C'est ainsi que le nom se présente dans le manuscrit
4. L'édition dont je me sers est celle de Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti. (Ed. II. Hambourg 1719.) On peut y voir (p. 542 sq.) l'histoire de Drusiane. Quant aux Actes de Jean, V. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden (vol. I, p. 348 sq.) et en particulier notre légende, p. 457 sq.
348 LTTTÉRATURE LATINK [321-322.]
jours persuader Drusiana (scène première). Cet essai faille sujet de la scène deuxième. Cerles. il est représenté dune manière très imparfaite, et on devait s'y attendre de la part d'une religieuse. Gallimaque n'y va pas, pour ainsi dire, par quatre chemins. Il n'en est que plus tôt repoussé par Drussiana, qui lui fait perdre tout espoir, même pour l'avenir. Il menace toutefois de revenir encore à la charge. Aussi Drusiana, dans le monologue qui suit, craint-elle pour sa chasteté. Elle ne sait que faire. Révèlera-t-elle celte poursuite? Mais cela mettra la hrouille parmi les bourgeois. La cacherat-elle ? Mais il sera difficile d'échapper aux embûches diaboliques (1). Elle prend donc le parli de demander la mort à Jésus-Christ, afin de ne pas causer la ruine du jeune homme. Sa prière est exaucée sur-le-champ. Andronicus, ayant pénétré secrèlement dans sa maison, n'arrive que pour constater la mort subite de son épouse (2).
Mais cela ne guérit pas Gallimaque de sa passion. Il gagne le gardien du tombeau, Fortunat (scène cinquième), qui lui permet de voir celle qu'il aime. Dans la scène suivante^ entraîné par sa passion, il veut faire violence même à ce cadavre, et l'infidèle ForUmat l'excite à ce forfait. Mais un serpent terrible s'attaque à ces deux infortunés. Dans la scène septième, Jean et Andronicus arrivent au tombeau de Drusiana, afin de prier pour son àme (3). Ils y rencontrent, sous la forme d'un
1. Abdias ne dit rien de tous ces soucis. On n'y trouve (d'après Fabricius /. f., p. 343) que ceci: Quia cau^a tanti vulnerh infinnae animae sum: et avant sa maladie, il avait dit : Dolens qund,.. tantum eœ rjus forma nefas exortum e>>set. C'est à cela que se rapporte le début de notre nionoloi^ue : « Eli heu ! domine J. Chr., quid prodest castitatis professionem subiisse, cum is amens inea deceptus est specie? » Qu'on compare avec cela les paroles de Jean, scène septième, par rapport au désir de mourir manifesté par Drusiane : » Hoc amor castitatis coegit. » Il est remarquable de voir que Hrosvita crut nécessaire de donner à cela un motif plus profond et qu'elle le développa avec une connaissance parfaite de la faiblesse du cœur de la femme.
2. C'est ainsi qu'il faut comprendre la scène troisième dans Hrosvita ; dans Abdias, cette mort est précédée d'une maladie de la fièvre qui prend Drusiana deux jours après sa rencontre avec Cailimaque.
3. « Quo animam Christo commendemus prece; » ainsi est rendu ce que Abdias a exprimé par: « ut sacra celebrarent. »V. Fabricius p. 548. Cf. Lipsius p. 459.
