AELFRED '. TRADUCTION DE BOECE 2G
ne lui semblaient pas avoir une signification universelle, par exemple dans les guerres civiles de la Grèce et de Rome, ou encore, dans les endroits où les événements blessaient son sentiment national, tandis que, par contre, il reproduisit tout au long les victoires des Germains (1). D'ailleurs, la personnalité d'xElfred se montre là^ dans tout son jour, et nous peint bien son caractère. — Sa manière de procéder librement se montre encore en ce que les sept livres d'Orose ont été réduits à six, et que la division des chapitres n'est pas conforme à celle de l'original.
Une traduction encore plus libre est celle que composa Alfred sur Fouvrage célèbre de Boëce : De consolatione philii^ophiae (2). Sa personnalité s'y affirme bien plus franchement; car, ayant éprouvé cruellement lui-même les changements de la fortune, JElfred se met, par la pensée, à la place du philosophe romain (3), et, appropriant autant que possible cet ouvrage à ses propres idées, il le christianise le plus qu'il peut. L'ouvrage offrait du reste plus d'un élément à cet efl'et (4). Tout en ramenant ce livre à l'intelligence de son peuple, il ne laissa pas néanmoins d'y ajouter des explications en forme de paraphrase. Mais on peut bien soutenir que le roi, en composant son ouvrage, ne pensait pas à un public déterminé ; il oublie même parfois complètement son devoir de traducteur, quand, par exemple, prenant pour point de départ certaines pensées de son modèle, il s'abandonne à ses person-
i. V. Schilling, p. 20 sq.
2. King Alfreds anglo-saxon version of BoetJnus, u De consolatione pliilosophiae », éd. by Fox. London, 1864. —Leicht, Zur angelsüchs. Bearbeitung des Boétius dans l'Anglia, Yo\. VII, p. 178sq. Pour l'original, v. Vol.l, p. 466 sq.
3. II se met même complètement à sa place; ainsi, il expose, lui roi, au chapitre xvii, ses principes de gouvernement : « Bid ponne cyninges andweorc and his toi mid to ricsianne», et quand, après cet exposé, il continue : u For py ic wilnode andweorces pone anweald mid to gereccene. » Tout ce passage est une addition faite à cette élaboration indépendante du chapitre vji du livre III de l'original. Ce passage se termine par une belle confession, bien digne d'Aelfred : u le wilnode weorpfullice to libbanne pa hvvile pe ic lifede and aefter minum life pam monnum to laefanne, pe aefter me waeren, min gemvnd on weorcun. »