V. WinkeliTiann, Geschichte der Angelsachsen, p. 128 sq
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qui monta sur le trône après la mort d'^^itheired, en 871, la domination des Anglo-Saxons parut enfin anéantie au commencement de Tannée 878. Les Danois s'étaient emparés de l'Estanglie, de la Norlhumbrie et de la Mercie, et ils inondaient déjà Wessex lui-même; le roi, au milieu de ce découragement général, fut obligé de chercher un asile dans une île cachée entre des bois et des marais. Mais le revirement se lit vite. Dès le printemps de la même année^, Ion commença à reconquérir le pays et à rétablir l'Empire, et ce fut là l'œuvre de ce grand roi, aussi habile politique que général expérimenté ; il fallut cependant lutter encore contre les Danois pendant des années.
Il est à peine besoin de dire que ces guerres, presque continuelles depuis le règne d'Egbert, exerçaient Lue intluence pernicieuse sur la culture littéraire ; mais ce qu'on doit remarquer, c'est que ce genre de guerres des pirates danois augmenta encore considérablement cette pernicieuse intluence : non seulement les ennemis, qui se répandirent dans le pays, comme une nuée de sauterelles s'abat sur un champ, pillèrent et emportèrent tout ce qui leur semblait avoir quelque valeur, mais ces Germains païens détruisirent, avec une véritable fureur, les églises et les monastères, asiles naturels d'une culture qui leur était étrangère et leur paraissait hostile. C'est ainsi que. de l'aveu même d'Jifred, à l'époque où il monta sur le trône (1), l'éducation littéraire du clergé, notamment dans le royaume de Yessex, était déchue au point qu'on ne trouvait qu'un petit nombre de ses membres capables de traduire en anglais une lettre latine. Mais voilà que le restaurateur de l'Etat devint aussi celui de la culture intellectuelle; bien plus; ^Elfred lui-même donna l'exemple de la culture de la littérature nationale, et cela dans le domaine encore en friche de la prose. A ces deux points de vue, nous avons à parler ici et de sa vie et de ses travaux.
^Elfred (2) naquit en 849, et reçut son premier enseigne-
1. Dans la préface de sa traduction de la Règle pastorale de saint Grégoire.
2. Pauli, König Aelfred und seine Stelle in der Geschichte Englands. Ber^
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ment par la poésie nationale que sa mère, femme aux sentiments nobles et religieux (1), lui apprit à connaître. Pendant toute sa vie, il prit un plaisir extrême aux poèmes de sa pairie que déjà, tout petit enfant, il avait appris par cœur. Il ne reçut pas toutefois, dans sa jeunesse, d'éducation savante : plus tard, avec son amour insatiable de savoir, il s'en plaindra amèrement. Il est bien possible que cette soif d'instruction soit née en lui à l'occasion de deux voyages à Rome qu'il entreprit, étant encore très jeune. Quoi qu'il en soit, ce ne fut que beaucoup plus tard qu'il put satisfaire cette ardeur, lorsqu'il fut monté sur le trône et qu'il eut vaincu les Danois : alors seulement il trouva le temps de s'occuper de sa culture intellectuelle et de celle de son peuple. Mais pour cela il dut chercher ailleurs des homnfies lettrés. Si l'érudition traditionnelle s'était encore conservée sur le sol de l'Ang-leterre, c'est surtout dans la Mercie, chez les xVngles, qu'elle s'était réfugiée; c'est peut-être pour cela que, chez eux, la poésie nationale fut moins cultivée. En tout cas, c'est de là que zElfred fit venir auprès de lui l'évêque Werfrith de Worcester et Plegmund, ainsi que deux prêtres, dont il fit ses chapelains; il fit venir aussi, de Flandre, Grimbald, religieux du monastère de Saint-Omer, et le Saxon Johannes, de celui de Corvey, celui-là plus distingué dans les sciences théologiques et le chant ecclésiastique, celui-ci plus habile dans les arts libéraux. Ils étaient accompagnés tous les deux d'un certain nombre de clercs. Enfin il gagna encore — last, not least — Asscr, moine du pays de Galles, qui fut son biographe. Il devint, avecPlegmund, le maître principal d'.Elfred. Par le commerce intime de ces hommes, le roi se forma lui-même, en se faisant d'abord lire les ouvrages latins, avant qu'il fût en état de les lire luimôme. Ensuite, il fonda une école à la cour, pour l'éducation des enfants de la maison royale (2) et de la noblesse, auxquels
lin 1851. — Winkelmann, Op. c, p. 142 sq. — Wiilker, GrundrUs, p. 387
1. C'est ainsi que la caractérise Asser, de Rebus gestis Aelfredi, éd. Wise, p. 4 : (( Religiosa nimium foemina, nobilis ingenio, nobilis et génère. »
2. Il est vrai que des enfants d'Aelfred, le plus jeune put seul prendre part à cet enseignement ; les autres, ainsi que le dit Asser (/. c, p. 43) n'avaient
[242-243.] AiiLFiŒD : trad. de la « kegula pastoralis » 2^)9
plusieurs autres vinrent s^adjoindre qui n'étaient point de noble lignée; dans cette école « on lisait des livres latins et saxons » et l'on apprenait aussi à écrire. iElfred, en fondant des monastères, chercha aussi à préparer de nouveaux asiles à la science et à renseignement; certes, il dut peupler ces deux monastères, à la tète desquels il mit Grimbald et Johannes, avec des religieux étrangers, vu que le sentiment de la vie religieuse avait disparu du milieu de ses Saxons. Il n'en fut pas de même de deux monastères de femmes, qui no manquèrent pas de religieuses. Toute la jeunesse des hommes libres de l'Angleterre devait, d'après le vœu d'^Elfred — tel qu'il s'exprime lui-même dans la préface de sa traduction de la «Règle pastorale » de saint Grégoire — être au moins en état de savoir lire l'anglais, bien que ceux-là seulement qui étaient destinés à un état supérieur (1) continuassent d'étudier et dussent apprendre le latin; beaucoup cependant, même après la décadence de l'enseignement du latin, savaient encore lire l'anglais (2).
