JUDITH
il devait le faire, la fuite de l'héroïne à Bélhulie et son arrivée dans cette ville. Mais le discours où Judilli annonce sa victoire a peu d'étendue^, et les discours des Juifs, ainsi que la scène avec Acliior sont laissés de côté (c. xiii, v. 21 jusqu'à la fin). Judith cherche ensuite à soulever son peuple ; elle l'engage à tomber sur les Assyriens, à la pointe du jour (c. xiv, V. 1 sq.). Cette attaque est décrite avec des couleurs brillantes : c'est un tableau vivant d'une bataille anglo-saxonne avec tous les ornements d'un poème épique populaire. En entendant le bruit des boucliers des guerriers qui sortent (v. 204 sq.), le loup affamé et le noir corbeau, cet oiseau qui se repaît de cadavres, tressaillent de joie dans la forêt ; ils savaient tous deux que les soldats renverseraient les ennemis dévoués à la mort ; à leur suite, volait l'aigle aux plumes trempées de rosée et dont le bec crochu chantait Thymne du combat. Le casque sur la tète et couverts avec le bouclier de tilleul, les héros s'avancent, bannières déployées. Enfin, voici l'attaque. D'abord, elle n'a lieu que de loin ; les Juifs envoient aux ennemis une grêle de flèches, qu'ils lancentavec leurs arcs de corne ; ensuite, ils montent à l'assaut, avec des cris formidables, en leur jetant leurs lances; enfin, au milieu de la mêlée, ils tirent de leur fourreau et brandissent leurs épées brillantes et bien affilées. Le poète raconte ensuite, d'après le chapitre xiv (v. 8 sq.) comment les Assyriens hésitent, par respect, à éveiller Holopherne; il sait exciter habilement l'intérêt du lecteur en faisant approcher à chaque moment les Hébreux victorieux (v. 261). Il nous retrace, avec la joie que devait éprouver un Anglo-Saxon après une victoire, la défaite des ennemis en fuite et ^immensité du butin sanglant, armes, objets précieux, etc., qui tombèrent entre les mains du vainqueur. Judith elle-même, chose étonnante, reçoit pour récompense une partie du butin : l'épée d'Holopherne, son casque ensanglanté et sa cuirasse rehaussée d'un or éclatant. L'héroïne loue le Seigneur, qui lui donna la gloire pour avoir cru fermement en lui (1): et c*est aussi par des actions de grâces à Dieu que le poète termine son travail.
1. C'est ainsi que ce torse — c'est-à-dire le fragment qui reste de cette
C'est là assurément, parmi tous les poèmes anglo-saxons qui traitent de rAncien Testament (1), le meilleur qui nous ait été conservé de cette période. Le style épique n'est ni aiïaibli, ni assombri, par une rhétorique exagérée ou par un coloris poussé à l'excès; la narration est toujours lumineuse et sans entraves, malgré les digressions épiques; l'expression, libre de pathos et de redondance, est pleine de chaleur et de sentiment religieux, par suite de la sympathie que le poète éprouve pour son sujet : les Juifs n'apparaissent-ils pas, dans son ouvrage, comme les ancêlres des chrétiens, et Judith, comme une héroïne chrétienne (v. 86)? C'est ce qui justifie d'autant mieux le costume anglo-saxon, qui ne manque pas ici non plus de se produire, ainsi que j e l'ai montré.