Leur débit est aussi désigné sous le nom de chant
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seau le don de Teloquenco que le Christ leur a concédée. Us prient ensuite la Sainte Trinité « de les abreuver avec de l'eau du ruisseau Pég-ase » (v. 28). Après avoir encore prié son frère de ne pas le fatiguer par un chant prolixe, vu que la nuit approche — prière assez étrange ici, car aucun des deux n'en tient compte — Saxon provoque Strabon h commencer. Et celui-ci débute aussitôt par le récit (v. 42), sans que le choix |de ce sujet soit aucunement motivé. L'alternance des exécutants est arbitraire et régulièrement déterminée par une pause dans le récit (1); la personnalité de chantre ne se montre nulle part, de sorte qu'il n'y a pas la moindre raison qui motive la division du récit entre deux personnages. Les écarts du texte présenté par le modèle sont très peu nombreux (2). Par contre, la narration se trouve considérablement élargie par de longues descriptions^ des comparaisons, et des discours que le poète y a encadrés. C'est ainsi que ces quelques mois du modèle : « (Apollonius) navigans attingit Antiochiam (c. 4) » donnent lieu à une description narrative de quarante vers (v. 198 sq.) sur la traversée et notamment sur l'abordage du héros. C'est ainsi également qu'un dialogue de Thaliarque avec un jeune homme [puer), lequel, dans le roman (c. 7) ne contient que quelques lignes (3) de demande et de réponse, devient, dans le poème, un long entrelien qui comprend soixante-dix-huit vers, sans compter une lacune à laquelle il aboutit. Notre poète s'éloigne, il est vrai, de son modèle, et nous représente le « puer » refusant d'abord de répondre à Thaliarque. Les comparaisons sont le plus souvent reproduites dans un style prolixe, et c'est là surtout que se montre le pathos de la diction f4). Le poème devient en gé-
1. Une fois seulement il semble — mais il ne fait que sembler— que l'un (les orateurs interrompt l'autre pour faire une remarque sur ce qu'il vient d'entendre (v. 141).
2. En voir un exemple ci-dessous. Une addition inconvenante se trouve
au V. 195.
3. A son arrivée à Tyr, Thaliarque trouve la ville en deuil ; il en demande la cause à un jeune homme {puer), et il apprend que c'est le départ secret d'Apollonius.
4. V., par exemple, v. 141 sq., v. 599 sq. (une comparaison de quinze
vers).
néral plus prolixe à mesure qu'il avance, de sorle que niainls critiques ont douté qu'il ait été terminé. Deux parlicularilés de noire versificaleur méritent encore une mention spéciale : d'abord l'emploi de la mythologie antique dans ses descriptions, et ensuite l'usage d'expressions rares et principalement empruntées au grec, expressions qui avaient besoin d'une glose, laquelle fut faite effectivement, peut-être par Fauteur (i). Cela convient, même pour l'Allemagne (2), mieux à celte période qu'à la période précédente, non moins que le choix du sujet dans lequel repose l'intérêt historique et littéraire de notre poème; car l'ouvrage antique qu'il a repris a été traité plus tard également dans les littératures nationales du moyen âge, et^ dès le commencement du siècle suivant, il fut déjfi traduit en anglo-saxon. Par cet ouvrage surtout, le roman amoureux de la Grèce antique a étendu son influence sur le moyen âge chrétien, après qu'il se fut christianisé luimême superficiellement dans la traduction latine , dans laquelle il nous est seulement parvenu.
Le poème que nous venons d'étudier a vu certainement le jour dans l'école où il avait été donné comme sujet de devoir poétique (3). Un autre récit en vers dont nous connaissons l'époque de composition ainsi que le nom de l'auteur, a également la même origine, et, dans ce dernier, le fait nous est expressément certifié. C'est une légende, et bien que ces thèmes fussent choisis de préférence pour ces exercices, la nôtre cependant ne doit pas être considérée comme telle, au sens propre du terme ; c'est plutôt une de ces dictées de V école {die ta7ni?ia) qui lui a donné naissance, je veux dire la légende composée, en 983, par Walther de Spire, et intitulée : Vita ot Pamo S. Christophori Martyris (4).
1. Cf. là-dessus : Schepss, HandschriftlicJie Studien zu Borthius,\\üvzbourg, 1881 (Progr.), et le même, Fuude und Stmlirn zu Apollonius, etc., dans JV. Archiv, vol. IX, p. 171 sq.
