieux et qui nous fournit le meilleur témoignage de son talent poétique. On ne pourrait guère en effet trouver, dans cette période, un autre poème latin qui mérite de luièlre comparé. Il se compose de vingt-deux distiques et a pour titre : Versus de hirimdine[2). Dès le début, le poète prête la parole à l'birondelle qui fait une peinture d'elle-même et de sa vie; à la fin, elle avertit l'homme de se comparer à elle pour apprendre à estimer Texcellence de sa nature douée de raison. Ce poème se distingue par un style sans fard, des expressions pleines de fraîcheur et une observation sentimentale de l;i nature.

Quant aux ouvrages religieux de Radbod, ils sont tous consacrés à la glorification des saints. C'est ainsi qu'il a composé des « Antiennes » en l'honneur de saint Martin 3), qu'il vénérait surtout comme son patron (4); c'est ainsi encore que nous avons de lui un Carmen allegoricum, eu l'honneur de saint Suitbert et une Ecloga pro sancto Lebiiino, Le premier se compose de quarante-quatre distiques et ne doit apparemment son titre qu'à ses nombreuses expressions figurées : le saint y est célébré dès le début comme une « nouvelle lumière » qui a illuminé les Angles et les Francs^, et qui a fertilisé les champs de la Saxe et de la Frise. C'est de la même manière que, dans la suite, il célèbre le Christ, en le comparant au soleil . Pour le reste, c'est partout un éloge général, sans couleur individuelle, du hardi et enthousiaste missionnaire; l'auteur y parle de Suitbert, fondateur de Kaiserswerth^ qui était anglo-

1. Il dit lui-même, dans l'églogue de saint Lebuin : a Sed refert, quid quisque canat : nos otia foeda j In melius mutasse rati, etc. ».

2. Edités par Diimmler dans la Zeitschr. /". dcuhch. Allerlh., xT. P., vol. 7, p. 388 sq.

3. Pour ce qui est spécialement de la victoire remportée sur les Normands en 903, grâce à ses reliques, voir plus loin. Les Antiennes sont éditées par MoU, Kerkhistor. Archief., III, p. 213 sq.

4. Il a composé aussi, en son honneur, une Oratio en cinq distiques épanaleptiques, dans lesquels il invoque son secours pour l'heure de sa mort. On la trouve dans les Monum. Germ. hist. scriptoreSy T. Il, p. 218.

saxon et qui prêcha l'Evangile aux Frisons en même temps que ^Yillib^ord, fondateur de Févêché d'Utrecht. Dans ce poème, il y a deux traits remarquables : l'emploi de la mythologie antique, comme ornement poétique ; et une terminologie si détaillée d'expressions musicales, qu'on doit supposer aussi que l'auteur, qui était un érudit de premier ordre, possédait des connaissances spéciales dans la science de la musique (1).

L' « Ecloga )) comprend quatre-vingt-deux hexamètres. Ce poème est ainsi intitulé parce que dans sa modestie, Tauteur^, cherchant à en motiver la fin, donne à sa muse le nom de rustique; il ajoute qu'elle ne doit pas trop longtemps offenser les oreilles savantes. Au reste, ici encore^ le poète, en faisant l'éloge du saint, manque d'individualité; la seule exception, c'est l'explication qu'il nous donne du nom saxon Liafwin^ dont dérive le latin Lebuinus, et qu'il explique par cariis amiciis. Ce poème se distingue également par l'emploi du style figuré; le début, où le poète nous fait une peinture pleine de vie de l'arrivée du missionnaire (2) sur les bords du Rhin, après une traversée orageuse, est admirablement réussi. On peut y reconnaître Télève de Virgile, et cet élève s'y montre avec un talent réellement poétique. Lebuin faisait partie, lui aussi, du collège des Pères de l'église d'Utrecht.

La prose religieuse de Radbod s'harmonise avec sa poésie : elle consiste en des sermons pour la fête des Saints, même pour les deux que nous venons de nommer, qu'il avait célébrés en vers, et qui avaient bien mérité de son église. Dans le sermon de saint Suitbert, il le propose comme modèle, à cette fin de prouver qu'il ne faut pas écouter seulement les préceptes de la religion, mais qu'il faut surtout y conformer ses actions, notamment avant de vouloir les enseigner soi-même. Quant à Ja vie du saint elle-même, Radbod avoue n'en pouvoir rien dire de plus que ce que Rède, qu'il cite textuellement, nous en apprend (3). Aussi nous esquisse-t-il, dans un style riche de métaphores et de comparaisons^ le portrait idéal d'un évêque,

1. C'est ce qu'a déjà fait remarquer l'Histoire W.tc'mire {l. c, p. 162). ?. Nous en pnrlerons qnnn'J nous traiterons de sa vie, écrite par HucbaM.

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