‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 123 sur 311 · V. Vol. I, p. 579, et cf. Vol. II, p. 278 sq · texte numérisé non relu

V. Vol. I, p. 579, et cf. Vol. II, p. 278 sq

3. Il exerça, pendant quelque temps, la charge de chancelier, car il est dit ici : « Et ut'clara editus prosapia, régis quoque praeclarus fulsit in aula, regia honoratus bulla, ulpote prudens notarius regalium praeceptorum conscribens edicta. »

rables de celle famille passèrent à l'Eglise. 11 est digne de remarque qu'une des filles de Rictrude devint, encore enfant, c'est-à-dire à l'âae de treize ans, abbesse d'un monastère et succéda, dans cette dignité, à une parente. La mère fit châtier terriblement cette abbesse par son propre frère qui était abbé (c. xviî), parce qu'elle ne voulait pas lui obéir, en sorte qu'on attribua dans la suite à cette punition son état maladif. Cette correction corporelle excita tant d'indignation^ même au temps de Hucbald, que l'auteur de cette Vie se voit obligé de diriger une violente diatribe contre les improbaleurs (1). — Rictrude mourut en 687^ dans sa soixante-quatorzième année.

Celte Vie nous ofTre quelques traits historiques qui ne manquent pas d'intérêt ; mais celle de saint Lébuin [2) a une toute autre importance. Elle est dédiée à Balderic, évèque d'ütrecht , et les contemporains de l'auteur en faisaient beaucoup de cas (3). Balderic ayant succédé à Radbod, en 918, on a, par là du moins, une date au-delà de laquelle on ne saurait faire remonter la composition de cette Vie. Ici encore, en adoptant un cadre plus vaste, Hucbald s'efforce de répondre aux exigences de l'histoire : il essaie toutefois de faire parade de son érudition théologique et de briller par une foule de citations empruntées aux différents livres de la Bible. Quant à la Vie elle-même, il a mis à profit, avec une constance digne d'éloges, les ouvrages les plus divers pour la composer.

Dès le début, prenant pour base les poèmes de Radbod sur Suidbert et Lébuin (4), il célèbre le saint comme une lumière de l'Occident et donne l'explication de son nom ; ensuite il

1. Ils allaient si loio, il est vrai, qu'ils osaient dire : « En quales isti dicunlur sancti! » (c. xviii)

2. Op. éd. 1. p. 875 sq. — En partie dans les Monum. Germon, hist., Scriptores II, p. 360 sq. — Rellberg, Kirchengesch. Deutsdilands, Vol. II, p. 405 sq. — Kentzler, Uher die Glaubicùrdigkeit der Vita Lebuini und die Vohksv er Sammlung der Sachsen zu Marklo, dans les Forschungen zur deutsch. Gesch., Vol. VI, p. 3i3 sq.

3. Ainsi que le montrent des lettres de clercs distingués, comme par exemple Odilon de Soissons, et même un panégyrique en distiques adressé à Baldric sur cette Vie, dont le style est comparé à celui de Cicéron. V. ces témoignages dans Migne, l. c, p. 875 et 628.

•4. V, ci-dessus, p. 185 sq.

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nous fait une peinture rapide de la Bretagne, sa pairie, et do sa conversion au christianisme ; il renvoie le lecteur à la Vie de samt Grégoire-le-Grand pour montrer que c'est de là que l'empire des Francs reçut de vrais apôtres, parmi lesquels se distingua Lébuin. —Adonné aux éludes libérales tout comme aux études sacrées, le jeune Lébuin demande à Dieu de lui envoyer la sagesse, qui lui apparaît en effet telle qu'elle a été dépeinte autrefois par un des amis (Boëce) de cette sagesse elle-même. Or, ici, celte « sapience » n'est autre que Jésus- Christ (c. 3). En nous apprenant ensuite comment Lébuin devint clerc et prêtre, Hucbald nous esquisse, pour mieux caractériser son héros, le portrait idéal d'un ecclésiastique. Ce n'est qu'au chapitre septième qu'il nous raconte son activité comme missionnaire. Lébuin se rend à Utrecht, « appelé de temps immémorial (^astrum Wiltenburg » auprès de Grégoire, élève de Boniface, qui y administrait l'évêché (1). Or, Grégoire assigne à Lébuin le pays de l'Yssel comme champ à défricher, et il lui donne pour compagnon Marcel lin, un élève de Willibrord. Hucbald ne peut résistera la tentation de nous dire quelque chose de ce dernier (c. ix). Comme missionnaire, Lébuin obtient d'excellents résultats : il bâtit deux églises, l'une à Wilpa, sur la rive ouest de l'Yssel, l'autre sur la rive est, à Deventer, où il fixe lui-même sa résidence. Mais une incursion des païens, rendus furieux par la diffusion du christianisme, détruit bientôt cette église par Tincendie et le force lui-même à prendre la fuite. Mais Lébuin, au lieu de se décourager^ se résout au contraire à aller au cœur du pays saxon encore païen pour y combaltre l'ennemi dans ses retranchements. Il se transporte en effet à la réunion annuelle de Marklo, près du Weser (2), où se rendaient des députés de toutes les contrées saxonnes, lesquels étaient choisis dans les trois états des « Edelingi », des « Frilingi » et des « Lassi ». D'après la coutume de leurs aïeux, on ouvrait cette diète en faisant aux dieux des serments et des sacrifices. Celait là

1. V., à son sujet, Vol. II, p. 107 sq. — La mention de Boniface amène ici l'auteur (c. viii) à enclaver un abrégé de sa vie.

2. Hucbald désigne l'endroit par ces mois : In mclia Saxonia. V., au sujet de sa situation, Abel, Karl 'hr Grossf, Vol. I, p. 96, note 5.

pour le saiat le signal qu'il attendait afin d'accomplir sa mission. La croix dans une main et la Bible dans l'autre, il fit un discours plein de feu devant les députés muets d'étonnement ; il lança l'anathème contre les faux dieux, prêcha le seul Dieu véritable, et termina par une menace en disant que le roi du ciel avait choisi le roi des Francs pour les punir par le fer et le feu, s'ils persévéraient dans leur erreur (c. xi sq.) — Furieux, les Saxons arrachaient déjà des pieux pour Fempaler, lorsqu'il fut sauvé par l'un d'eux qui fit valoir sa qualité d'ambassadeur, et d'ambassadeur de Dieu (1), en disant que, comme tel, il était inviolable. On le laissa donc partir sain et sauf (c. xiii). — Après avoir ainsi rendu hommage à Téloquence de Lébuin, Hucbald parle de sa mort et de sa sépulture dans Téglise de Deventer, laquelle avait été reconstruite par lui. Après sa mort, elle fut détruite une seconde fois. Dans la suite, Liudger, conduit par une vision, découvrit les restes du saint et bâtit une nouvelle église sur son tombeau : les miracles ne devaient pas y manquer dans la suite ; toutefois l'auteur n'en parle pas ici.

Cette vie d'un homme remarquable au point de vue de l'histoire repose sur des études historiques variées et profondes pour cette époque (2), et s'élève bien au-dessus des autres vies de saints, et même au-dessus des deux autres que Hucbald a encore composées. L'une, la Vita S. A/degundis, n'est qu'une retouche d'une ancienne vie de la sainte, écrite par un contemporain de la fondatrice du monastère de Maubeuge : Hucbald remania cette Yie à la prière des religieuses de ce monastère (3). Cette sainte, de royale extraction, naquit à Hennegau vers Tan 630. Dès sa jeunesse elle avait des visions.

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