‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 229 sur 311 · Il est dil, V. 47 sq · texte numérisé non relu

Il est dil, V. 47 sq

Principis interea jus^^îs parendo libenteft Amineum voljis solito poLate liquorem.

et V. 64 :

Principis ex voto curfim praehate Lieo.

2. C'est le premier qui en a le moins, et je le donne ici comme un exemple de cette poésie particulière :

In nativitate sanctae Mariae.

Exoritur hodie virga radicis lessae Virlutum ilorem mundi paritura parentem.

Très certe : Solher, Maria, Bastista Joannes Naturae superant legem ratione parendi.

Quapropter horum solito celebratur origo, Quod reliquis sanclis Romanus denegat usus. Et quia taie decus hodie processit ab alto Sumite nunc laeLi praesenlis pocula musti !

3. Edile d'abord en entier par xMigne, Patrol. Int., t. CXXXV, p. 491 sq. : ;< 13e triumphis Christi sanctorumquc Palaestinae », libri IH ; p. 549: « De triumphis Christi Antiochiae gestis «, libri II ; et p. 595 ; « De Christi triumphis apud Italiara », libri XlV. (On n'avait auparavant publié que des fragments, comme on en trouve principalement dans Mabillon, Acta SS. Onl. S. Bened., t. II et IV). — Histoire litt, de la France, t. VI, p. 318 sq.

[354-355. 1 FLODOAUD 383

tain nombre de chapitres ou poèmes de grandeur dilTérente; quelques-uns n'ont que peu de vers, d'autres en onl plusieurs centaines, d'après la richesse du sujet ou selon que l'auleur se sentait plus ou moins disposé à le développer, ou enfin suivant que les matériaux étaient à sa portée. C'est ainsi, par exemple, que la légende connue de saint Eusiache ne comprend que dix-sept hexamètres, tandis que celle de sainte Eulalie en a plus de quatre cents (1). Le mètre dont il se sert est le vers hexamètre, ou le vers sénaire (2); mais c'est le premier qui domine. Chacune des trois parties est précédée d'un poème en forme d'introduction : dans la première, c'est une invocation à Dieu, on quarante-quatre hexamètres, qui se rapporte également à tout l'ouvrage ; la préface de la deuxième est en vers saphiques, celle de la troisième en petits asclépiades.

Dans rinvocation^ dont le style est poétique et noble, l'auteur montre la tendance de l'ouvrage tout entier '3), en y exprimant l'espoir que la protection des saints qu'il chante le préservera des flammes du Styx. Dans les lignes qui vont suivre, je veux appeler l'attention du lecteur sur les chapitres de cet ouvrage volumineux qui me paraissent avoir, pour quelque raison, un intérêt particulier. Dans la première partie, consacrée à la Palestine, l'auteur célèbre, au début du premier livre, les lieux mêmes qui ont été sanctifiés par la présence corporelle du Sauveur. Les apôtres n'y occupent que peu de place, tandis que, par contre, un long chapitre (21) est consacré au martyre de saint Etienne. Dans le deuxième livre, le chapitre premier mérite une mention spéciale : l'auteur y traite un sujet (( Vindicta Christi sub Vespasiano », qui revient plus tard, aussi en vers, dans les littératures nationales, notamment

L V. la première : u De Christi Iriumph. apnd liai. », lib. UI, c. 8, et la seconde^ ibid,, lib. V, c. 2.

