‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 129 sur 311 · Cf. aussi 1. II, c. x · texte numérisé non relu

Cf. aussi 1. II, c. x

3. « En qiiaedam de exterioribus geatis ejus et commun! conversatione digessimus )\ C'est ainsi que s'exprime l'auleur, en récapitulant le dernier chapitre de ce livre.

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Né à Aurillac, le comte Gerald descendait dune famille noble et riche, dans laquelle la religion et la piété passaient comme un héritage de père en fils. N'est-ce pas à cette famille qu'avait appartenu saint Césaire d'Arles? Après avoir terminé l'étude du « Psaltcrium > (1), et au moment où il allait se livrer aux exercices de la chevalerie, le jeune Gerald tomba malade pour longtemps; mais cette maladie, qui l'empochait de suivre le3 exercices chevaleresques, lui permettait de s'adonner à l'étude. On lui conseilla donc d'étudierassidùmeut, d'autant plus qu'on croyait qu'à cause de son état maladif il serait obligé de se consacrer à la carrière ecclésiastique. C'est ainsi qu'il apprit non seulement le chant, mais encore la grammaire. Toutefois, en grandissant, Gerald recouvra la santé ; il devint môme si vigoureux, que d'un bond il pouvait facilement sauter un cheval. Il resta donc dans le monde de la chevalerie; toutefois il consacra, pour son plaisir, maintes heures à s'occuper d'études littéraires, en sorte qu'il lut presque complètement la Sainte Ecriture et qu'il arriva à la posséder mieux que beaucoup de clercs lettrés (c. v). Odon caractérise ensuite son héros, qui a pris en main le g"ouvernement, en racontant plusieurs anecdotes, dont quelques-unes offrent un intérêt historique général. Il vante notamment sa modestie^ sa tempérance, sa chas* teté (2), sa simplicité (3), non moins que sa générosité envers les pauvres et sa douceur, qui pouvait même tourner en faiblesse : c'est ainsi qu'il reçut le surnom de « Bon » (c. xxxni). Les événements politiques du midi de la France, les troubles et les combats qui s'élevèrent à la suite des velléités des (( Marcgraves » (Marchiones) de soumettre à leur autorité les vassaux royaux (c. xxxu), atteignirent aussi Gerald. Plusieurs d'entre eux, et notamment le duc Guillaume d'Aquitaine, qui voulait lui donner sa sœur en mariage, lui proposèrent de se joindre au mouvement (c. xxxiv). Mais Odon parle de cesévé-

1. (( Decurso psalterio », par conséquent Jes premières éludes. C iv.

2. Une fois, le démon essaya de le séduire, et Gerald s'éprit d'une belle esclave (c. jx). Cette aventure" ne manque pas d'inlérêt, en ce sens (lu'elle jette un cerluin jour sur la position des seigneurs vis-à-vis de leurs serfs.

3. Jusque dans la toilette, car il dédaignait les nouvelles modes (c. xvi).

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nemenls politiques en n'en citant que quelques trails isolés, au lieu de les présenter d'une manière suivie.

Le livre deuxième est précédé, lui aussi, d'une préface qui a pour but, tout comme celle du premier livre, d'écarter les doutes relatifs à la sainteté de Gerald. Les incrédules disaient qu'il ne s'était abstenu ni de viande ni devin. — Dans le livre lui-même, Odon traite, ainsi qu'il l'a dit d'abord à la fin du livre précédent, des actions faites par Gerald^ après s'être consacré au « culte du service divin )>. — Il voulait embrasser la vie religieuse , mais un évêque de ses amis lui conseilla, dans l'intérêt de ses sujets, de rester dans le monde au moins pour la forme. Gerald chercha cependant à réaliser ses vues, autant que cela pouvait se faire sans se trahir (c. n sq.). Il coupa sa barbe et se fit une espèce de tonsure qu'il cacha sous des boucles de cheveux. Il chercha, même dans ses vêtements, à se rapprocher autant que faire se pouvait de la vie monas-" lique. Quand il montait à cheval, il faisait porter le glaive devant lui afin de n'avoir pas à le toucher. Il avait adopté ce changement dans son genre dévie, lorsqu'il fit le voyage de Rome pour donner ses biens (praedia) au Saint-Siège, ou plutôt pour fonder le monastère d'Aurillac (c. iv), qui fut soumis directement au pape. Mais le monastère une fois bâti au prix d'immenses difficultés, il fallut le peupler de religieux, et c'est là ce qui causait le plus de soucis à Gerald : à cet effet, il fit élever un certain nombre d'enfants nobles dans un autre monastère ; mais cette bonne intention ne fut pas couronnée de succès, car ces jeunes gens, n'ayant pas de maîtres, revinrent trop tôt, et l'indiscipline se mit parmi eux (c. vi). — Odon raconte ensuite dans ce livre les miracles (1) de Gerald, ceux notamment qu'il opéra, malgré lui, par la vertu de l'eau dans laquelle il s'était lavé, miracles qu'il prit longtemps lui-même pour des illusions (c. x) et auxquels il refusa de croire, ne voulant pas même que les autres y crussent jusqu'à ce qu'enfin.

