‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 203 sur 311 · Plus forte d;ins la Vie {i^ /i8) que dans Hrosvila · texte numérisé non relu

Plus forte d;ins la Vie {i^ /i8) que dans Hrosvila

2. Le poète omet ici ce qui précède dans le Vie (c. 5j et ce qui traite d'Athènes et de saint Paul.

[.SOO-SOI.] PASSIO s. DTONYSn ; PASSTO S. AONES 32.^

du sainl à Dcmopliile [Vila, c. loj un souvenir do la vie du prenfiier, qui se prêtait bien à une description et qui en même temps caractérisait bien son héros. Dans un voyage en Crète, Denys se rend auprès de saint Carpus (v. 45 sq.). Il le trouve au moment où il était fortement irrité contre un païen qui poussait un chrétien à renoncer à sa foi. Denys cherche à le tranquilliser et lui conseille d'implorer pour les deux la g^râce de Dieu, de sorte que^ avec le secours du Sauveur, Tun puisse se convertir et l'autre être ramené au bercail. Mais Carpus persiste dans sa colère^ et désire même la mort à tous les deux (dans la Yie (1), il la demande même à Dieu). Or, pendant son sommeil, il a une vision : au-dessus de lui il voit le ciel en flammes et le Christ^ en qualité de juge, entouré de légions d'anges ; au-dessous, il aperçoit l'abîme terrible de l'enfer et ces malheureux, les yeux pleins de larmes, qui se tiennent sur ses bords glissants et qui chancellent, tandis que des serpents cherchent à les précipiter avec eux dans les profondeurs de Tabîme. Carpus désire que les deux coupables y tombent etil les maudit. Mais Jésus (qui dans la Yie tend la main aux deux pécheurs) gourmande Carpus comme il le mérite. — Disons encore que, dans le récit de la passion du Saint (v, 164 sq.), le poète ne décrit pas tous les supplices qu'on lui fait souflVir dans la Yie, mais le fait décapiter tout de suite. Dans llrosvita également, le tout est couronné par la marche miraculeuse du saint qui, portant sa tête dans ses mains, se rend à son tombeau éloigné de deux milles.

Le sujet de la dernière légende, la Passion de sainte Agnès, composée de quatre cent cinquante-neuf hexamètres, devait particulièrement sourire à notre femme-poète et la remplir d'enthousiasme. La sainte est une des martyres les plus célèbres et les plus anciennes de la chasteté (2) et en elle trouve

1. Où le récit est plus riche et plus vivant dans les détails : il en faut dire autant de la description de la vision.

2. Elle a été déjà chantée par le pape S. Damase, et, d'après lui, par Prudence, qui nous fait un récit de la légende bien plus simple et tout autre que celui de Hrosvila. V. vol. I, p. 123 et 258. Saint Ambroise {Dr virginihus, 1. I, c. 2), saint Augustin (S^mo 273) et saint Jérôme {Ep. 130, ad Demetr.)

son couronnomontlo plus important des vœux des religieuses. Aussi, ce poème débute-t-il par un prologue d^une allure magistrale (v. i-2i); la morale du récit qui va suivre y est en quelque sorte contenue. L'auteur y exhorte en effet les vierges fiancées à Jésus-Christ à bien conserver leur virginité et à rester fidèles au fiancé céleste : c'est pour cela qu'autrefois de pieuses jeunes filles donnèrent elles-mêmes leur vie ; et parmi elles, Agnès est un modèle.

Hrotsvita a emprunté les matériaux de sa narration à une lettre écrite à des religieuses et faussement attribuée à saint Ambroise (1). Elle a suivi fidèlement en général le récit de la vie de la sainte contenue dans cette lettre ; ce récit devait être décisif pour le moyen âge.

Agnès, romaine d'une illustre naissance et d'une grande beauté, s'était, dès son enfance, fiancée au Christ. Mais le fils de Symphronius, préfet de la ville, ayant aperçu celle jeune fille de treize ans, en tombe éperdùment amoureux. Il lui offre de riches présents et demande sa main. Peine perdue. La vierge du Christ le repousse avec dédain ; elle célèbre fièrement son amant céleste, dans un long discours dont les couleurs sensuelles rappellent le Cantique des cantiques (2). Ce refus occasionne une maladie à l'adolescent. Inquiet pour son fils, le père cherche à se renseigner sur l'amant de la jeune vierge et ilapprendque c'est Jésus-Christ. En vain essai e-t-il, on employant les prières et les menaces, de décider Agnès à renoncer à Jésus-Christ et à s'unir à son fils. Si elle reste inébranlable, elle doit au moins se consacrer au service de Vesta. Pour toute réponse, elle accable les dieux d'injures. Plein de colère, le préfet ordonne de lui enlever ses vêtements et de la conduire dans un lupanar. Mais Agnès se confie dans le secours de Jésus-Christ. Le Myître ne l'abandonne pas. Ses

donnent aussi Agnès comme un modèle de chasLelé. Rlle paraît avoir souffert le martyre pendant la persécution de Diociétien.

1. EpistolüH ex Ambrosianarum numéro segregatae. I. y.Ambrosii Opera Venise, 1782. 4°. Tom. VI[I,p. 194 sq.

2. Toutefois Hrosvita ne suit ici que l'exemple de son modèle qui, en cela, va même beaucoup plus loin.

[302-303.] iiROTSviTA : passio s. Ar.xEs 327

cheveux deviennent soudain si longs et si touffus qu'ils recouvrent sa nudité, des pieds à la tète. En arrivant au Jnpanar, elle est reçue par un ange qui Tenvironne d'une lumière si éblouissante qu'aucun des jeunes gens n'ose approcher d'elle, et que chacun d'eux tombe à ses pieds, plein pour elle de vénération. Seul, le fils de Simphronius, poussé par sa passion, s'avance à sa rencontre. Mais, avant même de la loucher, il tombe inanimé sur le sol (v. 269). Comme le père se plaint et accuse la sainte de sortilège, celle-ci prie Dieu de rendre la vie au fils de Simphronius. Il se relève aussitôt et, en même temps que le préfet, il se converlit au christianisme (i). Mais les prêtres païens ameutent le peuple contre la « sorcière ». Simphronius n'a pas le courage de la protéger; il abandonne l'office de juge à son suppléant, qui la condamne à périr par le feu. Cependant Agnès reste saine et sauve, tandis que les flammes saisissent les bourreaux et les païens qui se tiennent tout autour (v. 365 sq.)(2}. La sainte remercie Dieu, mais elle soupire après une fin prochaine. Son désir s'accomplit sur-lechamp : le juge irrité de ce miracle lui tranche lui-même la tête (3). Des anges prennent son âme et la conduisent en chantant des hymnes, dans le palais céleste. Quant à son corps, il est enseveli avec beaucoup d'honneurs par ses parents (4j ; la sainte leur apparaît pendant qu'ils veillent auprès du tombeau ; elle passe devant eux dans un cortège de vierges pompeusement parées, ayant à sa droite un agneau plus blanc que la neige ; elle les assuie de sa félicité, car elle est maintenant étroitement unie à Celui qu'elle a toujours fidèlement aimé sur la terre (5).

1. 11 y est dit, du père (v. 337) : « Atque Deum verum damans dixit fore Christum. » Il n'est nullement question de cela dans la Vie (e. 12); il ne tait que s'étonner de ce miracle et il est triste de ne pouvoir point sauver Agnès.

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