D'après Horace, Epilres, 1. T, Ep. 20, vers
[282-283.] ECB A SIS captivi 305
quant au Renard, il aura son fief. La Loutre ellrayéc annonce cela au Loup et le conjure encore une fois de donner la liberté au Veau. Peine perdue. Mais voilà que les serviteurs s'enfuient : la Loutre saute de la pointe de la colline dans le fleuve et plonge dans les profondeurs; le Hérisson s'enterre dans le rocher. La citadelle est donc attaquée par l'ennemi ; mais le Renard, par un discours flatteur, attire le Loup hors de la caverne, et aussitôt le Taureau le saisit et l'attache à un arbre élevé, tandis que, sur ces entrefaites, le Veau s'est délivré lui-même. Ici encoi*e, le Renard ne peut s'empêcher de dédier au Loup une épitaphe. Là-dessus, il prend possessions des Lares de ses pères, fait un sermon à ses compagnons et les renvoie. La forteresse, dit-il en finissant, a été conquise sans perte, parce que l'intelligence et la ruse valent plus que mille hommes armés. Le Veau rentre chez lui avec sa mère, et il lui raconte brièvement ce qu'il a souffert ; il termine par un éloge en l'honneur du Christ.
L'ouvrage du moine de Saint-Evre estr(^marquable au point de vue historique littéraire, non point seulement parce qu'il est le premier poème du moyen âge, où les animaux jouent un rôle, mais surtout par l'union singulière de la fable animale antique avec la physiologie complètement chrétienne qui se basait sur l'explication typologique de la Bible, telle qu'elle se trouve déjà dans la Bible elle-même (1 :. C'est aussi à cette (( tropologie », qui repose sur cette explication, que l'ouvrage doit en général son origine. C'est avec raison qu'on a expliqué le récit renfermé dans ce cadre, en disant que le loup y représente le diable, dans les griffes duquel tombe l'enfant prodigue du monastère, mais d'où le sauve encore le saint troupeau. Bien que le loup ne paraisse pas dans les traités de physiologie, on y voit cependant le hérisson, son compagnon, comme type de Satan.
Le récit est cependant, dans sa charpente, une fable d'Esope qui, nous l'avons vu (2), avait été déjà retouchée par Paul Diacre, mais que la tradition orale avait répandue dans l'ouest,