Laquelle çà et là est rimée d'une manière surprenante
2. u Hoc tannen facit non raro verecundaii gravique ruhore perfundi, quod, hiijusmodi spr/ie dictdtionis cogente, delestabilem inlicite nmanlium demenliam et maie dulcia colloqnia eorum, qiiae nec noslro audilui permittuntur, accomodari dictando mente tractavi et stdi officio siznavi. »
3. Comme Ta fait déjà remarquer K.öpke (p. 58), elle se rattache immédiatement à la dernière narration poétique de Hrosvita, ou plutôt à sa source, à la légende de sainte Agnès, attribuée à saint Ambroise ; à la fin de cette dernière, l'auteur raconte en détail la conversion de Constantia, fille de Constantin, par sainte Agnès, conversion que Hrosvita a laissée de côté dans son récit poétique. V. ci-dessus, p. 327, rem. 5.
forment la source où le poète a puisé, en en reproduisant même fréquemment les expressions (1).
Yoici, en peu de mots et d'après la source, le sujet de la première partie. Au commencement d'une nouvelle guerre, le général Gallicanus^ encore païen, mais couvert de gloire, demande pour récompense de ses services la main de Constantia, fille de l'empereur. Or, cette fille s'est fiancée avec le ciel. Le père est rempli d'inquiétude à cause de cette dissidence ; mais, comptant sur le secours de Dieu, sa fille lui conseille de la promettre à Gallican s'il remporte la victoire ; cependant, afin qu'ils puissent mieux se connaître, elle exige aussi que, pendant la campagne, il laisse auprès d'elle ses deux filles ; en échange, il doit prendre dans son entourage Jean et Paul, ses deux pieux chambellans [primicerii). La conversion des filles et du père est la conséquence de cette mesure. Ce n'est, il est vrai, qu'après une défaite que Gallican embrasse le christianisme ; pressé par l'ennemi, il a suivi le conseil des deux chambellans et promis au Dieu des chrétiens de se faire baptiser s'il est victorieux. Il se consacre ensuite, ainsi que ses filles, à la vie ascétique.
La deuxième partie, bien plus courte, a pour sujet la Passion des trois martyrs; sous Julien, d'abord celle de Gallican, qui est en premier lieu exilé et ensuite décapité ; puis celle des deux officiers de la cour, dont Julien exige les services. Ils refusent de servir ce païen et plus encore de sacrifier à Jupiter. Ayant été élevés dans le palais, ils sont mis à mort secrètement par des soldats, sous la conduite de Terentianus. Mais le fils de ce dernier se trouve soudain possédé du démon au tombeau des martyrs. Réduit au désespoir, le pauvre père se convertit au christianisme, et les martyrs lui rendent son fils sain et sauf.
Passons à la composition de la première partie.
1. V. Acta Sanctor., Junii, t. V, p. 37 sq. et p. 159 sq. Le faitmèmede voir les Actes former un tout avec la Prt6sio?i montre déjà que les deux parties de la pièce ne doivent pas être considérées comme deux drames indépendants l'un de l'autre, mais qu'ils sont dans le rapport de dépendance qui a été indiqué ci-dessus.
[317.] HROSVITA : DRAMES. (( GALLICANUS )) 3^1-3
La pièce débute par un dialogue entre Constantin et Gallican qui est accompagné par les « princes » (principes), c'està-dire apparemment par les généraux de l'armée : dans ce dialogue, l'empereur exhorte le g-énéral à commencer enfin l'expédition contre les Scythes ; mais celui-ci, tout en protestant de son obéissance, demande une récompense. Cependant ce n'est pas sans hésitation qu'il ose la faire connaître. L'empereur déclare d'abord qu'il doit consulter sa fille. C'est ce qui a lieu dans la deuxième scène. Constantia assure qu'elle aime mieux mourir que de sacrifier sa virginité; néanmoins, pleine de confiance en Dieu, elle donne à son père le conseil que nous avons déjà fait connaître en analysant la source. Dans la scène suivante, nous retrouvons Gallican avec les généraux, inquiets au sujet de la décision. Mais il aperçoit Constantin qui, loin d'avoir cette mine sombre qu'il montrait, revient avec un visage épanoui. Dans la quatrième scène, l'empereur fait connaître à Gallican la réponse de sa fille.
Ces quatre premières scènes sont très remarquables par un dialogue dramatique des plus animés qui rend fidèlement les sentiments des personnag-es : c'est donclà, pour cette époque, une production vraiment étonnante.
Nous sommes à la scène cinquième. On annonce à Constantia les filles de Gallican. Elle s'adresse à Dieu et le prie de détourner le père de ses « intentions injustes » et de remplir le cœur des filles de la douceur de son amour, afin qu'elles veuillent embrasser l'état de la sainte virginité. Constantia engage ensuite les deux jeunes filles à choisir celte vocation et elles y consentent sans détour. Elle met sur le compte d'une inspiration divine cette subite conversion. Dans la scène sixième, on envoie à Gallican les chambellans {primicerii) ; il les reçoit, dans la scène septième ; puis il part et va sacrifier aux dieux, avant de se mettre en campagne. A la scène huitième, nous le voyons revenir du temple et rencontrer les deux chambellans qui, pendant ce temps, se sont apprêtés pour Texpédition (1).
