Cf. Voigt, p. 14. Voir la note suivante
3. * Ecbasis captivi, das älteste Thierepos des Mittelalters, herausgeg. von E. Voigt. Strassburg 1875 (V. les critiques détaillées et excellentes de Peiper, dans la Zeitschr. f. deutsche Allerth., Vol. 8, et celles de Seiler dans la Zeitsehr. f, deutsche Philol., Vol, 8). — Grimm, Latein. Gedichte (v. cidessus, p. 286, rem. 1), p. 241 sq. — Metrisch aus dem Latein, übersetzt von Weiske, dans le Progr. der latein. Hauptschule in Halle. 1858.
4. Si Pon retranche une interpolation de 54 vers, que signaleVoigt,p. 63 sq.
5. C'est ce qui résulte du v. 71 : « Vosaginis partibus altus. » En cela, je suis de l'avis de Seiler.
6. La mention des deux noms royaux de Conrad et Henri démontre qu'il ne peut être ici question que de la réforme des monastères, en 936. V. du reste Voigt, p. 9 sq.
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conséquence de cette discipline sévère fut cause, à ce qu'il semble, qu'il s'échappa du monastère ; on l'y ramena, et il fut mis au cachot. Là, il revint à de meilleurs sentiments, et, la contrition dans l'âme, il résolut de renoncer à la paresse et de faire des vers. Mais les sujets qu'il avait choisis étaient trop relevés, et il les laissa bientôt de côté, car il ne se sentait pas de taille à les traiter. C'est ainsi que lui vint la bonne pensée d'inventer une fable, dans laquelle il reproduirait « per tro[)0logiam », ainsi que le dit le titre complet de l'ouvrage (1), ses propi'es infortunes, en se donnant lui-mêm.e, sous Timage d'un « Veau », comme le héros du récit.
On était à la fête de Pâques, dit-il en débutant, et les bergers des Vosges menaient paître leurs troupeaux dans la prairie. Mais voilà qu'un veau d'une année reste attaché dans l'écurie ; il se lamente et redemande la tétine de sa mère. A force de lécher et de mâcher sa traîne, il se détache, et court à la prairie tout heureux de sa liberté. Quand il est fatigué, il se rend dans la forêt ; mais là, il rencontre le garde forestier : c'est le Loup, qui le salue d'une manière pieuse, comme on salue un moine qui vient de faire un long pèlerinage ; il lui promet riiospilalité pour la nuit et lui annonce en même temps qu'il lui servira, le lendemain matin, de festin pascal. En disant cela, le Loup conduit le veau dans sa caverne (v. 104), et il se réjouit d'autant plus de l'arrivée de cet hôte que, ayant mené longtemps, dit-il lui-même, une vie ascétique^ il n'a ni mangé de viande ni bu de vin. Cela le remettra un peu. Le veau demande jusqu'à la messe du matin ; un délai lui est accordé ; le loup fait même de son mieux pour lui oiïrir le dernier repas des condamnés.
A minuit, arrivent ses deux serviteurs [iiiiiiislrï), la Loutre et le Hérisson, qui lui apportent des provisions, celle-là des poissons de toute sorte, celui-ci des fruits et des légumes (2). Le Loup les remercie ; plié sous le poids de l'âge, il veut leur
1. Le titre du manuscrit est : Echasis cujusdam captivi per tropologiam.
2. D'après les physiolog-ues, le hérisson ravage les vignes, en viciant les grains du raisin ; d'après Elien (III, 10), il en agit de même avec les figues. Cf. Glarus, Gesch. der Zoologie, p. 125.
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laisser, par IcsLameiit, tout ce qu'il possède, au Hérisson sa caverne dans le rocher, à la Loutre le ruisseau poissonneux (v. 188). Ces deux animaux, étonnés de voir là un étranger, demandent au Loup qui il est : celui-ci leur fait part de ses intentions et le donne à garder à la Loutre. Le Hérisson, ce guerrier armé de pointes, bien qu'il ne fût point versé dans le culte de la musique ou des muses, saisit la cithare et chante une berceuse pour faire dormir le Loup ; il célèbre les triomphes de Rome^ sans doute à cause de la louve qui allaita Homulus et Rémus. Tandis que le Loup ronlle, la Loutre console le Veau et prie avec lui. Mais voilà que le Loup se réveille en sursaut ; il a eu un songe (1) qui l'a effrayé, et il en demande Texplication à ses compagnons. Il s'est vu environné de guêpes et de mouches : deux taons voulaient le piquer au cou, et le Yeau et le Renard en étaient dans la jubilation. La Loutre lui conseille de mettre le Yeau en liberté : les mouches, ce sont les légions des animaux; les guêpes, les parents du Yeau, et la jubilation du Renard est le signe avant-coureur de son propre malheur. Mais à aucun prix le Loup ne consent à rendre au Yeau sa liberté ; il faut qu'il soit châtié, car il a gaspillé ses provisions (3) ; il n"a cure de ce qu'il a pu commettre ailleurs, mais bien de ce qu'il a fait chez lui. Là-dessus, il ordonne au Hérisson de tuer le Yeau après la sixième heure, et, en vieux gourmet qu'il est, il lui explique en détail comment il doit le préparer en rôti pascal. Toujours des fèves I il en a assez, car elles l'ont affaibli; la viande qu'il mangeait autrefois lui faisait plus de bien ; il faudra qu'il y revienne. La pieuse Loutre avertit en vain le Loup de bien se garder de mépriser la sainte vie monastique, après avoir vécu sept ans dans l'ascétisme : d'après le droit canonique, il serait condamné à mourir de la mort des voleurs. « Yentre affamé n'a point d'oreilles, » réplique le Loup, « et un filet d'àue suivra la queue du Yeau )> (v. 315, sq.).
