‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 122 sur 311 · Ifi^fnrii cccles., I. V, c. ii · texte numérisé non relu

Ifi^fnrii cccles., I. V, c. ii

[i87.] HADHOl) \\)i)

qu'il donne comme le portrait de Suilberl. Dans Taulro homélie, l'aïUeur vante l'intrépidité de saint Lebuin ; saint \ViJlibrord, confesseur, et saint Boniface, martyr, lui ont servi de modèle; quant à l'histoire de sa vie, il n'en dit rien de particulier : il renvoie plutôt à sa légende. On trouve ici la même pompe de style (1). Un troisième sermon, qui nous a encore été conservé, en l'honneur de sainte Ama]l)ergue, a un tout autre caractère. La vie de la sainte en forme le fonds. D'une naissance illustre et d'une beauté remarquable, Amalberga (f 772), après la mort de ses parents, menait une vie ascétique, avec son fr^re, sur les terres dont elle avait hérité aux bords de l'Escaut. Elle donnait aux pauvres de riches aumônes. La réputation de sa beauté éveilla chez Charlemagne le désir de Tépouser, mais elle repoussa sa demande; elle fit plus, elle se réfugia dans un oratoire pour échapper à son approche; elle était là comme clouée au sol, de sorte que le roi, en voulant l'emmener de vive force, lui cassa un bras. — Elle voulait rester fidèle à Jésus, son fiancé. Ce sermon se termine par une apostrophe dithyrambique à la sainte; mais le style en est généralement simple, en sorte qu'il nous donne un beau témoignag-e de l'éloquence religieuse de Radbod.

Mentionnons encore un autre de ses sermons, à cause de l'importance qu'il a pour l'histoire de son temps (2). Il y célèbre la victoire que les reliques de saint Martin remportèrent sur les Danois qui, en 903, se jetèrent impétueusement sur la ville de Tours. A l'aspect du reliquaire, les païens furent saisis d'un tel effroi qu'ils perdirent la tète, et, chancelant comme des hommes ivres, ils furent mis à mort par les chrétiens qui

1. Il vaut la peine de citer un passage où il parle de Piaule, car ce passage montre que l'auteur ignorait complètement ce poète : « Quoniam bona, quae de ipso (Lebuino) dici queant, ullro seofferunt, quae si quis exponenda praesumeret, Tullianae Plautinaeve eloquentiae floribus indigeret. >>

2. « Libellus cujusdam episcopi Trajectensi? de quodam S. Martini mir.iculo », dans le Supiuément aux Chroniques de Touraine, par A. Salmon. Tours, 1856 (publié par la Société arcbéologique de Touraine). — Ce pelit livre est donné sous la forme de sermon (sermo), et probablement le contenu fut d'abord prêché en chaire sous la forme d'un sermon. V., à ce sujet, Mabille, Les invasions normandes dans la Loire et les jnh'égrinations du corps de saint Martin, dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes, O-^ série, t. V, p. 149 sq.

marchaient contre eux. Radbod est tellement enthousiasmé de ce miracle, qu'il n'hésite pas à le comparer à celui que fit Josué en arrêtant le soleil. Du reste, en considération de la grande distance qu'il y a entre Tours et Utrecht, il abandonne à la critique des incrédules — et il est intéressant de voir qu'il comptait sur une telle critique — l'affolement des Danois et le nombre de neuf cents d'entre eux laissé morts, pour ne s'en tenir qu'à la victoire, qu'il déclare à l'abri de toute attaque (1).

Nous avions déjà remarqué que le savant Hucbald, de Saint- Amand, se distingua surtout dans ce domaine de l'hagiographie. Il ne nous est pas parvenu moins de quatre Vies écrites par lui (2). Quoiqu'elles soient destinées à l'édification du lecteur, on ne saurait cependant méconnaître que le sentiment et l'intérêt historique ont guidé l'auteur dans leur composition; cela a lieu surtout pour la Vie de sainte Rictrude et encore davantage pour la Vie de saint Lebuin. La première de ces Vies a été écrite, en 907, à la prière « des clercs et des religieuses » du monastère de Marchiennes, fondé par saint Amand, ainsi que le dit l'auteur dans une lettre adressée à Etienne, évoque de Liège. Ce monastère n'était, dès l'origine, destiné qu'aux moines, comme nous l'apprend la Yie elle-même (c. x); mais déjà, sous le premier abbé, Jonatus, élève de saint Amand, des religieuses y furent aussi « agrégées », et Rictrude se joignit à elles et le dota richement. Hucbald refusa d'abord d'obtempérer à la prière des clercs, sous prétexte qu'il manquait de renseignements historiques certains, vu que les sources écrites avaient été détruites lors de la dévastation du monastère par les Normands; mais le contenu en avait été conservé par la tradition.

1. Le passage mérite d'être cité dans ses traits principaux : « Omnes opusculi hujus lectores fraterna voce praemoneo, ne me idcirco contra fidem hisloriae fecisse calumnientur, quia quod incertum est eoordine digessi, quo famaid disséminante didiceram ; qua in redari mihi veniam obsecro » (p. 11), Il est dit (p. 12), par rapport à la démence (insania) des Danois et au nombre des morts: u Quae omnia nec affirmo nec abnego, sed scrutatoribus importunis inquirenda relinquo. » Ce passage, surtout relié au contexte, témoigne, chez l'auteur, de l'amour de la vérité historique et lui fait honneur.

2. Hucbaldi Op., dans Migne, Palrol. lat., T. CXXXII, p. 827 sq.

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L'auteur commence par nous faire le récit du baptême de Clovis et de son peuple, ainsi que celui de la diffusion de la domination des Francs (1) et du christianisme, laquelle, sous Dag-obert, s'étendit même au pays des Basques : à cette occasion, il parle en détail des relations de ce roi et de saint Amand, dont la Vie lui a fourni la plupart des matériaux (2). C'est dans la Gascogne, encore païenne en majeure partie à cette époque, que Rictrude, issue de parents illustres, avait vu le jour. La réunion de ce pays au royaume des Francs amena en Gascogne un jeune Belge, de noble lignée, nommé Adalbald; il y épousa la jeune Rictrude, qui se distinguait par la beauté, la richesse et la naissance, et qui lui offrit sa main malgré l'opposition de quelques-uns de ses proches parents (c. v). De ce mariage naquirent quatre enfants. Mais Adalbald fut tué par ces même parents, quand il revint plus tard dans la patrie de sa femme (c. vu). Sur le conseil de saint Amand, Rictrude résolut alors de se consacrer au service de Jésus- Christ. Mais le roi lui-même la pressa d'épouser un des seigneurs de son royaume. Conseillée par le saint, la pieuse veuve sut atteindre son but par une ruse. Elle invita le roi et ses grands à dîner; au milieu du festin, elle lui demanda s'il voulait bien lui permettre de faire, dans sa maison et devant lui, ce qu'elle désirerait. Soupçonnant une plaisanterie, le roi y consentit; alors, tirant de son sein le voile béni par l'évêque, Rictrude s'en enveloppa la tète (c. vni). Mais la sainte ne se contenta pas de se retirer dans le cloître; elle consacra au Seigneur ses trois filles, qui étaient encore dans leur plus tendre jeunesse : quant à son fils Marontus, l'aîné des quatre, qui était au service du roi, il suivit plus tard leur exemple, quoiqu'il fut déjà fiancé; il fut conseillé en cela, lui aussi, par saint Amand, ainsi que le dit Hucbald. Il devint abbé du monastère de Broil (c. xv) (3). C'est ainsi que les biens considé-

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