‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 200 sur 311 · Le Cirque, d'après Paul · texte numérisé non relu

Le Cirque, d'après Paul

4. Dans la Vie (p. 4}, il le signe même de son sceau. La scène y est plus dramatique, vu que le démon parle avec l'Hébreu, et celui-ci avec Théophile. C'est le juif qui remplit le vrai rôle de médiateur.

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dès le lendemain, s'accomplit la promesse du démon (v. 126). L'évêque réunit les premiers membres du clergé et de la paroisse et, après avoir fait appeler Théophile, il déclare, les larmes aux yeux, qu'il a péché contre ce saint homme, et lui rend, d'après la Yie, — ce que Hrolsvita indique à peine (1), — son ancienne fonction, avec des pouvoirs plus élevés. Mais Théophile se comporte ensuite d'une manière arrogante avec ses subordonnés ; il ne trouve de plaisir qu'aux joies et à la pompe de la terre, et il remercie Satan.

Cependant, la miséricorde divine, qui ne veut jamais la perte du pécheur^ s'empare de lui et ébranle son âme. Dans un long monologue (v. 463), Théophile parle avec effroi des peines de l'enfer qui laltendent et ne met plus son espoir qu'en la Yierge Marie. Voici qu'elle lui apparaît en songe et lui déclare qu'elle est prête à lui pardonner elle-même, mais que, vu la gravité du crime, elle ne peut pas intercéder pour lui auprès de son Fils. Théophile reconnaît toute l'horreur de sa faute, mais il fait remarquer qu'il y a eu aussi d'autres grands pécheurs, comme les Ninivites, David, l'assassin d'Urie, Pierre, qui renia le Christ, à qui cependant le Christ lui-même a pardonné. Marie finit par se laisser attendrir et promet sa médiation. Trois jours après, elle revient et lui annonce que le Christ lui a pardonné (v. 347). Mais cela n'est pas suffisant pour tranquilliser Théophile; il redemande aussi le papier qu'il a signé, afin que le démon ne le produise pas contre lui au jour du jugement dernier. Cette requête est également exaucée, et, trois jours après, il trouve à son réveil son pacte sur sa poitrine. Alors Théophile confesse publiquement sa faute dans l'église^ et il raconte comment il a été sauvé ; là-dessus, l'évêque engage les assistants à chanter les louanges de la sainte Vierge et brûle le pacte fait avec le démon. Après cela, on dit une messe. Dès qu'elle est finie, on voit le visage de Théophile briller d'une splendeur merveilleuse qui, ainsi que le dit notre poète, témoigne de la pureté

1. On croirait presque que deux vers onl disparu avant le v. 138, car on y lit : « Ast hic e subitis tanti laelalus honoris donis », alors qu'auparavant il n'est nullement question de ces dons {dona).

{randor) do son âme. Mais voilà que, trois jours après, il meurt dans l'église consacrée à la sainte Vierge : il y est enseveli, tandis que son esprit s'envole au ciel. Hrotsvila termine ce poème en faisant l'éloge de la miséricorde de Dieu et en ajoutant un a Amen. » Cette conversion de Théophile est la dernière du premier groupe des légendes qui parurent seules et tout d'abord. C'est ainsi qu'on peut expliquer que le poète ait ajouté précisément à ce poème encore huit hexamètres, où se trouve une prière avant le repas : ce <' bénédicité » en vers n'a aucune relation avec la légende de Théophile ; il devait être vraisemblablement dit après la lecture de chaque légende du livre, car on est en droit de conclure que ces légendes étaient destinées à être lues au réfectoire pendant les repas.

Quant au rapport qui existe entre ce poème et son modèle, ou peut dire qu'il le suit fidèlement en général, si fidèlement même que Hrolsvita en reproduit parfois les expressions ; mais on y trouve aussi, ainsi que nous l'avons fait remarquer dans l'analyse, quelques développements et additions remarquables, qui font connaître les aspirations du poète à lui donner une base plus profonde et surtout plus psychologique (1).

La nature de ce sujet semble avoir particulièrement plu à Urotsvita, car, dans le premier récit du nouveau groupe de légendes, elle en traite un tout à fait semblable. C^est « La conversion d'un esclave de Proterius par saint Basile » (de Césarée) (2). Ce récit repose sur un. épisode de la Yie apocryphe de ce saint, attribuée à saint Amphilochius. Il va sans dire que le poète a ici encore mis à profit une traduction latine qui était déjà composée au ix"" siècle (3).

1. Il va lieu de remarquer également que Hrotsvita fuit, apparaître la sainte Vierge à Théophile en songe, in somnis (v. v. 207), tandis que le modèle ne dit que media noctc. Hrolsvita ne dit absolument rien de la punition de l'Hébreu, qui, du rest3, n'est mentionnée que très brièvement dans le modèle

2. Le titre du manuscrit est : « Gonversio cujusdam juvenis desperati per S. Basilium episcopum.» Mais il a été ajouté au manuscrit par un copiste du XV* siècle. Le premier éditeur, Celtes, donna à ce récit le titre de Proterius, qui ne lui convient pas du tout.

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