[322-323.] iiuosviTA : duamks. « cali.maciius » 349
beau jeune homme, Jésus-Christ, qui leur dit (]uo « il a apparu à cause de la résiirreclion de Drusiana et de Callimaque (par le minislère de Jean) []), afin que son nom soit loué en eux » ; après quoi il disparaît (2). Les deux autres s'approchent maintenant du tombeau. Et voilà qu'ils trouvent le cadavre de Drusiana hors du tombeau, et, à côté de lui, ceux de Callimaque et de Forlunat, tous deux enlacés par le serpent, car le dernier avait été tué par le replile et le premier était mort de frayeur (3). Andronicus révèle à Jean la cause de la mort de Drusiana. Mais Tapôtre, après avoir cbassé le serpent, réveille d'abord Callimaque. Celui-ci raconte alors que, à l'approche du serpent, un beau jeune homme, au regard terrible, lui a apparu; des flammes jaillissaient de sa figure et une étincelle l'a frappé : « Meurs, Callimaque, lui a-t-il dit, meurs pour vivre ! » Après ces paroles, il a ces§é de vivre. — Callimaque regrette amèrement sa vie passée et son forfait, et demande à devenir chrétien, sous la direction de l'apôtre. Ensuite Drusiana est rappelée à la vie et elle désire la résurrection de Forlunat. (Callimaque s'y oppose, mais en vain, en disant que c'est Forlunat qui Ta poussé au crime. L'apôtre lui en fait un reproche, l'engage à se montrer chrétien, et laisse à Drusiana le soin de rappeler Forlunat à la vie. Ce dernier n'en montre pas la moindre reconnaissance: lorsqu'il apprend que Callimaque s'est converti et que c'est Drusiana ellemême qui l'a rappelé à la vie, il préfère mourir encore que de voir ces deux êtres si riches en grâces (4). Son désir sera
1. Ce qui manque; nous avons lieu de nous en étonner. Dans la source, le jeune homme dit à Jean (/. c. p. 459) : « Propler Drusianara, quam habes nunc resuscitare etc. »
2. Andronicus dit après le discours du Christ : «Quam subito receptus est coelo! » Et l'auteur dramatise ainsi son récit: « l'^t haec cum dixtsset... in coeium, videntibus Joanne et caeteris, revertebatur. »
3. C'est ce que nous trouvons dans la source, et ici (scène sixième) cela est prédit par Callimaque à l'approche du serpent.
4. Ici Hrosvita s'éloigne du texte tradilionnel d'Abdias, où il est dit : a Cum... vidisset Drusianam resuscitalani )),et ensuite : « Ne videret quod etiam ad illos virtutis gratia pervenisset » {L C;, p. 555). Je dis: du texte traditionnel, car le récit de Lipsius concorde avec le texte de Fabricius p. 463). Le modèle dont s'est servi Hrosvita olffait sans doute ici un meilleur texte.
accompli et, pour sa jalousie, il ira en enfer : voilà ce que dit l'apôtre ; et la pièce se termine par les pieuses méditations qu'il fait.
La pièce qui suit est l'une des meilleures ; elle est intitulée Abraham^ bien que le titre qui lui conviendrait le mieux fût Maria ^ d'après l'héroïne. C'est la conversion d'une courtisane qui en fait le sujet. Marie, orpheline déjà à sept ans, se retire chez son oncle, le pieux ermite Abraham, qui la fiance à Jésus- Christ. Elle passe vingt années d'une vie tout ascétique près d'Abraham. Mais voilà qu'un moine réussit enfin à la séduire, après y avoir vainement travaillé toute une année, dans les visites qu'il faisait à l'ermite. Elle prend ensuite la fuite, désespérant obtenir le pardon. xMais Abraham envoie un ami à sa recherche. Celui-ci la trouve, après deux années, dans une maison de prostitution. L'ermite entreprend de la ramener et, habillé en soldat, il pénètre jusqu'à elle. Repentante, Marie le suit et se soumet à la plus rude pénitence. — Ce sujet est emprunté à une Yie de l'ermite Abraham (qu'on dit avoir vécu près de Lampsaque), composée en grec par un contemporain, Ephraim. Il va sans dire que notre poète en avait sous les yeux une traduction latine, qui ne semble plus exister dans sa rédaction primitive (1).
La composition de cette pièce offre tout à fait le caractère épique des précédentes, et l'auteur n'y tient nullement compte de l'unité du lieu. Les scènes suivent pas à pas le récit. Pour en faciliter la marche dramatique, le poète a fait entrer dans la pièce, avec beaucoup d'habileté, l'auteur de la vie lui-même^ Ephrem, qu'elle a donné à iVbraham pour « confident « (2). La pièce débute par un dialogue entre les deux personnages. Abraham dit à son ami les soucis que lui cause la belle or-
1. Ce qui s'en rapproche Je plus est, d'après Kopke (p, 64), le texte publié dans l'édition des yUae 'paivum par Rosvveyde (Anvers 1628, p. 368 sq.). 1/ori^inal grec se trouve dans les Acta ^'è., Martli (t. II, p. 741 sq.); on y trouve aussi {ihid. p. 433 sq.) une traduction latine moderne avec introduction.
2. Idée que lui donna la Vie, il est vrai, où {Acta SS.<f l. c, p. 441, § 28) Marie, dans son désespoir, pense aux bonnes leçons qu'il lui a données, quoiqu'il n'en ait été nullement question auparavant.
