V. ci-dessus, p. 241 (paginât, allem
[2il-245.] AELFRED ! TRAD. DE BEDE ET d'oROSE 2G 1
Le Iraducleur royal en usa toul autrement avec les autres ouvrages qu'il fit passer du latin dans l'anglo-saxon. Ce furent d'abord deux ouvrages historiques : V Histoire ecclésiastique de Bède et Xliistoire universelle d'Orose. Dans ces traductions, le roi a eu surtout en vue l'intérêt des laïques de son peuple. C'est ce qu'on voit pour Bède (1) seulement dans les omissions de quelques parties : sans parler de lettres pontificales ou épiscopales, ce sont des passages d'une nature théologique et qui, ne pouvant nullement intéresser les laïques, auraient été en partie incompréhensibles pour eux. Dans le premier livre, par exemple, il manque les chapitres x et xvu, relatifs à l'hérésie de Pelage ; les chapitres xxv et xxvi du livre troisième sont complètement laissés de côté. Dans celui-là, il est question de la décision prise au synode de Streaneshalh, relativement à la question en litige sur le temps pascal ; celui-ci a une grande connexion avec le précédent, et le chapitre xvi du livre cinquième touche aussi à cette question : c'est pourquoi iElfred ne le traduit point. Il en est de même des deux chapitres suivants, qui traitent des ouvrages théologiques du principal champion de la fête catholique de Pâques chez les Ecossais eux-mêmes.
Si JElfred , dans la traduction de l'ouvrage de Bède^ se borne à des omissions^ il a, par contre, ajouté plusieurs parties dans celle d'Orose (2), et il y en a qui donnent à ce travail un prix tout particulier. Elles sont enclavées dans le chapitre u du livre premier, à la place du § 53, dans lequel Orose nomme Alania, Dacia et Germania. JElfred commence par donner ici la géographie de la Germanie, en y comprenant le grand territoire entre le Don et le Rhin^ le Danube et la Mer Blanche. Il
{. Historiae ecdesiast. gentis Anglorum, libri V a venerabili Beda scrip'ti, ab augusto anglo-saxonico rege Aluredo examinati, etc., etc. (éd. Wheloc). Cambridge, 1643. — Wiilker, Ucber die Quellen Layamons, dans : Paul und Braune' s Beiträgen, Vol. III, p. 524 sq., notamment p. 531. — V., sur l'ouvrage de Bède, Vol, I, p. 597 sq.
2. King Alfreds Orosius, éd. by Sweet. London, 1883. — Schilling, K6nig Aelfreds angelsitchsischse Bearbeitung der Weltgeschichte des Orosius. Halle, 1886 (Leipz., Dissert.), — V., pour Touvroge d'Orose, Vol. 1, p. 324 sa.
fait une esquisse de tous les peuples qui habitent dans ce territoire et donne leur position respective, à cette époque; c'est un travail juste en général, excellent pour la date^ et qui repose certainement sur des études préparatoires solides. A cette description se rattachent immédiatement les relations de voyages d'un Normand, Ohthère, du pays d'Halgoland, sur la côte nord de la Norvège, jusque dans la Mer Blanche, et, vers le sud, jusqu'au Schleswig. Ohthère en fit le rapport au roi lui-même, en Angleterre. A cette relation est jointe celle d'un certain Wulfstan qui, du Schleswig fit voile jusqu'à Truso, lieu situé sur le golfe de la mer Baltique : le voyageur fait des mœurs des Esthoniens des récits aussi intéressants que ceux d'Ohthère sur les Finnois. Ces descriptions de voyage, qui font connaître assez exactement la route suivie, complètent donc la géographie de la Germanie faite par Alfred (1) — Mais la différence entre la traduction d'Orose et celle de Bède porte sur un point bien plus profond encore et correspond de ce chef au caractère varié des originaux. Celle d'Orose devint en effet plutôt l'occasion d'une élaboration semblable à celle qui fut faite en vers sur la Genèse (2). Dans l'ouvrage de Bède, il trouvait un sujet national, traité par un auteur national; dans celui d'Orose, il trouvait l'histoire universelle d'un Romain, composée avec une tendance déterminée, actuelle, et qui, de prime-abord, devait peu intéresser les Anglo-Saxons et surtout les laïques de ce pays. Il fit donc d'abord disparaître, autant que possible, cette tendance apologético-polémique qui n'avait plus de signification pour son époque, et il laissa de côté tout le premier chapitre oi^i elle est exposée; il omit ensuite des passages, où Orose touche à la mythologie et à la légende héroïque des anciens ; il chercha à éviter l'accumulation des noms étrangers (3) ; il abrégea, là où les événements
1. Ce qui est bien insignifiant, c'est, au ch. vi du livre II, une addition qui contient la description d'un triomphe romain se rattachant à celui que refusa Fabius; cette description est complétée par quelques détails sur l'essence du sénat romain.