1. Quoique Odon pour sa personne attache plus d'importancf^ aux œuvres pieuses de Gerald. Jes miracles qu'il rapporte, dit-il à la fin du livre (c. xxxiv), doivent satisfaire ceux qui a gloriam cuju^libet sancti non ex quantitate bonorum operum, sed ex numerositate metilintur signörum )>.

l^^ö.j vil A S. GKRALDI 0 1 .'{

à ce qu'il paraît, il se laissa éblouir par los croyauls(i). L'auteur parle ensuite en détail des pélerina-es du saint à Korne. dont il avait déjà dit un mot dans le premier livre (2). Ciérald ne s'est pas rendu moins de sept fois dans la Ville Éternelle, accompagné de toute une suite de clercs et avec une -raiulé pompe (c. XVI sq.). Chaque fois il signalait son passa «•(.''par ,!,. riches présents qu'il faisait, surtout aux monastères et aux pauvres. C'est ainsi qu'il devint absolument populaire m Italie (3).

Le troisième livre est consacré à la fin de la carrière du saint, qui devint aveugle pendant les sept dernières années de sa vie. Parmi ses dispositions suprêmes, il faut remarquer surtout la mise en liberté de cent serfs; auparavant, il en avait émancipé un grand nombre ; mais plusieurs d'entre eux n'avaient pas voulu de la liberté qu'il leur offrait (c. iv). (4). — Gerald fut enseveli à Aurillac.

Le quatrième livre enfin est encore plus court que le précédent : l'auteur nous y fait le récit des miracles opérés par les reliques du saint.

Le style de cet ouvrage mérite des éloges, en ce sens qu'il est clair, simple, naturel et sans emphase; malheureusement on ne trouve dans cette Yie aucune donnée chronologique. Elle ne manque pas de traits intéressants au point de vue de

1. V. le récit au chapitre XXIV. Auparavant, et pour ei.traver les manœuvres déloyales de ses domestiques, il faisait même vider, devant ses yeux, l'eau dans laquelle il s'était lavé (c. xx). Bien plus, il les menaçait des chiliments les plus sévères (c. xi). — Dans cette histoire des miracles, les expressions « mundus vidt decipi » se trouvent souvent confirmées.

2. L. I, c. xxvH sq. Au point de vue de Thisloire de la civilisation, les relations qu'il eut avec des marchands de Venise ne manquent point d'intérêt.

3. Il avait coutume de prendre la route du petit Saint-Bernard Q'ug.i Jovina). V. I. II, c. xvii.

4. Il faut remarquer, à plus d'un point de vue, le passage suivant : « Monebatur autem a quibusdam suis, quatenus de familia, quae sibimet allatim superabundabat, majorem mullitudinem juge servitulis obsolveret. Quibus ait : Juslum, inquit, est ut lex mundialis in hoc observetur; et ideo numerum in ea lege praestitutum praetergredi non debere. Quod ad hoc sit commemoratum, uthincpateat, quantoperedivinis praeceptis adhaeserat, quando eliam legalibus ita se submiserit et humanis ».

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rhistoiro de la civilisation, ainsi qn'on a pu s'en convaincre par les remarques que nous avons ajoutées au texte.

Nous possédons encore une autre Vie qui n'a pas le caractère dune vie de saint ordinaire, bien moins encore que celle du comte Gerald : c'est la biographie du grand pape Grégoire I (11. qui, plus que beaucoup d'autres, mérita d'être canonisé. Jean Diacre en est l'auteur. Elle a été écrite, ainsi que nous l'apprend la préface, sur le désir du pape Jean YIII, qui porta la tiare de 872 à 882 ; elle appartient par conséquent au commencement de notre période, sinon à la fin de la période précédente. Des évêques, réunis à Rome pour une solennité religieuse^ s'étaient plaints de ce que Grég-oire, qui avait décrit la vie de tous les saints, n'avait obtenu lui-même qu'une très courte biographie par un Saxon et un Lombard (3) : au sein de son église, personne ne lui avait consacré une ligne. — Jean fut chargé d'écrire une Vie détaillée, et ce choix tomba sur lui parce qu'il avait à sa disposition les archives pontificales. Et, en effet, il a composé une vie considérable, divisée en quatre livres ; il en a emprunté les matériaux, en majeure partie, aux édits et à la correspondance de saint Grégoire, et il a reproduit souvent ces documents mot à mot, d'une manière soit partielle, soit totale. C'est là qu'est le principal mérite de son ouvrage, qui^ pour cette époque, est extraordinaire. A coté de cela, il a compilé les ouvrages de saint Grégoire, les Dialogues et surtout les OEitvres morales^ tout en mettant à profit les travaux de ses deux prédécesseurs dont il n'espère pas atteindre les qualités du style; mais c'est Bède notamment qu'il a mis à contribution. Cette Yie repose donc sur de tout autres matériaux que les vies de saints ordinaires^ quoique des traits isolés soient encore ici empruntés à la tra-

1. Dans : Mabillon, Acta SS. 0. S. Bened. saec. I, p. 398 sq. (Migne, Patrol. lut., L LXXV, p. 61 sq. -Ewald, Studienzw Ausgabe des registers Gregors I, dans : Neuen Archiv der Gcsellsch. f. altere deutsche Geschv-htsliunde, vol. III, p. 429 sq.

2. II est question de ses Dialogues. V. à ce sujet, vol. I, p. 5S0 sq.

3. Le Saxon est Bède qui donne, au livre II de son Histoire ecclésiastique (c. ]), un long nécrologe de saint Grégoire (cf. vol. I, p. 597); le Lombard est Paul Diacre (v. vol. If, p. 42),

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