V. la préface
2 Iß HAOlOrTR APHTES. TRANSLATIONS 202-203. J
HAGIOGRAPHIES. TRANSLATIONS.
Dans celle période, on continua de cultiver le genre spécial d'hagiographie qui s'appelle les « translations », car le culle des reliques avait pris un essor encore plus grand : aussi^ possédons-nous là-dessus quelques ouvrages importants , soit pour le fond soit pour la forme. La translation est fréquemment réunie à la Yie, à laquelle le récit de la Translation n'a fait que donner lieu.
Nous possédons, du commencement de cette période, un ouvrage considérahle d'un moine de Hautvillers, nommé Almannus (^ ). L'auteur nous y raconte la translation des restes de sainte Hélène dans le monastère de Hautvillers, en 840 ; il y joint une vie de la sainte, très développée, mais avec le caractère d'une homélie panégyrique. Cet ouvrage ayant été écrit, ainsi que le dit l'auteur lui-même dans une épitre au lecteur, sur l'ordre de Hincmar, archevêque de Reims, ne saurait être postérieur à l'année 882, époque de la mort du prélat. Dans celte Yie un peu prolixe, l'auteur glorifie sainte Hélène, soit d'être la mère de Constantin, (( lequel arriva au sommet de l'Empire romain par les mérites de celle qui lui avait donné le jour », soit d'avoir découvert la Sainte Croix.
Après avoir d'abord parlé du mariage d'Hélène avec Constance, il montre, dans les deux premiers chapitres, comment l'Empire romain fut sauvé par son fils, après avoir été frappé de dix plaies, comme l'Egypte. Dans le chapitre II (§ 26 sq.), il nous parle de l'Invention de la S*« Croix et des clous. Il n'est pas possible d'analyser les pages dans lesquelles Almann célèbre ensuile les mérites de la sainte ; il la compare aux personnages de l'Ancien Testament, par exemple, à la reine de Saba, et il lui applique le tsxle de la Bible, jusqu'à ce que
1. Acta SS., Augusti T. III, p. 590 sq. — Hist. Uttn'., T. V, p. 618 sq.
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il finit par arriver à ses funérailles (c. G). Ce genre drlo^ios montre une grande connaissance de la théologie pour coUr époque ; la vie tout entière, du reste, dénote une culture littéraire peu commune (1), et elle semble indiquer que l'auteur connaissait un peu le grec (2).
La Translation est très courte et contraste avec la Vie (3). Un prêtre de la paroisse de Reims, Tliéogisus, déjà malad.« depuis longtemps, fait le pèlerinage de Rome, niellant loule son espérance en l'intercession de sainte Hélène; il cherclK» son tombeau, et l'ayant trouvé, il réussit à en voler les reliques. L'auteur ne raconte point de quelle manière le pèlerin accomplit ce larcin pieux (furtum ßdele). L'aulhenlicilé des reliques apportées à Reims est mise, en doute et, après une décision de l'église de Reims, on députe à Rome trois religieux du monastère de Ilautvillers ; ils en rapportent non seulement la confirmation du fait désiré, mais même un grand nombre d'autres reliques.
Nous possédons encore d'Almann une Vie de samt Si)idulp/iSy prêtre de Reims (vers 600) (4).Sigebert (5) lui attribue encore une Vie de saint NirarditSy archevêque de Reims au vu" siècle, ainsi qu'une Elégie sur la dévastation de la France et de son monastère par les Normands.
L'histoire de la Translation de saint Lil)orins{ß), du Mans à Paderborn, laquelle eut lieu en 836, ne manque pas d'intérêt aupointde vue de l'histoire, nonplus que pour mettrerinfluence
1. C'est ainsi qu'il cite les auteurs ecclésiastiques les plus divers et qu'il met surtout à profit Orose, Cassiodore [Histor. tripart.) et Bèrie [Chronicon).
2. Par l'explication de mots grecs (v. c. G, ^ 59) dont la transmission fautive doit peut-être être mise sur le compte du copiste. Il est à remarquer que l'épitaphe qui lui est consacrée étale également un grand luxe de mots grecs. V. cette épitaphe dans ÏHist. liltér., l. c, p. 619.
3. Elle est bien plus détaillée par Flodoard, Hist. ecde^. Bon., 1. II, c. 8. ■4. Editée parMabillon, Acta SS. 0. S. Bened. Sncr. /., p. 2GS sq.
5. De Script, eccles., c. 98. Cf. aussi Dümmler, N. A., p. 5i0.
6. Acta SS., Julii Tom. V, p. 394 s:|. —Monum. German. histov., Scriptores, Tom. IV, p. 149 sq. (seulement le deuxième livre, la Translation). — Rettberg, Kirchengesch. Beutschlamh, Vol. II, p. 4i0sq. — .\ierten<, /)(T heilige Liborius. Sein Leben, seine Verehrung und seine Reliquien. Paderborn 1873.
218 LITTÉRATIRE LATINE [204-200.]
du saint on relief 1 . Elle a été composée vers la fin du ix^ siècle, sur Tordre de Bison, évêquede Paderborn, par un de ses clercs, un Saxon, probablement de Paderborn même (2). La vie du saint précède la translation et en forme le premier livre. Quant aux dates de la vie, l'auteur les puisa, ainsi qu'il le dit lui-même (§ 5), en grande partie dans les Gesta pontificum Cenomanenshim. Nous possédons encore la petite notice biographique contenue dans ces Gestes ; c'est pourquoi nous sommes en mesure de voir de quelle manière ces matériaux, si pauvres, se sont développés pour faire place à un petit livre (3), ainsi que cela eut également lieu en beaucoup d'autres cas. Il est de fait que nous connaissons très peu de choses sur Liborius. Il était originaire de la Gaule, contemporain et ami de saint Martin. Ses capacités et sa piété le firent choisir comme successeur de saint Pacavius, sur le siège épiscopal du Mans. Il y déploya une grande activité, fit bâtir un grand nombre d'églises et facilita ainsi la conversion de son diocèse.
Après s'être étendu sur le mérite du culte des saints, l'auteur élargit le cadre de son sujet en esquissant l'idéal d'un évêque^ qui prêchait d'exemple, et en enchâssant ensuite la biographie de son héros pour montrer cet idéal réalisé.
Le deuxième livre, qui traite de la translation, est remarquable par le début, où l'auteur nous présente l'histoire de l'évêché de Paderborn à son origine. Il nous y raconte comment Charlemagne, après avoir battu les Saxons, se hâta de faire bâtir des églises sur leur territoire et de fixer les sièges épiscopaux ; comme il n'y avait point de villes, il choisit des localités qui, parleur situation naturelle excellente et par leur population agglomérée^ se prêtaient bien au but qu'il visait. Paderborn se recommandait par la fertilité de la contrée, par la richesse de ses forêts et de ses prairies, par ses sources salutaires et la douceur de son climat; et les habitants
1. Son culte, depuis le xvii'^ siècle surioul, a pris une grande extension. V. Mertens, p. 148 sq.
2. C'est ce que montre la description enthousiaste qu'il en fait dans la Translalion. V. plus loin. — L'auteur se donne lui-même comme Saxon (1. II, c. 5).