‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 128 sur 311 · Voir, en têbî du 1" volume, la fin de ï Avant-propos · texte numérisé non relu

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bridé pour racheter une chrétienne ? On le vit aussi ne pas hésiter à employer les vases sacrés comme moyen de rançon. Son âme était aussi sensible que son caractère était ferme. Dans ses actions, il aimait à suivre les inspirations d'Ansgar, qui lui apparaissait (c. xix). On racontait aussi des miracles de lui, mais en faisant remarquer qu'on ne veut plus y ajouter foi (c. xx) (1). Tourmenté par la g"outte dans ses vieux jours, il obtint un coadjuteur en la personne d'Adalgar, qui lui succéda. Rimbert fut enseveli à côté de Willehad, devant l'église^ à Brème, et l'on bâtit une chapelle sur son tombeau. Citons aussi, comme intéressante au point de vue de l'histoire de la civilisation, la Vie d'un ascète irlandais qui termina son existence d^aventures^ comme reclus, dans un monastère allemand : j'ai nommé saint Findanus. 11 mourut à Rheinau en 878. Sa Vie (2) a été écrite par un compatriote, vraisemblablement un Irlandais comme lui (3). Findan était le fils d'un noble vassal (miles) de la province nommée Lagenia. Par suite des incursions des Normands qui pillaient tout, et des discordes intérieures des Irlandais eux-mêmes, sa famille eut à subir beaucoup de revers : dans ceux-ci, l'on voit, comme dans un miroir, la misère générale du pays. D'abord une sœur de Findan fut enlevée, avec d'autres femmes, par les Nor-

1. a Set quia nostris temporibus, ut dicit Psalmista, defecit sanctus et diminiitae sunt veritales a filiis hominura, nec facile accipitur, quemquam ex modernis viris talia fecisse ».

2. Vita S. Findani, confessons, dans Mone : Quellensammlungen der badischen Landesgeschichte, Vol. I. Karlsruhe, 1848, p. 54 sq. — Reitberg, Kirchengeschichte Deutschlands, Vol. II, p. 125 sq.

3. L'auteur est un contemporain : c'est ce qui résulte déjà de la fin du premier chapitre, et plus encore de celle du dix-septième qui contient une communication à lui faite par Findau lui-même. D'autre part, ce contemporain est un Irlandais; il est permis de le conclure de ce que quelques discours du saint sont cités en langue irlandaise (c. xi, xiv, xviii, xix), et surtout de ce que nulle traduction n'était ajoutée à l'original. Par contre, je ne saurais admettre, avec Mone (introduction), que l'auteur soit venu à Rheinau comme compagnon de Findau, car il n'a presque rien à nous communiquer du voyage de Findau à Rome, ni de Rome même. Il me semble même douteux qu'il ait été moine du monastère de Rheinau. Aurait-il dit, par exemple, dans ce cas (c. xii) : « Cum permissu sui abbalis? » J'incline aussi peu à considérer, avec Rettberg et Wattenbach, cette biographie comme fabuleuse; car, au milieu des exagérations celtiques, il est pourtant facile de reconnaître un fond de vérité.

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mands qui ravageaient les côtes ; Findaii so leiidil auprès d'eux, pour la racheter, mais ils le firent prisonnier lui-même, et ce ne fut qu'après avoir tenu conseil qu'on le remit en liberté (c. ii sq.). Pendant ce temps s'élève une dispute entre son prince et un prince voisin, et le père de Findan tue un homme du parti opposé ; les ennemis fondent sur sa maison et l'assassinent. Findan parvient à s'échapper lui-même; on lui donne de l'argent comme prix du sang, et la paix est rétablie. Les ennemis toutefois craignent la vengeance du fils : ils l'invitent à un festin qu'on donne sur la côte, pour le livrer aux mains des Normands, et on le vend en effet à l'un d'entre eux qui retourne dans sa patrie.