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pheline de sept ans et lui fait connaître son intention do la consacrer à la vie ascétique, qui se trouve déjà indiquée dans le nom qu'elle porte. Dans la scène suivante, il fait connaître son dessein à l'enfant elle-même, lui présente la sainte Yierg-e comme un modèle dont elle pourra se rapprocher par une chasteté inviolable. La scène troisième n'a lieu que vingt ans plus tard. Abraham y communique à son confident la chute de sa nièce, et les rêves qui la lui avaient prédite et dont il est aussi question dans la Vie. Il a tout appris par dos personnes qui savent la vérité (1) : il sait aussi la vie qu'elle mène. Il veut pénétrer jusqu'à elle sous le masque d'un amant, même au risque de violer son vœu d'abstinence dans le boire et le manger. L'assentiment d'Epbrem le fortifie dans sa proposition. Dans la scène quatrième, l'ami longtemps attendu revient, et Abraham, armé d'un casque, d'une lance et d'un solidîis pour le maître de la maison publique, s'apprête à partir (2). A la scène cinquième, nous voyons déjà Abraham saluer le stabularius et lui exprimer le désir de voir cette beauté tant vantée. Cette scène est remarquable par la vie du dialogue et le naturel de la narration (3). On appelle Marie. Abraham a peine à retenir ses larmes en voyant sa nièce vêtue en prostituée. Mais ]e maître de la maison la félicite de ce qu'elle attire à elle non seulement les hommes de son âge, mais aussi les vieillards. La rencontre d'Abraham avec Marie^
1. « Ahr. Tandem accesseriint qui verilatem seien les, res sese ita ut tibi nunc exposui, habere dixerunt. »
2. Dans cette scène nous voyons, chose curieuse, notre auteur mettre une remarque explicative dans la bouche de l'ami, et nous montrer par là que ces pièces n'élaient destinées qu'à la lecture. Abraham s'écrie : « Quid hoc monstri est, quod hanc... alienos amatores audio sequi ! » et l'ami de lui répondre : « Hoc raeretricibus antiquitus fuit in more, ut alieno delectarentur in amore. »
3. En voici le début : « Ahr. Salve bone stabularie. Stah. Quis loquitur? Hospes, salve. Abr. Estne apud te locus viatori ad pernocLandum aptus? Stab. Est plane; nostra hospitiola nuUi sunt neganda. Abr. Laudabile. Stab. Inlra, ut tibi praeparetur scena. Abr. Magnas libi pro hilari susceptione (gratias) debeo, sed adhuc majora expecto. Stab. Quae voles ut concessurum efflagita. Abr. Accipe vile munus, quod defero, et fac ut praepulchra quam tecum obversari experiebar , puella nostro intersit convivio, etc., etc. »
qui ne le reconnaît pas, est représentée d'une manière excessivement naïve ,1. Comme elle l'embrasse, elle sent un parfum s'échapper de ce pieux vieillard, et ce parfum lui rappelle sa vie ascétique d'autrefois. Elle pousse un cri de plainte contre elle-même et sur sa chute profonde. Mais le patron étant toujours présent, Abraham continue son rôle : il n'est point venu pour pleurer avec elle ses fautes, mais pour prendre plaisir à son amour. Après avoir bu et mangé, il veut se reposer et suit Marie dans sa chambre à coucher. — Enfin ! les voilà seuls ; on ferme la porte à clef, et il se fait connaître (2;. Marie, contrite et repentante, craint de ne point obnir le pardon du ciel à cause de la grandeur de ses fautes. Mais Abraham cherche à la consoler, en lui représentant la surabondance de la grâce divine. N'est-ce pas dans cette seule espérance qu'il a pu s'imposer le sacrifice énorme qu'il a fait pour elle? Cependant, elle se décide à le suivre. Dans la scène suivante, ils sont déjà de retour. Dans la dernière scène, enfin, Abraham communique déjà à Ephrem l'heureux résultat des mortifications auxquelles Marie s^est soumise. C'est par une prière d'actions de grâces à Dieu de la part des deux ermites que se termine cette pièce : elle ne manque pas d'unité d'action ; elle contient quelques scènes saisissantes qui excitent une émotion purement humaine, émotion qui naît de la douceur du caractère d'Abraham et de ses relations avec sa parente Marie.
