V. Béowulf, V
4. Il paraît que, dans l'àme des Anglo-Saxons, c'était la sensibilité qui dominait. ^
par rallitération ; il a quatre arsis, dont trois, quelquefois deux, sont reliées par l'allitération. Dans le premier cas^ et c'est le plus g-énéral, deux des rimes portent sur les deux premières arsis ; il n'y en a qu'une dans le dernier cas. Or, comme la ligne longue se divise essentiellement en deux hémistiches, chacun de ces derniers a au moins une allitération : c'est donc l'allitération qui réunit les deux hémistiches. D'autre part, comme l'allitéralion est, par nature, une rime initiale, attendu qu'elle repose sur le son initial, elle appartient, avant tout et en première ligne, à la première arsis de chaque hémistiche, et la place la plus naturelle et la meilleure de ces deux mots allitérants est à la tête de leur hémistiche. Ajoutons que, comme la seconde arsis allitère aussi, outre la première, dans le premier hémistiche — ce qui est la règle, — il en résulte que la ligne longue reçoit, par la double allitération dans le premier hémistiche en opposition à l'allitération simple dans le second, une séparation plus marquée de ses demi-vers et une ordonnance plus riche, par le renforcement que l'allitération opère sur Tarsis : la beauté de l'ensemble résulte précisément de la nature inégale des deux membres (i). Les arsis les plus marquées sont apparemment la première et la troisième; la seconde, qui n'apas nécessairement besoin d'allitérer, a une force moindre; enfin la dernière, qui n'allitère pas du tout, est la moins forte. C'est ainsi que l'accent métrique forme comme une ondulation (2). Les dimensions delà ligne longue sont fixées par la première et la troisième arsis : celle-là la sépare du vers précédent, et celle-ci partage les deux hémistiches, en vertu de la pause métrique du vers, laquelle précède les arsis.
Le vers anglo-saxon reçoit encore une grande variété de formes par la diversité des thésis. Le nombre de syllabes formant la thésis peut être plus ou moins grand ; elle peut consister en une seule syllabe, comme elle en peut admettre une demi-
1. Si les quatre arsis nllitéraient — ce qui n'arrive qu'exceptionnellement — les deux hémistiches couraient risque de devenir deux vers indépendants, rimes géminées. — V. Riickert, Einleit. zum Helicmd, p. xxi.