‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 20 sur 311 · JUDITH · texte numérisé non relu

JUDITH

Avec le chapitre cinquième, la Bible commence un nouveau récit qui a, lui aussi, un début indépendant (v. 672 à t)95.) De cette manière, se trouve suppléée la transition de l'histoire de Nabuchodonosor à celle de Balthasar : cette transition manque dans la Bible. La domination des descendants du premier resta inébranlable, dit notre poète, jusqu'à la troisième (sic) génération, c'est-à-dire jusqu'à ce que Balthasar saisît le pouvoir et tombât dans un excès d'orgueil insensé. Ce fut la fin de la royauté des Chaldéens: le Créateur la fit passer aux Mèdes et aux Perses. Alors tomba la plus grande et la plus imposante des forteresses, Babylone, parce que Balthasar avait tenté Dieu par ses hostiles fanfaronnades. Déjà s'avance l'armée des ennemis, tandis que le roi est assis à la table du festin. Il se vante d'avoir avec lui des divinités plus puissantes que le Dieu d'Israël. Mais si l'auteur ajoute ici différentes choses au récit biblique, il en omet par contre plusieurs dans les passages qui vont suivre.

On voit donc que le poète de Daniel en prend plus librement avec le texte biblique que ne le fait le poète de la dernière partie de la Genèse; il aspire même à donner à son récit, au moyen d'additions, une certaine ampleur en expliquant les causes des événements et en cherchant à les motiver; mais quant à ce qui est d'une composition poétique indépendante et suivie, il ne sait pas s'y maintenir, comme le poète de l'Exode. A part quelques passages lyriques, le coloris de sa narration est bien plus pâle (1), non seulement que celui de l'autre poème, mais même que celui du chapitre de la Genèse déjà mentionné. Ici disparaît complètement tout Tappareil de la rhétorique, dont les iVnglo-Saxons aiment tant à orner leur style; l'auteur reproduit un petit nombre des discours de la Bible. Le vocabulaire est plus pauvre, et les mêmes expressions reviennent souvent plusieurs fois de suite. Enfin, l'usage anglo-saxon de l'apposition, notamment celui de l'apposition décorative, est ici bien moins fréquent.

Nous trouvons encore, dans cette même période, un travail poétique sur l'Ancien Testament: c'est l'histoire de Judith,

1. En même temps on trouve bien moins ici le costume national.

ainsi nommée d'après le livre biblique qui en fait le fond 1;. C'est ainsi, en effet, qu'on a intitulé ce poème anglo-saxon qui nous a été conservé dans le codex de Beowuif, mais qui n'est, il est vrai, qu'une mutilation (trois cent cinquante lignes longues ) Le début manque. Le poème commence aussi par l'introduction de la catastrophe, le festin d'Holophernc, à la fin du chapitre xn de la Bible , alors que le poète a dépeint auparavant, en quelques vers, la confiance inébranlable de rhéroïne dans la protection de Dieu !2).

Le festin est ici offert par Holopherne à ses plus anciennes épées. Le poète le traite brièvement, mais d'une manière pleine de mouvement, et apparemment d'après les orgies de ses compatriotes, qui s'entendaient bien à dépareilles fêtes. On présente à boire dans des amphores, des hanaps et des coupes. Holopherne rit, crie, s'agite et fait un tel vacarme^ qu'on peut l'eutendre de fort loin. Et pourtant, ils étaient, lui et ses épées, destinés à la mort; mais cet homme puissant et terrible, ne soupçonnait guère un sort pareil (3)^ Ses joyeux compères gisent à terre, ivres-morts, à la tombée de la nuit. Alors le prince se rend dans sa chambre à coucher et ordonne à ses serviteurs de lui amener la belle Judith. Mais assoupi par les vapeurs du vin, il tombe sans connaissance au milieu de sa chambre. Ici se place maintenant le récit de la Bible : seulement, dans le poème, le meurtre d'Holopherne est plus détaillé; Judith ne coupe d'abord que la moitié du cou et s^y reprend à deux fois pour abattre la tête, après quoi Tâme d'Holopherne descend aux enfers pour y souffrir des châtiments éternels dans la salle sombre du dragon.

L'action marche ensuite (v. J22) plus vite que dans la Bible, quoique le poète épique anglo-saxon décrive en détail, comme

1. Grein, Bibliothek der angelsächs. Poesie. Vol. I, p. 120 sq. — Rieger, Alt-und Ajigelsüchsisches Lesebuch. Giessen, 1861, p, 97 sq. — Wülker, Gnmdriss, p. 140 sq.

2. Si la partie qui nous reste de celte poésie n'était pas divisée en trois sections, après les quatorze premières lignes rimées, et si ces sections n'étaient pns marquées, dans lemss.,avec les chiffres X, XI, XII, on serait tenté (\f croire qu'une grande partie de ce poème a été perdue, en voyant la manière dont le poète, dans ce qui nous en reste, traite le sujet biblique.

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