Dans la Vie (c. 14), cela n'a lieu que par son ordre
4. D'après la Vie [l. c), Agnès fut ensevelie sur la « Via Nomentana ». Au-dessus du tombeau s'éiève encore aujourd'hui — tout près des catacombes qui ont reçu son nom — l'église qui lui est consacrée.
5. Ici finit le poème de Hrosvita,qui ne dit rien ni de la mort de Emerentiana, ni de la conversion de Constantia, dont la Vie nous fait le récit (c. 15 et c. 17).
Si nous jetons un regard rétrospectif sur ce recueil de récils poétiques, et si nous mettons à part le deuxième poème qui s'adapte à peine dans le cadre du recueil et qui ne fait que paraphraser le récit biblique en y ajoutant peu d'ornements, nous ne pourrons nous empêcher de convenir que le sujet en est intéressant et qu'il ne manque pas de charmes poétiques. Mais si, d'un côté, nous y voyons, dans le choix des matériaux, le talent de Hrolsvita comme écrivain, nous n'y voyons pas moins percer sa nature féminine et ses habitudes de reli-
gieuse
Pour ce dernier détail, c'est un point caractérisque de voir le livre commencer par l'histoire de la sainte Vierge et se terminer par la passion de sainte x\gnès; déjà longtemps auparavant, les Pères de l'Eglise avaient donné les deux (en même temps que sainte Thècle) comme des modèles d\me virginité h toute épreuve : ce sont les modèles particuliers des religieuses. La virginité masculine est célébrée dans Pelage (1).
Les trois poèmes ont été composés par Hrotsvita avec un amour personnel tout particulier pour le sujet et avec un plus grand enthousiasme : ce sont aussi les trois seuls qui soient agrémentés d'un prologue qui en témoigne. Quant au sujet de '< Théophile » de « Basile )^ et au récit de saint Carpus qui forme le centre poétique de (( Denys >), ils agréèrent à son cœur de femme parce qu'ils manifestent d'une manière admirable la miséricorde infinie du Christ pour le pécheur repentant. Le caractère de Gongolfe lui-même devait être sympathique à cette vierge par la douceur dont il fut si mal récompensé.
Quant à la manière de traiter le sujet lui-même, on voit du moins, dans les passages isolés de la légende de Marie, la pudicité féminine de l'auteur, tout à fait en opposition avec les idées de la source où elle puise. Ce qui trahit encore la femme, c'est devoir que Hrolsvita n'aime pas à s'étendre dans les descriptions des souffrances terribles des martyrs, ainsi que
l. C'est ce que le poète nous dit, sans détour [Pelag., v. 311) : Qua bene servata fulget pro virginitate Adjunctus turmis, coelesti sede receplus etc»
[304-305.1 HROTsviTA : poésik épiquf 329
le faisait précisément le moyen âge ; et cependant les légendes de Denys et de Pelage lui en fournissaient une belle occasion. Bien que notre poète ait en général Thabitude, autant qu'il nous est permis d'en juger, de suivre lidèlement les modèles qu'elle s'est choisis ; bien qu'elle ne dédaigne pas d'en reproduire même diverses expressions, elle ne se fait point pourtant leur esclave, nous l'avons encore vu. Elle abrège, elle développe, elle ajoute même, et tire les conséquences ou donne les motifs. La narration ne manque point de facilité; on y reconnaît une certaine éloquence particulière à la femme, même dans le vers coulant qui se meut avec liberté et rapidité : c'est ce qui met Hrotsvita au-dessus de plusieurs poètes masculins de son temps. Elle aime tellement la rime qu'elle ne cherche à écrire que des hexamètres et des distiques léonins, et ce n'est que par une bien rare exception qu'on voit ça et là la rime faire défaut dans ses vers(l). La langue elle-même offre un cachet tout à fait personnel, surtout dans l'emploi fréquent des diminutifs, ce qui lui donne un coloris féminin (2); l'expression toutefois se ressent d'une certaine uniformité et son vocabulaire poétique n'est point des plus considérables.