Les efforts littéraires d'^Elfred, qui consistaient dans des traductions du latin en anglo-saxon, étaient destinés à pousser plus avant ceux qui n'avaient reçu que cet enseignement élémentaire. Après s'être d'abord (887) exercé à traduire des sentences isolées qui lui avaient plu dans la lecture qu'il faisait sous la direction d'Asser, et après les avoir écrites dans un livre, qu'il appelle son « manuel » (3), il entreprit de traduire
appris à lire que des livres saxons et principalement des poèmes en celte langue.
t. Tù hieran hdde. Le mot « hàd » est employé spécialement pour l'état ecclésiastique ; doit-il être pris ici dans ce sens élevé, ou bien dans un sens général ? c'est ce qu'il n'est pas facile de déterminer, vu surtout que l'absence de l'article ne permet pas ici de tirer une conclusion.
2. Aelfred força les personnes âgées à reprendre les études qu'elles avaient nég-ligées, ainsi que nous le montre le récit d'Asser à propos d'un juge ignorant (/. c, p. 71) : « ...Ita ut mirum in modum illiterati ab infantia comités pêne omnes, praepositi ac rainistri literatoriaearti studerent, malentes insue- Uun disciplinam laboriose discere,quam potestatum ministeria dimittere,etc.»
3. ^lalheureusement, ce livre ne s'est pas conservé ; Asser nous raconte son origine (/. c , p. 55 sq.) Il contenait certainement, d'après cela, des sentences d'ouvrages religieux; Asser les qualifie avec le terme testimonia. A ces sentences venaient se joindre d'autres notices : deux, par exemple, concer-
(les ouvrages entiers, et il édita sans cloute en premier lieu sa traduction de l'ouvrage de saint Grégoire le Grand : Regula pastoraizs {{); .c'est dans la préface de cette traduction qu'il motive, en général, son activité littéraire. iElfred y déplore d'abord la décadence totale de la culture littéraire, telle qu'il la trouva dans son pays en montant sur le trône, notamment dans le clergé ; cet état contrastait totalement avec celui d'autrefois (2 ,. Si les ancêtres n'ont pas traduit, il faut en chercher le motif en ce qu'ils regardaient une telle décadence — l'ignorance du latin — comme une chose impossible et qu'ils considéraient, d'autre part, la connaissance des langues comme désirable. Pour lui, il a pris exemple sur les autres peuples, les Grecs et les Romains, et il a cru préférable de traduire, dans la langue maternelle que tous doivent apprendre, les livres que tous les hommes ont le plus besoin de connaître. Yoilà pourquoi, au milieu des occupations diverses et variées de l'Empire, il a entrepris la traduction du « livre du pasteur », soit littéralement, soit d'après le sens, tel qu'il l'avait étudié avec Plegmund, Asser et ses deux chapelains. 11 veut envoyer cette traduction à tous les évêques. La préface se termine par seize vers, dans lesquels il prête la parole au livre lui-même, pour louer son auteur et parler de son traducteur. La traduction proprement dite n'offre ni d'additions originales de lapartd'aElfred,ni d'omissions : nous ne parlons naturellement que de chapitres entiers. Elle se rattache d'ailleurs bien plus étroitement que toutes les autres traductions d'Alfred à l'original : il est vrai que ce dernier ne permettait pas ici une trop grande liberté, car il s'agissait d'un ouvrage qu'on considérait comme un livre canonique.
naiit Aldhelm, et que nous communique de lui Guillaume deMalmesbury dans sa vie {De pontificibus Anglor., lib. V}. Cf. ci-dessus, p. 11, rem. 1. Cf. aussi Wüiker, Grimdriss, p. 388 sq.
1. King Alfreds mest-saxon version of Gregory s pastoral care, edit. by Svveel. London 1871 (introduction). C'était la première traduction éditée par Aelfred ; la préface le montre d'une manière si claire qu'il n'est pas nécessaire d'en donner d'autres preuves, bien qu'elles ne manquent pas. — V. ces preuves dans Wüll^er (0/3. c, p. 394 sq.) —V., pour l'ouvrage original, V I, p. 525 sq.