Mais, le lendemain, au pelit jour, on remarque l'absence du
1. Cet expédient, qui consiste à appeler le songe à son secours, se rencontre plus lard dans les épopées populaiies, comme les songes de Charles, dans !a « Chanson de Roland »
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Veau dans le troupeau : le Chien a flairé la caverne; il y conduit le troupeau. Le mugissement du Taureau réveille In Loup, ivre de sommeil. Il excite ses serviteurs à accepter le combat : il ne craint rien dans son repaire fortifié et inaccessible, vu qu'il ne remanjue pas le Renard, qui seul est dangereux pour lui (1). Mais les serviteurs mettent des conditions à leur obéissance, et, avant de combattre, ils désirent surtout savoir quel est le motif de cette haine invétérée qu'il y a entre le Loup et le Renard.
Le Loup consent à les salisfaire, et alors commence un second récit d'animaux (v. 392), dont l'âme n'est autre que la fable « Le Lion malade et le Loup pelé, » laquelle se trouve i^i dans tous ses détails. Le Lion, ayant une maladie des reins, convoque dans son antre tous les animaux de la forêt, afin qu'ils lui indiquent un remède (2). Ils se rendent tous à cette invitation, dont le Loup, en qualité de chambellan, est chargé de surveiller l'exécution; un seul n'y vient pas : c'est le Renard. Le roi est irrité contre lui et il ordonne au Loup, qui a attisé sa colère, de prendre cet animal et de le mettre en morceaux. Le Loup triomphe et cherche dans son esprit quels tourments il pourra bien lui faire souffrir. La Panthère, cependant, a pitié du Renard : elle court pour l'avertir et le rencontre enfin après un long voyage. Le Renard se présente donc avec humilité devant le Lion et sait très bien excuser son retard. Il a fait un pèlerinage jusque dans la Terre-Sainte: là, au lac de Génézareth^ la Poule d'eau \fuUca) (3) lui a révélé un moyen qui seul peut guérir le Lion. Elle lui a enseigné aussi le plus court chemin pour se rendre, par Rome, à Bordeaux, 011 est la cour du Lion. A Pavie^ il a fait la rencontre de la Cigogne, qui lui a conseillé également le même remède :
1. Ce n'est qu'un pur prétexte, et cela nous rappelle la fable : le Loup et l'Agneau, dans laquelle l'Agneau troublait l'eau. — Phèdre, 1. I, 1.
2. V. 370 : « Sed vereor vulpem solitum turhare bitumen » par son urine corrosive, dit le Loup en pensant ici à son nntiedu reste inattaquable. Voigt, p. 37.
3. Dans un ancien traité latin de physiologie, au vin" siècle, cet oiseau est désigné comme prudentissimum super omnia volatilia, V. Cahier, McI'.ukj. arrhèolog.^ t. lit, p. 209.
il n'y aurait donc plus qu'à demander encore secours à saint Evre (Aper). Mais le Lion n'a point encore confiance, et il répond au Renard qu' « on rapporte sur son compte beaucoup de choses qui avilissent sa vie. » Là-dessus, le Renard demande qu'on procède à une instruction minutieuse ; son innocence éclatera dans tout son jour ; avec le temps, tout se sait ; il est devenu vieux et cependant il n'a pas hésité, dans l'intérêt de la santé du roi, à s'exposer aux intempéries de tous les climats du monde. C'est donc ainsi qu'il ment, en mêlant à son récit le vrai et le faux : mais les animaux, touchés de tant de zèle, le vénèrent en fléchissant le genou ; la colère du roi se dissipe et^ en signe de paix, le Renard obtient la permission de toucher le sceptre du roi (v. 492). Enfîn^ le Lion désire savoir quel est ce remède. C'est tout à fait à contrecœur, assure le Renard, qu'il est obligé de le nommer. On doit écorcher son compère le Loup et le Lion doit se couvrir de sa peau, après que le Renard lui aura oint les reins et le dos avec de la cervelle de poisson, qu'il a apportée des Indes. On met aussitôt son conseil à exécution, car, pour le roi, la santé passe avant tout. Deux Lynx, avec l'assistance de TOurs, dépouillent le Loup de la tête jusqu'aux pieds.
Le Renard fait ensuite une semonce aux animaux de l'avoir condamné sans l'entendre et pendant son absence ; il continue à jouer le rôle de médecin et prescrit au malade, affaibli, les meilleurs mets du monastère. Le roi l'élève à la dignité de comte palatin (1) et le charge de veiller sur la tranquillité de sa maison. Chacun a ordre de se soumettre aux injonctions du Renard. Celui-ci ordonne donc au Léopard de faire le ménage, de nettoyer et d'orner l'antre. Lui-même, soutenant le roi, il le conduit dans le jardin (v. 606). Après avoir jeûné trois jours, les animaux reçoivent à dîner, sur la proposition du Léopard ; après cela, on assigne à chacun son occupation (v. 641). Les Om^s iront chercher du bois, les Chameaux porteront les tapis (pour orner Tantre), la Loutre et le Castor auront soin de porter de l'eau, le Tigre pourvoira au pain ;