Mais lorsque le navire aborde à une des Orcades pour y attendre un vent favorable , Findan trouve l'occasion de s'échapper; pendant quelque temps, il se cache dans une caverne et, après s'être consacré à üieu corps et àmo dans une prière fervente et avoir fait vœu d'accomplir le pèlerinage de Rome, il réussit à atteindre à la nage le continent (c. vui). Une fois sur la terre ferme, il rencontre, après quelques jours de marche, des g-ens qui le conduisent à l'évêque : celui-ci, ayant fait ses études en Irlande, comprenait suffisamment le langage de Findan (1). Après avoir séjourné deux ans chez lui, il part avec quelques compagnons, traverse la France, l'Allemagne, la Lombardie et arrive à Rome (2). A son retour, il resta à Rheinau où, avec un noble allemand, il se livre à des exercices spirituels ; puis il entre au monastère. Il s'y livre tout entier à l'ascétisme et fait les jeûnes les plus extraordinaires. L'irritation des nerfs qui s'en suit se manifeste dans des visions, et principalement par des apparitions du démon (3). — Il est encore digne de remarque de voir que

1. C. IX. Il résulte tle là que les Irlandais ne s'étaient pas alors établis à la pointe nord de l'Ecosse actuelle, et que les Piclcs en lormaient probablement la population.

2. C'est tout ce que nons apprenons de ce pèlerinage de Rome.

3. La description qu'il nous donne du démon, au chapitre \iii, ne manque pas d'intérêt : « Accidit ut... daemonem in similitudine hominis cujusdam mirae magnitudinis, ore aperto, linguaque emissa, manibus expansis, ocuhs minacibus videret... »

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Findan, avant d'cnlrer en religion, jDorter lui-même à Albzell, lieu de leur destination, les reliques de saint Biaise qui étaient arrivées de Rome à Rheinau ; c'est de ces reliques que Albzell reçut plus tard son nom (c. xv sq.).

Une autre vie de saint : VitaS, Geraldi {[). composée par Odon de Cluny, a un caractère particulier. Le saint qui en fait le sujet appartenait en effet à l'état laïque : c'est le comte d'Aurillac, fondateur, au commencement du x^ siècle^ du monastère du même nom, qui acquit une certaine réputation au point de vue de la culture scientifique. Cette Vie est divisée en quatre livres et forme un ouvrage considérable; Odon y a donné tous ses soins, et, comme abbé d'Aurillac, il s'intéressait spécialement à son héros. La préface du premier livre, nous apprend que plusieurs contemporains avaient quelques doutes par rapport aux miracles du saint ; quelques-uns allaient jusqu'à déclarer que c'était là un ouvrage de l'imagination (phantasticum). Odon lui-même avait quelques doutes. Il fit, à cet effet, une enquête minutieuse à Aurillac, auprès de quatre élèves du comte, deux clercs et deux laïques de noble naissance; il les interrogea séparément pour voir s'ils ne se contrediraient pas. C'est ainsi, dit-il, qu'il a appris que la vie de Gerald était une vie pieuse, et qu'on doit croire qu'il a fait des miracles quoique le temps de l'antechrist approche et que, par conséquent, les miracles eussent du cesser (2). On ne doit pas en douter par le fait que c'était un laïque et un homme puissant. Les hommes puissants doivent le prendre pour modèle. C'est sur l'ordre de l'évêque Turpion et de l'abbé Aimon que Odon a écrit cette Vie; il Ta fait dans un style populaire [agvestis stihis), lequel convient mieux à l'humilité de son héros.

Le livre premier a pour objet de faire connaître les « actions extérieures » et la vie (( commune » et mondaine de Gerald (3).

1. Dans les œuvres d'Odon, /. ^\, p. 639 sq. (v. ci-dessus, p. 170, rem. 4). — * BihUotheca Clumacemh, éd. Marrier, p. 65 sq.

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