La pièce suivante, « Paphnulius », traite un sujet absolument semblable et lui fait pendant, de sorte que nous voyons arriver ici ce que nous avons déjà rencontré dans les récits
1. Aux félicitalioris du patron Marie répond : « Quicumque me diligunt, aequalem amoris vicem a me recipiunt. ^ Après quoi Abraham dit: «Accède, Maria, et da mihi osculum. — Maria : uNon solum dulcia oscula libabo, sed eliam crebris senile collum amplexibus mulcebo. A6r. Hoc voie. »
2. « Tempus, ablato capitis velamine quis sim aperire », dit-il. Il n'est pas facile de savoir ce que le poète a voulu exprimer par ce voile. Auraitelle eu en vue le casque? Mais il ne couvrait pns son visage, puisque Marie l'avait déjà embrassé. — Dans la source, elie ne le rcîConnaîL pas non plus, mais cette circonstance est attribuée à la grâce divine, afin que Marie ne prenne pas la fuite. — V. Ada SS., l. c, p. 442, § 34.
1326. I HROSVITA. « PAPllMITIlS >» 353
épiques du poêle, où « Théophile» reçoit aussi un pendant dans « Prolerius ». Mais, ici comme là, le pendant, ou deuxième sujet, n'est pas à la hauteur du premier (I). Dans Paphnutius, l'auteur a puisé aussi à une source grecque qui était arrivée jusqu'à elle, dans une traduction latine : c'était une Vie de sainte Thaïs, qu'on dit avoir vécu en Kgypte, au quatrième siècle (2). C'était aussi une fille mal famée ; elle fut convertie par l'abbé Papbnutius, qui alla à sa recherche, également sous les dehors d'un amant.
Ce n'est sans doute que pour enrichir un peu ce maigre canevas et pour donner un peu de charme à la répétition du même sujet que cette pièce débute par une scène singulière, dont la source ne dit rien (3). Papbnutius apparaît avec ses élèves; il est triste, et ceux-ci lui en demandent la cause. « C'est, dit-il, à cause d'une offense faite au Créateur par une de ses créatures, qu'il avait faite à son image et à sa ressemblance. Seul, le petit monde s'oppose à la domination de Dieu, tandis que le grand s'y soumet avec résignation. Et, làdessus, vient se greffer une dissertation savante sur le Microcosmos, l'homme, et ses rapports avec le Macrocosmos, le monde ; à cette occasion, les élèves adressent une question au maître. C'est surtout la musique qui en fait le sujet, d'après l'ouvrage de Boëce, Ce n'est qu'après cette longue digression que les élèves apprennent enhn la cause du chagrin de leur maître : c'est la vie déréglée de Thaïs. Il veut essayer d'y mettre fin, et, sous les dehors d'un amant, il se propose d'aller à sa recherche. Il part, et il réussit (scène troisième) à l'arracher à sa vie criminelle, en réveillant en elle l'espérance du
1. Celle circonstance est une nouvelle preuve de l'arrangement chronologique de chacun de ses ouvrages par l'uuleur.
2. Les Acta SS., Oclohr. (t. IV, p. 225) nous donnent une ancienne traduction latine, avec laquelle plusieurs passages de notre pièce concordent littéralement. Ces Actes des Saints nous donnent, en remarques, le texte d'une recension un peu différente de cette traduction. Elle prétend être elle-même une traduction du grec. C'est encore le texte des Acta SS. qui sert de base à une élaboration postérieure de cette légende, en vers hexamètres léonins, par Marbod.
3. Ce qui y donna lieu, c'est assurément le passage cité ci-après p. 354, rem. 2.
pardon, au moyen d'une vie sévère passée dans rascétisme (1). Elle brûle publiquement Targ-ent qu'elle a gagné par la débaucbe (scène quatrième et le suit pour se rendre dans un monastère de femmes, où, avec le consentement de l'abbesse, Paphnutius l'enferme dans une étroite cellule, et où elle se soumet aux privations les plus dures scène septième) (2). Paphnutius rentre chez lui (scène huitième) ; trois ans se sont déjà écoulés, ainsi qu'il le fait remarquer dans un court monologue (scène neuvième) ; il désirerait savoir si la contrition de Thaïs est agréable à Dieu. Pour cela, il veut s'adresser à saint Antoine. Ainsi que nous l'apprenons dans une des scènes suivantes, un élève de ce dernier a une vision : il voit, dans le ciel, gardé par quatre vierg-es (3), un lit magnifique, et, par une voix d'en haut, il apprend que cette gloire est réservée à Thaïs. Paphnutius court à la cellule et délivre la pécheresse, attendu que Dieu lui a pardonné. Il lui annonce en même temps sa lin prochaine et bienheureuse ( scène douzième). Thaïs meurt, en eiïet, assistée par lui, dans la scène finale.
