‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 17 sur 311 · EXODE · texte numérisé non relu

EXODE

(le Siméon : la rosée couvre le bois de leurs lances. Le bruissement du jour, le matin brillant et superbe s'avance sur rOcéan. L^armée passe, une tribu après l'autre, g-roupe par groupe : un seul bomme conduit les guerriers, c'est Moïse^ qui devient par là célèbre. Chacun connaissait les droits de propriété des tribus, la patrie (1) des braves (Chanaan), comme le leur avait dit Moïse. Ils n'avaient tous qu'un seul et même père : ce prince du peuple reçut autrefois des droits sur ce pays. C'est de lui que descend Israël. Voici le récit des anciens (v. 362) (2) : Noé peuple le monde nouveau ; le neuvième de ses descendants était le père d'Abraham ; or, Abraham fut béni de Dieu, car il fit preuve de fidélité par le sacrifice d'Isaac, que le poète raconte ici dans tous ses détails (v. 397 sq.). Le contenu de cette bénédiction, c'est que les habitants de la terre, c'est-à-dire le nombre de ses enfants, devront pouvoir compter les étoiles au firmament, les pierres sur la terre, les montagnes de sable 'et les vagues dans la mer, et que ses descendants posséderont le pays de Chanaan (v. 445) (3). C'est ainsi que le poète explique la quantité des soldats israëlites et montre en même temps le but de leur voyage.

Après le v. 445, vient une lacune de quelqueslignes longues ; mais le nombre n'en saurait être bien considérable : le poète y faisait la description de la poursuite des Egyptiens. Dès le v. 446, en effet, il raconte leur engloutissement dans les flots. Déjà, ils se sont retournés pour prendre la fuite, car la mer menace de les ensevelir. Les vagues furieuses se soulèvent : les cbemins qu'on apercevait tout à l'heure, les hurrah de l'orage, ce cri de guerre tout-puissant; s'élèventjusqu'au ciel. Les tortues des boucliers des combattants sont rompues ; ils tombent morts, emportés par le courant de la mer. Les murailles d'eau, les tours formées par la mer qui avait ouvert

1. Je lis, en effet, pour aedelo (adel) dedel = êdel. V. ma dissertation Zum Exodus: Anglia, vol. V, p. 409.

2. Je ne le considère pas comm^^ une interpolation, ainsi que je l'ai montré dans la disserLalion ci-dessus désignée, vu surtout que, dans la suite, il a la signification donnée plus hiaut.

3. Gen., c. xxii, v. \1 : « Possidebit semen tuum portas inimicorum suorum. »

une route pour les Juifs, tout cède et se fond. Pharaon reconnaît, mais trop tard, la puissance du gardien qu'il avait à comballre. Tous ses soldats sont victimes du désastre : il n'en reste pas même un pour porter dans les villes le pire de tous les messages, annoncer aux femmes la mort de leurs

maris.

Inspirée elle-même par la contemplation vivante d'un admirateur de la mer, celte description offre plusieurs traits d'une véritable grandeur : j'ai cherché à en rendre quelquesuns. Mais elle est, au demeurant, comme la vague qui va et vient sans cesse; elle manque d'ordre et me paraît mal

agencée.

Le poète. chaule ensuite (v. 315 sq.) Moïse comme prophète, alors qu'il proclame les dix commandements et qu'il annonce, dans l'évangile futur, quelque chose de supérieur; l'évangile en effet, promet l'immortalité : le paradis aux bons, l'enfer aux méchants. Moïse annonce ensuite aux Juifs que Dieu va enfin lui accorder ce qu'il leur a promis déjà depuis longtemps, à savoir la possession de la terre de Chanaan, à la condition qu'ils conserveront sa doctrine sainte. Le peuple éclate en transports de joie; les cymbales font résonner des chants de victoire ; les bannières joyeuses s'agitent au vent. Hommes et femmes entonnent un cantique d'actions de grâces au Seigneur. Après cela, ils s'emparent du butin qui surnage sur les flots de la mer; avec des filets, ils font une immense razzia de bijoux, d'ornements, de boucliers, pendant que les ennemis, dont la troupe est la plus grande qu'ait jamais levée un peuple, gisent au fond de la mer.

Ainsi finit ce poème. Vient alors un supplément, composé dans i esprit de la nationalité anglo-saxonne qui, du reste, ne se dément jamais dans la description de la campagne.

La troisième pièce du même missel, comprenant sept cent soixante-cinq lignes longues, est un travail poétique sur le livre de Daniel. Ce qui nous en a été conservé ne va que jusqu'au chapitre v, v. 23, caria fin de ce chapitre manque dans le codex, et c'est là précisément l'explication de la mystérieuse mscription. D'où il appert, en tout cas, que ce poème nous est parvenu incomplet.

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