CHAPITRE CINQUIÈME
HROSVITA. DRAMES.
C'est Je deuxième livre qui renferme les ouvrages de Ilrosvilu les plus inléressanls, au point de vue de l'histoire littéraire. Depuis que le monde antique se lait, ce sont les premiers essais dramatiques que nous connaissions. C'est en lisant les comédies de Térence que le poète en conçut la première idée, et, par ces comédies seules, Hrosvita apprit probablement à connaître le drame en général. En écrivant ces di'amcs, le poète a voulu, ainsi qu'il nous le dit dans la préface, fournir un contre-poison (i) aux pièces immorales de l'auteur romain qui, à cause de leur style gracieux, attirent les détracteurs eux-mêmes de la littérature païenne ; elle a voulu u que la chasteté précieuse de vierges saintes fût célébrée dans le même genre de poésie dans lequel on récite de honteux incestes de femmes lascives. » Certes, la bonne religieuse est toute honteuse d'avoir été forcée, par ce genre de poésie, de traiter « la folie détestable d'amants criminels et leurs discours doucereux. » Mais c'est précisément par là que le triomphe des femmes pieuses devient plus glorieux. Elle sait assez, d'ailleurs, et elle n'a besoin de personne pour lui apprendre, que, sous le rapport de la forme, elle est restée bien loin derrière son modèle.
Quoique Hrosvita désigne elle-même, sous le nom de u imitation » (2), le lien qui la rattache à Térence, il est bien évident que ce mot ne peut être entendu que dans un sens très général. Ce poète lui a servi de modèle pour le dialogue et lui a fourni plusieurs tournures de phrases que Hrosvita devait du reste connaître par la tradition de l'école. Cette influence
1. Mais Hrosvita ne dit nullement, comme on le prétend en général, qu'eile ail l'intenlion de vouloir faire disparaître, par ses pièces> celles de Ti rencc.
2 (( Non recusavi illum imitari diclaiido .. n
[315.] HROSVITA : DRAMES, u GALMCANUS » :\i{
au poiiil de vue de la langue fut cependant essentiellement restreinte parle fait que notre poète a composé ses pièces en prose (1). Nous verrons plus tard que l'influence de Térence s'est fait peu sentir sons le rapport de la composition. Les pièces de Hrosvita ne sont pas même divisées en actes et en scènes; par contre, et ce à quoi on serait loin de s'attendre, c'est par le choix du sujet que Térence a surtout influencé notre auteur. Certes, Hrosvita n'a traité que des légendes ; mais elle croyait, d'après son modèle, ainsi que le montre la préface, que ce genre de poésie devait avoir des histoires d'amour pour sujet (2). Et en elTet, sur six pièces il y en a cinq où l'amour est en cause : dans quatre d'entre elles c'est même l'amour, sous ses formes les plus sensuelles, qui joue le principal rôle de l'action.
Dans le manuscrit, ces pièces n'ont point de titre, et on leur en a donné un d'après le héros principal de chacune d'elles : (( Gallicanus, Dulcilius, Calimachus, Abraham, Paphnutius, Sapienlia. » (^elle qui ouvre la série est sûrement aussi la première en date pour la composition (3). C'est égalemeni celle où l'action est la plus riche et la plus largement traitée : elle se divise en deux parties, dont la seconde oiïre le caractère d'une petite pièce firiale. Nous pouvons v' apprendre tout de suite à connaître la manière dont Hrosvita procède pour dramatiser son récit. Ce qui en fait le sujets c'est la conversion de Gallicanns, général de Conslantin le Grand, par les employés de la cour, Jean et Paul, ainsi que son martyre et celui de ceux qui l'ont converti, sous Julien. La Passion des deux saints nommés en dernier lieu et les Actes qui la précèdent