Cette pièce est décidément plus faible que la précédente; à certains endroits, elle semble n'en être qu'une pâle copie.
Le dernier drame : « Sapientia », est le plus faible de tous. Il a pour sujet la légende allégorique des trois sœurs, « Fides, Spes, Caritas », filles de la Sagesse, qui ont^ dit-on, souffert le martyre sous Adrien (4). L'empereur apprend du préfet An-
1. Il rattache son admonestation au nom de Dieu, que Thaïs prononce : a la question qu'il lui adiesse pour savoir s'il y a encore un réduit plus caché, e le répond, dans la Vie : a Si ce sont les hommes que tu crains, tu peux être tranquille; ils ne viendront pas dans le lieu où nous nous trouvons; mais si tu crains Dieu, il n'y a point de réduit où tu puisses te cacher. » Hrosvita dit moins bien : « Est elcnirn (non) aiiud occultum tam secretum, ut ejus pénétrai nulii praeter me nisi Deo est cognitum. » Le sens exige ici impérieusement qu'on ajoute la négation non.
2. On ne lui permet de dire tout haut que cette prière : Qa'i me plasmati, miserere met ; car ses lèvres souillées ne doivent pas prononcer le nom de Dieu.
3. Dans la Vie des Acta SS. [l. c, § 4), il n'y en a que trois; on serait tenté de croire que la rédaction que noire poète avait sous les yeux était la meilleure. Marbod a suivi ici le texte des Acta SS.
4. Cette légende est racontée avec le plus de détails par Métaphraste : V. Toriginal grec, avec la version latine publiée d'abord par Surius (au
!328., HIIOSVITA. (( SAPIENTIA » 'M'yl)
tiochus que ces femmes sont arrivées à Rome pour y répandre le christianisme (scène première). Klles sont citées devant Adrien, qui les presse l'une après l'autre, mais on vain, de sacrifier aux dieux ; elles préfèrent souiïrir les plus cruelles tortures, en sorte que, chez elles aussi, c'est la décapilation seule qui amène la mort. Dans trois scènes de suite, se répèle la même aclion, avec de légères variantes. Sapiontia, qui a exhorté ses filles à la fermeté et les a félicitées de la victoire, les ensevelit ensuite, aidée de quelques matrones; elle demande à Dieu, sur leur tombeau, de lui envoyer la mort, et sa prière ne tarde pas à être exaucée.
Bien que les noms de ces femmes renferment une tendance allégorique, ils n'apparaissent cependant nulle part dans la légende comme des personnificalions, et l'on ne trouve pas même, dans leurs discours, la moindre allusion à ce sujet. La même remarque s'applique aussi pleinement à la pièce de Ilrosvila par rapport aux filles 1) ; par rapport à la mère, on trouve^ il est vrai, en un passage, une exception : Sapienlia (scène troisième) se fait connaître comme étant la Sagesse, et, en particulier, la Sagesse de l'école, en communiquant à l'empereur l'âge de ses filles, sous la forme d'une énigme scientifique et en l'expliquant ensuite, sur sa demande, avec beaucoup de détails et d'une façon magistrale (2). Mais on va beaucoup trop loin en considérant, pour ce motif, comme le fait Magnin (3), cette pièce déjà comme un modèle des moralités postérieures, qui du reste avaient un point de départ étranger aux légendes.
1" août), dans Migne: Palrol. f/nieca, t. GKV, p. 497. Toutefois ici ce n'est pas Adrien qui apparaît comme juge, mais bien Antiochus lui-même. Par contre, c'est aussi Adrien dans la Légende dorée, de même que dans Hrosvila. Cf. aussi Aria SS., August., t. I, p. 16; et Köpke, Op. c, p. 69.
i. Baraclv prétend U contraire dans son Intioduclion (p. xxxvii), mais il n\'i\ donne aucune preuve et prol)ablement il lui serait bien dilHcile de le faire.
2. Saplentia dit : « 0 imperator, si aelalem inquiris parvularuni, Caritas imminutum pariter parem mansurnorum com[)levit munerum, Spes aulem aeque imminutum, sed pailler imparem, Fides vero superfluum impariter parem. »Elle veut dire : Caritas a 8 ans, Spes 10, et Fides 12; et Sapienlia le montre en expliquant les mots numerus limninutus, pariler 2^11' etc., eu s'appuyant notamment sur Boëce, << De aritlimetica. »