2. En France, nous en avons déjà trouvé un exemple remarquable dans le poème d'Abbon. V. ci-dessus, p. 136 (paginât, allem.}.
3. C'est ce qu'indique également l'emploi de termes grecs. L'usage fréquent de la comparaison semble aussi résulter d'un mot d'ordre.
4. Wameri Spircnsis Vita et Paxsio S. Christophori Martyri.^, herausgeg. von Harster. Beigabe zum Tahresbericht 1877-78 der K. StudienanstaJt
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Dès sa jeunesse la plus tendre, Gauthier fut élevé dans l'école de Balderich, évoque de Spire (970-987) : on y emhrassait le cercle entier des études de celle époqne, ainsi que l'ouvrage de Ciaulhier lui-même en donne la preuve. Balderich avait transplanté à Spire, pour ainsi parler, toute la culture savante de Saint-Gall, où il avait été élevé. Simple sousdiacre, Gauthier fui invité par Balderich à écrire, d'après un petit livre qu'il reçut de lui (1), la Vie de saint Christophe, en vers et en prose ; en vers, d'après Virgile; en prose, d'après Cicéron : l'évèque désirait depuis longtemps posséder cette Vie, écrite dans une langue un peu littéraire. Une de ses élèves, la religieuse Hazecha , avait déjà traité en vers le même sujet, quand elle quitta l'école, et avait remis son travail à Févêque pour le corriger. C'était là un de ces thèmes [dictamen, spécimen eniditionis) qu'on donnait à développer aux élèves. Mais ce Iravail s'était égaré. C'est ce que nous apprend une lettre que notre poète écrivit à la religieuse, en lui envoyant son propre ouvrage, après la mort de Balderich, à Quedlinhourg, où elle était devenue économe du monastère. Gauthier devint plus tard le directeur de l'école de révêché(2) ; il y était sans doute déjà professeur, lorsqu'il composa son ouvrage. Selon toute probabilité, notre auteur est le même Gauthier (Walther) qui lut le deuxième successeur de Balderich, sur le siège épiscopal de Spire (1004-1031), et qui passa pour un des premiers savants de son époque.
Speier. Munich, 1878 (Cf., avec cela, la crilique du texte par ]\o!le, flans la leit^chr. f. (}. Österreich. Gymnas., 1879, p. 617 sq.). -- Harsler,"\Va/^//''r v. Speier, ein Dichter des X lahrh. Beigabe zurn lahresber. 1876-77 d. K. Studienanstalt Speier. Speier, 1877. — (Cf. la critique de Schönbach dans : Anzeiger f. deutsches Alferth. u. Litter., vol. VI, p. 155 sq.).
1. Dans le prologue du travail en prose, Gauthier dit de Balderich : « Admonitionem allato historiarum S. Christophori lihello haec... subjecit : Quoniam, fili carissime, te meo servitio promptiim videor videre, hune libellum, quem .quorundam neglegentium depravavit incuria scriptorum , tibi emendandura vel potius juxta Maronis in versibus disciplinam, sive Ciceronis in prosa, prout valeas, industriani, iterata stili acie e vestigio exarandum injungo. » Cf. la lettre à Hazecha, p. 103, où ce livre est appelé <( libellus de virtutibus S. Christophori. »
2. C'est ce que montre une lettre qui accompagnait l'envoi du poème et qui fut adressée, après la mort de Balderich, à Liutfred, maître alors célèbre de l'école de Salzbourg : il lui donne \k le nom de « collègue. »
Gauthier obéit, do tout point, aux injonctions de son évêque et de son maître; il écrivit donc, en prose et en vers, la Yie et ja passion de saint Christophe. Ainsi que le montre la compalaison des deux travaux, c'est l'ouvrage en prose qui est le moins développé ; il a élé probablement écrit en premier lieu et d'après le pelit livre [libellus) que lui avait remis Balderich.
Simples, clairs, faciles (1, le style et Texprcssion sont excellents pour cette époque ; ils forment un contraste frappant avec le style de l'ouvrage en vers, dont la diction est fréquemment recherchée,, obscure et pénible. Le poème comprend, en tout^ dix-sept cents hexamètres léonins. Il est divisé en six livres, précédés d'un prologue (trente- trois vers) et d'une préface cent vingt-deux vers . Le prologue est adressé à Balderich, pour le prier de faire bon accueil à son poème et de vouloir bien le corriger; la préface, par contre, est destinée au lecteur; l'auteur s'excuse d'avoir entrepris, à peine sorti de l'école, un travail qui demanderait le talent d'un Yirgile pour êlre mené à bonne fin (v. 80 sqq. . Le sort de Régulus, qu'il raconte en détail (v. 21 sq.), aurait dû lui montrer les suites périlleuses d'une témérité opiniâtre.