2. Ces derniers se trouvent une fois (l. IX, c. 12) alternant avec des iambiques dimètres.

3. Illustrans animos, tua dicere carminé nitor Celsa tropaeaj quibus servos super astra décoras. Flamine corda replens, aimo tu dirige sensu,

Da vous celebrare tuos moduiisque triumphos, Queis caelo terraque lui comunlur alumni, etCi

384 LITTÉRATURE LATINE [35o-3o6.]

dans celle de la France; notre ouvrage toutefois ne fait pas^ comme ces littératures, une si large place à la légende; on y trouve par contre une description détaillée et terrible de la disette et de la peste qui régnent dans la ville assiégée que les chrétiens, avertis par Dieu, ont abandonnée. Au chapitre deuxième, l'auteur traite plus brièvement de la vaine tentative de Julien pour rebâtir le temple de Jérusalem ; le septième est consacré à saint Jérôme; le huitième et les suivants à sainte Paule et à ses voyages en Palestine, voyages que l'auteur appuie sur le nécrologe composé par saint Jérôme en l'honneur de cette femme. D'après le même auteur, Flodoard nous raconte, dans un long chapitre du livre troisième, la vie de saint Hilarion ; la vie de sainte Marie égyptienne, tout aussi détaillée, remplit le quatrième chapitre.

Les premiers saints d'Antioche, les sept frères Machabées^ apparaissent au premier livre de la seconde partie ; mais l'auteur n'en parle que brièvement. Deux longs poèmes sont, par contre, consacrés aux chastes époux Julien et Basilissa (c. 13), et à saint Hésychius (c. lo), tandis que saint Romain y est brièvement traité par Flodoard, qui renvoie à Prudence. Au livre deuxième, l'auteur célèbre, dans de longs poèmes, l'anachorète saint SinYbn (c. 8) et sainte Pélagie (c. 12).

Dans la troisième partie, c'est Rome qui forme le centre du poème ; l'auteur consacre un Proœmiun à célébrer la gloire de cette ville. C'est Rome qu'il prend pour point de départ et, dans Rome, spécialement les papes, saint Pierre à leur tète ; puis, dans des chapitres à part, il nous présente les saints qui jouèrent un rôle, à Rome ou en Italie, pendant le pontificat

1. FJodoard est un peintre habile, ainsi qu'en témoignent les vers suivants :

Fusa jacent imis penetralibiis abdita clauslris Feminei sexus simul et puerilia membra, In mediis famé seniorum absumpta plateis : At juvenesomnisque virum robustior aelas Ut siraulacra vus pallentes omnibus errant, Etquocumque loci gressum sibi pestis adeniit, Clade ruunt, quorum sepelire cadavera morbus Ac numerus prohibent. Quidam super antra sepülcri Emittunt animas, alios sepelire parantes^

[356-357.] FLODOARD : DK TRIUMPIIIS CHKISTI 385

de chacun d'eux. C'est ainsi qu'il procède jusqu'à la fin du livre douzième, où il termina, avec l'époque contemporaine, laquelle correspond au pontificat de Léon YII (936-39), la série des souverains pontifes. Il y vante l'accueil bienveillant qu'il a trouvé auprès de Léon YII, et il prie Dieu de le conserver encore longtemps. Par là, l'époque de la composition de l'ouvrage nous est indiquée d'une manière générale. Il est vrai qu'à ces douze livres s'en ajoutent encore deux, comme supplément, dans lesquels Flodoard, se rattachant en partie aux Dialogues de saint Grégoire le Grand, célèbre différents saints de lltalie : dans l'avant-dernier (c. vm), c'est principalement saint Benoît ; dans le dernier, saint Ambroise occupe une série de chapitres (c. xni sq.), et saint Colomban y est chanté, dans un long poème (c. xvni), comme hôte de THespérie. — Ce qu'il y a de particulier, c'est de voir que, dans les livres précédents, l'auteur parle non seulement de chaque persécution que les chrétiens eurent à souffrir de la part de l'Etat romain, mais même des châtiments qui fondirent sur l'Etat, en punition de ces persécutions (V. 1. I, c. vi ; 1. III^ c. m et xvni, etc.) (1).