\. Jean ouvre la scène en disant: « En dux egrediLur; ascendamus equos, ))
344 mTÉRATrp.E latine [318.]
La scène suivanlo nous coodiiit sur le champ de balaille. Les légions ennemies sont innoml)rablos, à ce que pense Gallican; cependant il veut qu'on leur oppose une résistance vigoureuse. Mais déjà les tribuns doutent du succès et inclinent à se rendre. Alors Jean conseille à Gallican de faire vœu d'embrasser le christianisme, afin d'obtenir la victoire. Gallican le fait. — Tout cela s'accomplit avec la rapidité de l'éclair (1). Les ennemis ne tardent pas à déclarer à leur roi que leurs forces et leur courage sont épuisés : il l'a senti luimême ; il annonce à Gallican sa soumission et celui-ci la reçoit avec clémence ; lui et son peuple seront fédérés.
Dans la scène dixième, nous voyons l'armée faire son entrée à Rome. Gallican veut passer près du temple et entrer dans Téirlise des Apolres. Constantin s'étonne du retard de son général, etil apprend, dans la scène onzième, que cela provient de sa visite à l'église des Apôtres,
Enfin la scène douzième est plus détaillée. Gallican, dans un dialogue animé avec l'empereur, lui apprend les péripéties de la bataille, bien que cette dernière ait été déjà mise en scène ; il suit fidèlement la source, jTiais en y faisant quelques additions ; il dit par exemple qu'après avoir fait son vœu, il a vu un jeune liommc portant une croix le précéder ; il avait à ses côtés des légions armées de personnes inconnues ; et il termine en disant qu'il renonce à la main de Constanlia et qu'il ne veut pas se marier. Dans la dernière scène de la première partie, Conslanlia, les filles de Gallican, Tempereur, Hélène viennenl se joindre aux précédents, les veux remplis do larmes de bonheur. Gallican, qui est devenu chrélien, refuse l'honneur qu'on veut lui faire en lui oiTrant d'habiter dans le palais, comme membre de la famille impériale ; maintenant, il ne veut cire que l'humble serviteur de l'empereur qui lui a procuré la victoire ; il veut se rendre à Oslie, auprès d'un saint moine, pour y vivre d'une vie entièrement ascé-
1. Apre? la proposition de Jean, Gallican dit : « Yoveo et opère implebo. » Et, là-dessus: « llostes: Iteus! rex Bradan, sperandae fortuna victoriae alludit nos; en dextrae languescent, vires fatiscent, sed et inconstantia pectoris cogit nos discedere ab armis. »
[318-319.] HRosviTA : drames. « gallicanus » 345
liqiic. Colle première partie, qui forme iiii tout complet, se termine par ime prière que Constantin adresse au ciel en demandant à Dieu de bénir cette bonne disposition, Gallican y répond par un Amen.
Il est facile de reconnaître que, de même que dans les mystères postérieurs, la composition du drame est toute épique. C'est ce que montrent bien les scènes sixième, septième et huitième : elles sont très courtes et n'ont pas la moindre valeur dramatique ; en tout cas, elles auraient pu n'en faire qu'une seule. Le changement perpétuel de scène laisse déjà reconnaître que Ilrosvila n'a pas pu avoir la pensée de faire représenter ses pièces ; il est même bien difficile qu'elle ait pu en général se faire une idée d'une représenlation. Elle n'a sûrement pensé qu'à la lecture, et elle a cru également sans doute que les pièces de Térence n'avaient pas d'autre destinalion. Le dialogue seul est vraiment dramatique ; toutefois le début de la pièce elle-même et la manière dont Constantin commence son discours montrent un certain talent dramatique du poète. C'est à peine, par contre, si l'on y trouve le vestige d'une élude des caractères.
Notre critique ne s^ipplique pas moins à la dernière partie où le double martyre n'a pas la moindre relation irjtrinsèque. Les premières scènes sont très caractéristiques par rapport à l'absence dramatique de composition. Dans la scène première, Julien envoie ses soldats pour chasser les chrétiens de leurs propriétés. Ils reviennent aussit(M chez lui (1) dans la scène deuxième, et ils lui racontent ce qu'ils ont appris en mettant le pied dans le « château fort » de Gallican. Julien leur commande d'enchâsser Gallican. Dans la scène troisième, celui-ci déclare aux soldats^ qui font leur apparition sans rien dire, qu'il se rendra à Alexandrie. Ce rapide discours forme toute la scène. La scène quatrième nous montre de nouveau les soldats revenant auprès de Julien pour lui rapporter déjà que Gallican a été mis à mort à Alexandrie. — Comment
1. La pause entre Toidre reçu et le rapport qu'ils fout n'est point remplie. La scène se termine par : « Milites : In nobis non erit mora. » La scène deuxième débute par : « Gonsules : En milites revertuntur. »
était-il possible de croire à la représenlalion de pareilles pièces, ainsi que l'ont fait pourtant plusieurs personnes, et même des savants judicieux?