Le premier livre (deux cent soixante et onze vers) a un caractère particulier, indiqué déjà dans son titre (2). Il ne forme qu'une introduction, où Gauthier nous raconte la marche de ses études à l'école-calhédrale de Spire; le poème sur saint Christophe en est le fruit. Ce récit, bien qu'obscur à divers endroits, offre un grand intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation. iVprès un enseignement élémentaire comprenant la lecture, l'écriture, et le chant des psaumes, on apprenait, dans la troisiè,me année, lagrammaire, et, dans l'enseignement
1. En tout cas, le travail en prose n'est })oint composé d'après le poème, car on trouve, dans celui-ci, différentes circonstances qui manquent dans celui-là et qui ont l'air d'additions et même de corrections faites à la prose (par exemple : 1. II, v. 129 sq. Cf. Prom, c. 6 ; ensuite, I, III, v. 62 et 109; I. V, V. 38 sq.). Un passage même du poème renvoie à la prose (1. II, v. 240 sq.) : « Quem numerum vulgi, properat quia pagina claudi, Lectoris veniae réfèrent libamina prosae. » Pour l'emploi du futur, il faut ne pas perdre de vue que, lors de l'édition de l'ouvrage, la prose venait après la poésie.
2. Voici le titre : « Incipit primus libellus de studio poetae, qui et scholasticus. >> Avec l'éditeur et les critiques, je fais rapporteiTii poeta, ce à quoi personne ne paraît avoir songé.
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de lagrammaire, on lisait les anciens poètes, en faisant précéder l'élude de la mythologie, qui réjouissait les cœurs des jeunes gens (v. 91). Parmi les anciens poètes qu'on lisait, il nomme Homère (c'est naturellement de l'Homère latin qu'il est ici question), Martianus Cap(;lla (d ), Horace, Perse (dont le poème de Gauthier nous montre une connaissance minutieuse ainsi que maintes réminiscences), Juvénal, Boëce, Stace, Lucain, et Virgile qui les surpasse tous avec son triple ouvrage. Los élèves trouvaient un plaisir particulier à étudier Fart métrique et à s^y exercer (v. 100). Après quatre ans consacrés à ces seules études grammaticales, venait l'étude de la philosophie, dans laquelle les élèves étaient introduits par le livre de Porphyre, c'est-à-dire la traduction de Boèce (v. 114 sq.)(2). A la dialectique venaient se joindre les cinq « sœurs » : la Rhétorique (v. 137 sq.) dont Cicéron est le modèle, la Rhytmique, c'est-à-dire ici l'arithmétique avec ses cinq filles (3 , les cinq opérations (4); la Géométrie, que doit ouvrir Martianus Gapella (v. 169 sq.) ; la Musique pour laquelle il nomme à nouveau Boëce comme autorité (v. 182 sq.) (o), et enfin l'Astronomie (v. 204 sq.). L'auteur caractérise ces cinq arts libéraux par une annonce du contenu, qui est à la vérité parfois assez obscure. On consacrait deux ans à ces études (v. 224), et huit . ans aux études complètes (v. 227).
En chantant la gloire de saint Christophe, le poète espère se mettre à l'abri « contre la colère du Souverain Juge. » Donc, après avoir imploré l'assistance de Jésus-Christ, de la sainte Vierge, de saint Hilaire, de saint Fridolin, de saint Gall et de saint Léon, il s'adresse à saint Christophe luimême, en le priant de prendre le gouvernail de sa petite barque. Gauthier revient souvent, dans la suite, à cette métaphore qu'aimait tant la littérature chrétienne (6).
1. S'il est nommé plus loin rates, l'auteur a sans doute pensé, comme il l'a fait pour Boëce, aux vers parsemés daus son ouvrage.
2. V. là-dessus, Prantl, Gesrhirhte der Lof/ik, vol. II, p. 52.
3. La première est la numération qui aujourd'hui ne compte plus comme opération. V. spécialement à ce sujet les remarques de l'éditeur, p. 26 sq.
4. I^our cette science, il renvoie à Boëce, dans ses deuxjivres De An7/iwer<V'/.