L'auteur nous raconte ces détails tout au long
2. Il n'est pas certain que le titre soit de l'auteur; eu tout cas il reproduit bien sa pensée. V. la translation dans Mabillon Acta SS. 0. S. Bencd. T. V (Migne, Palrol. lat., T. 132, p. 575 sq.) — Histoire littér. de la France, T. VI, p. 173 sq.
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pour avoir son avis(l). En le composant, il s'est réellunienl distingué ; il a traité cette translation comme la plus rare des actions d'Etat, et sa rhétorique a je ne sais quoi de grandiose et de gaulois. Aussi, à l'exemple des historiens de l'antiquité, y enclave-t-il souvent de longs discours de personnages qu'il met en scène. D'un autre côté, l'on ne saurait méconnaître que nous retrouvons un style vraiment personnel et une habileté d'expression rare à cette époque dans la langue latine. Donnons une analyse rapide de cet ouvrage.
Le monastère do Saint-Médard, à la tète duquel était Rodoin, avait été confié, lui aussi, parmi beaucoup d'autres, à Hilduin, archichapelain de Louis le Débonnaire. Envoyé à Rome pour y aplanir un conflit qui avait éclaté entre les Romains et Eugène II, pape depuis le mois de juin 82i, Hilduin raconte à son retour à Rodoin qu'il y a, à Rome, une quantité prodigieuse de saints. Celui-ci le prie de vouloir bien employer son crédit auprès du pape, pour faire donner au monastère les reliques d'un de ces saints. Ilildiun s'y prête de bon cœur et procure même à Rodoin des lettres de recommandation de l'empereur au Souverain Pontife. On désirait d'abord les restes de saint Sylvestre. Mais, pendant sou voyage à Rome, Rodoin change d'avis : c'est, dit Odilon, à la suite d'une apparition de saint Sébastien, qui veut aller de Rome à Saint-Médard. On rebrousse chemin, et les lettres royales sont changées dans ce sens. Rodoin arrive enfin a Rome (c. 7) ; mais, que d'embarras à surmonter I L'auteur, pour rehausser la valeur des reliques, ne manque pas d'exagérer encore ces difficultés. C'est avec de riches présents qu'il fallut gagner les faveurs des premiers employés de la curie romaine, lesquels, dans ce but apparemment, taxent à un prix très élevé la valeur du trésor. Le récit de ces négocialions est très long. Quelle est la part de la vérité? Quelle est celle des exagérations? C'est ce qu'on ne saurait déterminer.
1. V. la réponse d'Odilon (Migne, /. c, pag. 627). 11 y parle aussi de soa ouvrage sur saint Sébastien, qui par conséquent a été composé avant la Vie de Lébuin, et longtemps même auparavant à ce qu'il paraît, vu que, dans cette lettre, Odilon se donne pour un homme déjà avancé en âge.
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Eu tout cas, ces uégociations doivenl être une image fidèle des procédures qu'offrait la curie en de telles occasions. Ce qui a lieu d'élonner, c'est que Rodoin, après avoir enfin atteint son but, témoigne sa gratitude en dérobant les reliques d'un autre saint, de saint Grégoire le Grand, s'il faut croire ce qu'on disait à Soissons : de cette manière, il pouvait reprendre le chemin de la maison « avec une double joie » (c. 15) (1).
Les reliques arrivèrent à Soissons et y furent reçues avec la plus grande solennité. Leur réputation ne tarda pa^ à se répandre rapidement, et d'innombrables fidèles affluèrent de toutes parts avec de riches présents (2); mais le clergé des autres lieux, et des évoques eux-mêmes, notamment celui de Lyon, se mirent à prêcher contre ces pèlerinages, disant, avec raison, qu'il valait mieux soutenir sa propre église avec ses veuves etrses orphelins (c. 37). L'auteur nous raconte ensuilc (c. 39 sq.)^ non sans intérêt, comment un morceau de la toile dans laquelle étaient enveloppés les restes du saint, devint le partage du monastère de Manlieu, en Auvergne, lequel était également consacré à saint Sébastien, et dont il nous raconte la fondation (c. 38) (3). A Manlieu, en efïet, on avait espéré, longtemps auparavant, recevoir les reliques du saint, et on avait été cruellement déçu dans cette espérance. Deux moines s'étaient enfuis du couvent ; après avoir longtemps erré à Faventure, ils sentirent se réveiller en eux le désir d'y rentrer. Pour faciliter ce retour, ils se rendirent à Rome <( afin d'v acheter un saint quelconque » et de se faire pardonner ainsi
1. Les expressions même d'Odilon nous apprennent ce qu'on pensait de pareils larcins : « Hinc nostratesp?V/ fraude laudahilcs », etc.
2. (( Erat denique in diversis speciebus, quae votivis donariis ad confessioneno hujus praecellentissimi ex diversis provinciis et regionibus pia fidelium oiïerebantur devotione. Tam ingens copia, ut ponderis numérique summam pêne viderentur excédera adeo,ut85modiorum dirersorumnumismatum argenù cumulus excresceret, praeter monilia virorum ac mulierum, missoria quoque diversi ponderis aliaque vasa ; auri quoque 900 librarum summa fieret (c. 31'). » Les reliques d'un saint pouvaient à cette époque se transformer en mine d'or; il ne faut donc pas s'étonner de voir les monastères remplis du désir d'en posséder.
3. Elle eut lieu, d'après la légende, à la suite des miracles opérés par la poussière du tombeau de saint Sébastien, qu'un moine avait apportée de Rome dans sa poche.
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leur escapade. Mais les Romains, auxquels ils s'adressèrent, les trompèrent, ainsi que cela se vit dans la suite. Ils avaient, dit notre auteur, vidé le sarcophage d'un empereur païen, qu'ils avaient eu soin de remplir auparavant d'arômes, en sorte que les moines, sentant ces parfums^ ne doutèrent point de la sainteté de ces restes : c'était là, en elTet, paraît-il, ii cette époque, un argument en faveur de l'authenticité des reliques ;1).
Les moines retournent donc au monastère avec ce trésor, et l'abbé et les rclig-ieux les reçoivent avec honneur et solennité^ malg-ré la faute qu'ils ont commise. On célèbre une fêle. Mais pendant que les moines sont à table, le reliquaire tombe de l'autel avec un bruit infernal, et les reliques se répandent sur le sol, réduites en poussière. Tel est le récit d'Odilon, et il le fait avec une satisfaction vive. Le monastère, ainsi déçu, espérait trouver une consolation de saint Médard. Mais, au lieu de recevoir des reliques, il dut se contenter d'obtenir le morceau de toile, qu'il avait refusé d'abord avec indignation. L'auteur, en terminant ce récit, nous parle de la vénération que Louis le Débonnaire, qui, on le sait, après la trahison au champ du Mensonge, fut quelque temps prisonnier à Saint- Médard (833), fit paraître envers le saint et à laquelle il joignit de riches présents (c. 43). Ici, en effet, Odilon nous communique une plainte de Louis contre ses fils — c'est la Conquestio domini Hludovici imperatoris ^ qui est bien connue — : mais Wattenbach fait remarquer (2) que ce n'était là qu'un exercice de style d'un moine de ce couvent (c. 44) (3).
Le titre d'un manuscrit du xi' ou du xu' siècle, attribue