a Dulcilius », la deuxième pièce, a, d'après le sujet, un caractère essentiellement différent. Et plus d'une scène nous fait souvenir de la comédie et de la farce, bien qu'ici ég^alement il s'agisse d'un martyre, et d'un martyre de trois jeunes vierges : Agape, Chionia et Irène. En voici le contenu. Dioclétien veut bien marier les trois sœurs, aussi belles que nobles, avec les premiers de son palais, si elles consentent à renoncer à Jésus-Christ et à sacrifier aux dieux. Elles refusent. Là-dessus elles sont livrées au président Dulcitius (scène première). Celui-ci se les fait amener, et, séduit par leur beauté, il veut jouir de leur amour, ainsi qu'il le déclare à leurs gardiens. Afin de les voir commodément, il les fait enfermer dans une pièce de sa maison, dont le vestibule est affecté à l'étalage des ustensiles de cuisine (scène deuxième). Pendant la nuit, il pénétre dans cette pièce ; mais, saisi d'une folie subite^ au lieu d'embrasser les jeunes filles, il embrasse et caresse, au vu et su des vierges qui l'observent, les pots et les casseroles tout maculés de fumée. Cette scène quatrième est pleine de vie et de mouvement. Il en ressort noir comme un démon, en sorte que les gardiens eux-mêmes, saisis de frayeur, prennent la fuite (scène cinquième). Il court au palais pour se plaindre à l'empereur de cette conduite des gardiens; arrêt des concierges, qui menacent de battre cet homme couvert seulement de quelques lambeaux noirs et déchirés scène sixième). Mais voici sa femme qui vient et le reconnaît^ malgré sa mascarade. Il remarque enfin à quel point il a été trompé par les sorcelleries des jeunes filles. Il veut se venger : il les exposera toutes nues (scène septième). Or, les gardiens déclarent que c'est en vain qu'ils s'efforcent de les déshabiller ; leur robe semble être collée à leur corps comme la peau (scène huitième). Alors Dioclétien les livre au comte Sisinnius; mais comme elles persistent à professer le christianisme, ce dernier condamne les plus âgées à être brûlées ; elles meurent sans que leurs habits ou leurs corps soient entamés par les flammes. La plus jeune, Irène, sera mise dans un, lu-
[320-321.] HROSVITA r'DRAMES. « DIILCITIUS ». « CALIMACHUS » 347
panar; mais les gardiens qui l'y mènent, trompés par deux anges, la conduisent sur le sommet d'une montagne. C'est en vain que Sisinnius tente d'y parvenir aussi ; de guerre lasse, il ordonne qu'on la mette à mort avec une flèche.
Ici encore l'auteur suit fidèlement une légende que nous trouvons dans les Acta Sanctorum^ à la date du 3 avril (1). Hrosvila se contente de quelques variantes (2), et elle reproduit moins littéralement son modèle qu'elle ne l'a fait dans la dernière pièce. Mais le genre de composition est le même.
La troisième pièce, « Calimachus » (3), a le caractère d'une tragédie d'amour. Le sujet en est tiré des actes apocryphes de l'apôtre saint Jean, de l'histoire apostolique (^;905^o/zcö'A?.storia) (4) du prétendu Abdias. La composition est un peu plus libre que celle de « Dulcitius », attendu que l'auteur s'en tient moins textuellement à son modèle.
Ici encore, le début de la pièce, qui se joue àEphèse, montre beaucoup d'habileté. Callimaque fait part à ses amis de son amour pour la belle Drusiana, épouse d'i^ndronicus. Il espère la gagner. Ses amis lui répliquent qu'elle est chrétienne. Et, comme il persiste, malgré cela, dans sa résolution, ils lui apprennent que Drusiana est une élève de Jean et qu'elle s'est entièrement consacrée à Dieu : elle refuse ses droits même à son mari^ qui est pourtant un homme foncièrement chrétien. « Vous me réduisez au désespoir, vous en qui j'espérais trouver ma consolation », s'écrie cet amant. Mais il espère lou-
J. V. Aprilis, tome I, p. 248 sq. — Que celte légende fût connue également en Occident longtemps auparavant, c'est ce que nous montre Aldliehn (V. vol. I, p. 588).
2. C'est ainsi que, dans ]a légende, la scène première se passe à Aquilée, la deuxième à Thessalonique, où s'est rendu l3ioclétien, traînant après lui les chrétiens captifs. Hrosvita ignore cette variété des lieux et en rétablit ainsi l'unité. Elle abrège aussi parfois les discours, ce qui donne plus de rapidité à l'action.