L'auteur, qui avait beaucoup de lecture, a puisé à des sources très diverses. A celles que nous avons déjà indiquées^ il faut ajouter encore, en première ligne, l'ouvrage intitulé : Gestaponlificum Romanonim. Parmi les anciens poètes chrétiens, c'est Prudence qui a exercé sur lui la plus grande influence. — Flodoard a mis aussi à profit des « chartes » de l'église de Reims : il y parle de ses évêques célèbres, de Fulcon, de Hincmar, et de leurs relations avec Rome (1. XII, c. ni sq.); par là, comme aussi par l'histoire des papes depuis les dernières décades du ix° siècle, son ouvrage reçoit une certaine valeur historique (2). Flodoard l'a dédié au savant Robert, archevêque de Trêves.

1. La vie de quelques papes est traitée avec beaucoup de détails : citons saint Clément (1. II, c. i et xiv), saint Sylvestre (1. IX, c. vm), et particulièrement saint Grégoire le Grand (L X, c. xiv sq.). — Par rapport à Hrotsvita (v. ci-dessus, p. 315 sq. , pagination allemande), je ferai remarquer le 1. IX, c. Ç^'^jallican ) et le c. xi (Jean et Paul).

2. Cf. Wattenbach, Deutsche Gesehichtsq., vol. I, p. 378; et Histoire littéraire (/. c), p. 319.

Jii ^

Mentionnons enfin une Vie de saint Erluln, premier abbé de Gembloux, écrite par Richarius, religieux de ce monastère qui dédia son ouvrage à Tévêque de Liège, Notger (972-1 008). Seul, le (( proœmium » de Touvrage, composé de distiques, nous a été conservé par Sigebert, le chroniqueur bien connu (1). Ces vers, excellents pour cette époque, contiennent un éloge de l'abbé (2).

Il est à peine nécessaire de rappeler que, k cette époque, soit en Allemagne, soit dans les pays romans, on composa des poèmes d'occasion et d'une nature épigrammalique : les auteurs furent même parfois des personnes qui s'étaient à peine essayées auparavant dans la poésie. Cette remarque s'applique également à des épitres, qui ne sont parfois que de purs panégyriques, à deux, par exemple^, qui appartiennent à la France et que Dtimmler a publiées (3). L'une est intéressante à cause de son destinataire : c'est un certain Constantin, dans lequel l'éditeur croit voir, avec beaucoup de probabilité, le très érudit Scolastique de Fleury-sur-Loire, ami intime de Gerbert; l'autre est adressée à un certain Bovo, inconnu d'ailleurs, en réponse à une lettre qui faisait l'éloge de l'auteur (4).

1. Dans ses Gesta abbalum Geinblacensium,c. m. De son temps, il n'existait déjà plus que des fragments de la Vie de Richarius, ainéi qu'il nous le raconte lui-même. Op. c, c. i.

2. Peut-être faut-il mettre aussi à cette époque et en pays roman l'auteur d'un ouvrage qui sent tout à fait l'écolier ; c'est la versification de la légende connue de ia passion de la légion thébaine, publiée par Hueiner d.ins le « Compte-rendu du Gymnase de Vienne ; neuvième arrondissement », 1882. Le poërae se compose de deux cent cinquante-deux hexamètres non rimes et se rattache à l'ancienne version en prose. Tout son mérite, c'est de constater l'intérêt persévérant qu'on prenait à ce sujet : au xi*^ siècle, le sujet fut traité plus heureusement et avec plein succès par la plume de Sigebert et de Marbod : il était à la mode, surtout dans les pays romans. Du reste, notre auteur semble connaître de vue les localités. Cf. aussi vol. II, p. 162.

3. Neues Archiv, vol. II, p. 222 sq. — Les deux épitres sont en vers hexamètres et ces vers sont à rime léonine, mais plus fréquemment dans la première que dans la seconde.

4. Consacrons une remarque au poème rythmique Versus de Gregorio Papa et Ottone Augusto, composé, en 998, par un Italien. L'auteur y célèbre la concorde de l'autorité suprême ecclésiastique et de l'autorité civile, concorde qui fait le bonheur de Rome et du monde. V. l'édition de Diimmler

[3ü8-3Ö9.] POÉSIL R03IANE DE LA FRANCE 387

Page 1